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DOMINIQUE LEMAY – Portrait (2/2) : "Comment définir notre engagement ?"

Par Lepetitjournal Manille | Publié le 14/07/2016 à 19:00 | Mis à jour le 04/07/2016 à 02:43

Dominique Lemay, fondateur de l'O.N.G. Virlanie, poursuit depuis plus de 20 ans son combat pour les enfants des rues des Philippines.
Deuxième volet de ce portrait, consacré aux mutations du monde de l'humanitaire.

Lepetitjournal.com/Manille : Comment envisagez-vous l'évolution du monde de l'humanitaire aujourd'hui ?

Dominique LEMAY : L'humanitaire vit aujourd'hui une période de transition importante. L'humanitaire se professionnalise. Le nouveau vice-président de la fondation, Laurent Goirand, après trois années de volontariat pour Virlanie, apporte avec lui toute l'expertise de l'entrepenariat. Lui et la nouvelle équipe de communication, de recherche de fonds, de développement, apportent un nouveau souffle à Virlanie.

Il faut savoir changer, savoir jouer la complémentarité.

Etre ensemble, dans le respect de l'autre,  a toujours été notre force.

C'est aussi le cas avec nos salariés et volontaires philippins. Nos cultures sont si différentes, nos chemins de pensée sont parfois fort éloignés. Cela ne nous empêche pas d'avancer ensemble. C'est une richesse.

Vous avez dû fermer quatre maisons sur les trois dernières années. Comment expliquez-vous la diminution des financements ? S'agit-il d'une situation globale ? Ou existe-t-il des facteurs spécifiques aux Philippines ?

Pendant de très longues années, j'ai recherché moi-même les fonds. Un réseau, largement amical, s'est progressivement tissé.

Avec la crise économique, les financeurs et les individus ont naturellement diminué ou cessé leurs dons.

Depuis deux ans, Virlanie emploie des professionnels de la recherche de fonds. La démarche s'est donc professionnalisée et diversifiée géographiquement. Nous nous ouvrons aujourd'hui à de grandes places financières : Hongkong, Singapour et les pays du Golfe. L'équipe mise en place avec Laurent Goirand a développé une nouvelle stratégie.

Et notre situation financière s'est nettement améliorée.

Nous maintenons donc deux démarches qui restent complémentaires. Une démarche plus technique, aujourd'hui véritablement porteuse, à l'adresse de grandes entreprises. Et la démarche que je continue de mener auprès de mon réseau amical, qui reste très engagé.
Face à cette question du financement, je m'interroge souvent sur la place des Philippins eux-mêmes. Les Philippins donnent beaucoup de matériel, du riz, et s'engagent dans des animations. Mais ils financent très peu. L'Eglise et les églises ont ici plus de facilité à récolter des fonds.



Vous avez évoqué les stratégies familiales. Vos programmes visent la réunification familiale, l'adoption ou le placement en famille d'accueil. Notez-vous une évolution de ces dynamiques ?

Il y a 15 ou 20 ans, nous n'étions pas dans une perspective d'adoption. Mais depuis 10 ans, tous les enfants orphelins, même les adolescents, sont placés en adoption. C'est une perspective gouvernementale, qui me pose personnellement problème concernant les adolescents.

L'adoption évidemment reste difficile voire impossible pour les enfants en situation de handicap ou les enfants très perturbés.

Si l'enfant a une famille, nous travaillons évidemment à la réunification familiale. Deux travailleurs sociaux y travaillent. C'est important de mettre en place les moyens du retour de l'enfant dans sa famille. Mais lorsque l'enfant a été victime de violences ou de maltraitances cela s'avère parfois très difficile. Nous travaillons donc sur les familles élargies.

L'accueil provisoire en famille d'accueil est une aide précieuse.

Mais certains enfants qui ne peuvent être ni adoptés ni remis à leur famille restent à Virlanie : une autre grande famille.

Nous accueillons, au nom du gouvernement français, les familles françaises qui viennent aux Philippines chercher un enfant. Nous sommes ainsi confrontés à ce désir si fort d'enfant. C'est un travail passionnant.

Nous avons beaucoup travaillé sur la montagne d'ordures de Payatas. En 2000, lorsque la montagne d'ordures s'est effondrée, je me suis rendu sur le site. C'est le plus dur moment de ma vie.
Nous avons créé un projet de « retour en provinces » pour les familles de Payatas qui avaient tout perdu : ils ne s'agissaient pas de déplacer des populations mais d'accompagner un projet d'installation (logement, activité, vie familiale?).

Mais n'est-il pas compliqué d'agir sur un territoire aussi éclaté et divers que les Philippines ?

Nous travaillons aujourd'hui à la fois sur Manille et sur Negros Occidental.

Ce sont deux formes très différentes de vie. A Bacolod, les contraintes sont différentes et les relations plus faciles. Durant notre projet à Cadiz, certains de nos volontaires ont découvert cette réalité de la province et ne voulaient plus rentrer à Manille. Bacolod compte environ 1 million d'habitants mais reste une ville à dimension humaine.

La question des transports à Manille devient parfois délirante. Et la pollution?


Vous êtes de foi catholique. Mais n'y a-t-il pas aujourd'hui une forme de laïcisation de l'humanitaire ?

En tant que catholique, je crois que j'ai répondu à un appel de l'Evangile, même si beaucoup de mes proches me disent qu'il s'agit avant tout de travail, d'engagement.
S?ur Emmanuelle, avec qui j'étais très ami, me disait : "C'est la communion des Saints", ce  que l'on vit en l'autre et avec l'autre. Toutes ces petites choses que l'on vit dans la rencontre de l'autre : le sourire offert à un enfant en arrivant au RAC de Manille ("Manila Reception and Action Center", le centre d'accueil pour les enfants des rues de Manille)...

Mais la question de l'affirmation publique de ma foi au sein de la Fondation est une vraie question d'actualité pour moi.

Nous devons redéfinir la philosophie de notre fondation. Et trouver un juste positionnement quant à ce qui nous anime, ce qui fonde notre action. Comment aujourd'hui définir notre engagement ?

C'est une question en cours, fondamentale.

Un clin d'?il pour finir. Pouvez-vous nous expliquer le nom de la fondation ?

En 1992, des contraintes administratives nous ont engagés à créer une nouvelle fondation, la structure qui avait porté nos premières actions ne permettant pas les développements souhaités.
Nous nous trouvions dans l'un des premiers fastfood philippin et avons joué avec les noms de mes deux premières filles (je n'avais alors que deux enfants) : Virginie et Laurianne. C'est ainsi qu'est né le nom VIRLANIE. Sans me douter que plus de vingt ans après, nous serions encore là?



A lire aussi : VIRLANIE - Une matinée à la rencontre du sourire des enfants des rues

Pour plus d'informations, cliquez ICI.

Et si vous souhaitez parrainer un enfant, cliquez ICI.


Lila BUNOAN (www.lepetitjournal.com/manille) vendredi 15 juillet 2016

Première publication le jeudi 21 avril 2016


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