Lundi 21 octobre 2019
  Ne manquez plus les
dernières nouvelles
S'abonner

ROBERTO CHABET – Un artiste d’avant-garde

Par Lepetitjournal Manille | Publié le 30/11/2015 à 20:00 | Mis à jour le 29/11/2015 à 15:44

Il est impossible de parler d'art contemporain philippin sans évoquer Roberto CHABET, une des figures les plus influentes de la scène artistique philippine après la Seconde Guerre mondiale. Une imposante monographie vient de paraître pour lui rendre hommage et faire connaître à tous son ?uvre.

Un pionnier de l'art conceptuel

Roberto Rodriguez CHABET, ou "Bobby", comme l'appelaient tous ses proches, est considéré comme le père de l'art contemporain des Philippines. Né le 29 mars 1937,  il grandit dans une famille de cinq enfants. Ses premières années sont difficiles, sa famille se déplaçant sans cesse d'une maison vers une autre, à la recherche d'abris contre les attaques aériennes et les bombardements. La modernité de son ?uvre s'origine en grande partie dans cette expérience des catastrophes de l'Histoire et de la destruction.

Il étudie l'architecture à l'Université de Santo Thomas dont il sort diplômé en 1961. La même année, il présente sa première exposition individuelle à la  Luz Gallery. Le public lui témoigne immédiatement son plus vif intérêt. Il s'engage alors dans de nombreux voyages. De retour à Manille, il consacre l'essentiel de son temps à l'art, sans pour autant abandonner ses autres centres d'intérêt : la littérature, la religion, l'histoire et l'anthropologie.

Roberto CHABET, dans sa salle de cours à l'université

Professeur au Collège des beaux-arts à l'Université des Philippines, il épouse une pratique artistique qui donne la préséance à l'idée sur la forme. Il anime dans le même temps le collectif "Shop 6", qui regroupe des artistes conceptuels.


"Cargo and Decoy", 1989


Dans "Cargo and Decoy", Chabet questionne le réalisme, la tradition et la modernité. Cette ?uvre est le dernier volet d'une trilogie, qui réunit "Russian Paintings" (1984) et "House Painting" (1986). L'artiste utilise du contreplaqué, qui est le matériel plus fréquent dans ses installations. Les panneaux sont peints en bleu et coupés au milieu formant des lettres "V". Il fait référence au "culte du cargo" dont le titre est dérivé. Le "culte du cargo" est un phénomène religieux observé dans certaines sociétés tribales du Sud Pacifique, particulièrement pendant la Seconde Guerre mondiale, au moment où des autochtones, jusque-là isolés, entrent en contact avec les armées japonaise puis américaine. Ces nouveaux arrivants sont équipés d'outils techniques inconnus et fascinants (armes, radio?) qu'ils reçoivent par cargo ou avion. Les populations locales imaginent alors que ce sont les dieux les leur envoient. Lorsque, en 1946, l'armée américaine évacue la plupart de ses bases dans la région, certains autochtones se mettent à fabriquer des reproductions aussi fidèles que possible d'émetteurs radio, sur lesquels ils imitent les manipulations qu'ils avaient observées et identifiées comme un rituel susceptible d'attirer la faveur des dieux. Ils reconstruisent même des répliques d'infrastructures portuaires et aéroportuaires afin de faire revenir les cargos et avions et leur cargaison. Dans cette ?uvre, Chabet pose le problème de la représentation en art et en dénonce le leurre ("decoy").

Un grand homme de culture et un passeur

Il est directeur du Centre Culturelle des Philippines et son conservateur de 1969 à 1970. Depuis les années 1970, il organise des expositions qui présentent les ?uvres de jeunes artistes philippins. C'est lui qui initie le projet des "13 Artists Awards", qui récompense parmi ces jeunes artistes, ceux dont les ?uvres sont en rupture par rapport à la tradition, à la fois en termes d'inspiration et de techniques.

Il meurt d'un arrêt cardiaque le 30 avril, 2013.  Beaucoup de ses élèves ne le considère pas simplement comme un professeur, mais comme un père. Son influence a marqué profondément cette génération de jeunes artistes, qui pensent toujours à lui.
Le 30 août 2014, une exposition intitulée "What does it all matter, as long as the wounds fit the arrows ?", lui rend hommage. Les commissaires Nilo ILARDE et Ringo BUNOAN y regroupent des ?uvres de soixante-quinze artistes contemporains philippins, anciens élèves de Chabet.



Carton d'invitation à l'exposition-hommage à Roberto Chabet (2014)

Roberto CHABET a reçu de nombreux prix pour ses créations dont le "Republic Cultural Heritage Award"  et le "Araw ng Maynila Award" dans la catégorie "Arts Visuels"  en 1972 et le "Centennial Honor" en 1998. En 2015, sa s?ur a accepté en son nom le "Gawad Award" pour les arts.

Une imposante monographie (432 pages), conçue comme un hommage à l'artiste, vient de paraître, le 24 octobre dernier, aux éditions King Kong Art Projects Unlimited (6000 pesos). Sous la direction de Ringo BUNOAN et Alex GREGORIO, ce livre regroupe de nombreux articles de spécialistes ou d'amis de l'artiste : Benjamin BAUTISTA (son meilleur ami depuis l'école primaire) signe l'avant-propos, avant de laisser la parole à Ronald ACHACOSO, Ringo BUNOAN, Lena COBANGBANG, Cocoy LUMBAO, Jonathan OLAZO, Carina EVANGELISTA, Eileen LEGASPI-RAMIREZ et Ma. Victoria HERRERA. Ce livre présente les différents aspects du travail de Chabet et offre des points de vue variés pour le comprendre.

Lila BUNOAN (lepetitjournal.com) mardi 1er décembre 2015

logofbmanille

Lepetitjournal Manille

L'édition de Manille de Lepetitjournal.com, le média des Français, des francophones et des francophiles à l'étranger
0 Commentaire (s)Réagir

Communauté

TÉMOIGNAGES

Je suis expat mais je fuis les Français !

L’expatriation rapproche souvent des Français vivant dans un nouveau pays dont les codes leur échappent. Et pourtant, nombreux sont ceux qui ne supportent pas la communauté expatriée. Mais pourquoi ?

Sur le même sujet