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EVASION 4 - A la découverte de la biodiversité marine des Philippines

Par Lepetitjournal Manille | Publié le 03/03/2016 à 20:00 | Mis à jour le 05/03/2016 à 01:57

J'ai décidé de vous amener ce mois-ci à la découverte de ce qui représente plus de 70% de la surface de la planète : les océans. Au programme : bulles, coraux, crevettes et mille autres richesses ! Il faut dire que les Philippines sont pleines de ressources dans ce domaine.


Quelques chiffres?

Les Philippines, avec leur superficie de plus de 297.179 km2, font partie des 34 "points chauds de la  biodiversité". Un point chaud ou hotspot de biodiversité est une zone géographique contenant au moins 1.500 espèces végétales endémiques mais qui a déjà perdu au moins 70 % des espèces présentes dans leur état originel. Les points chauds ont avant tout pour but d'éclairer le public sur les zones de grande diversité à protéger et d'améliorer les politiques de conservation de la nature en ciblant les zones d'actions prioritaires.
 
Cette "méga-diversité" philippine se retrouve autant sur terre que dans les fonds marins. De nombreux scientifiques considèrent même l'archipel des Philippines comme "le centre de la biodiversité sous-marine mondiale". Dans ces eaux délicatement chaudes nous pouvons retrouver plus 2.000 espèces de poissons, 5 espèces de tortues marines, de nombreux mammifères marins et plus de 450 espèces de coraux. L'archipel des Philippines se trouve en effet au plein c?ur du "Triangle du corail". Cette zone, aussi surnommé "l'Amazone des mers", regroupe les côtes et fonds marins de six pays : l'Indonésie, les Philippines, la Malaisie, la Papouasie Nouvelle Guinée, les Îles Salomon et le Timor Oriental. On y retrouve plus de 30 % des récifs coralliens et 76 % des espèces de coraux existant sur terre. Les Philippines possèdent 8,81% des 284.300 km2 de récifs coralliens du monde, et se positionnent ainsi en 3ème position après l'Indonésie (17,95%) et l'Australie (17,22%). C'est dire que la biodiversité corallienne de notre pays est l'une des plus importantes du monde.


Plongée au c?ur d'un paradis marin

Aujourd'hui, j'ai enfilé mon équipement de plongeur, version scaphandre, pour vous amener découvrir les fonds marins de l'île de Bohol, située dans les Visayas. Chaque année, des millions de visiteurs viennent du monde entier pour plonger ou même pour nager en surface, version palmes, masque et tuba, dans les eaux de Panglao.

Sur les 13 sites de plongée de Panglao, comme sur ceux de Balicasag et de Pamilacan, on est vite assailli par la beauté de la biodiversité. Les couleurs variés des coraux durs et mous et des éponges et les bleus et jaunes des ascidies illuminent les fonds marins.

La recherche des nudibranches, des poissons crapauds et des poissons fantômes anime notre attention pendant toute la durée des immersions. A Balicasag, on ne compte même plus le nombre de tortues que l'on croise et qui ne sont même pas effrayées à la vue de nos bulles. Par chance on peut même tomber nez à nez avec un immense banc de carangues. Sur la route de Pamilacan, rencontrer les dauphins long bec n'est pas rare. Les plongées sur cette île sont tout aussi captivantes. Tout comme en de nombreux endroits aux Philippines, la "macro" (les toutes petites "bestioles") est captivante, présentant des symbioses omniprésentes entre espèces, et chaque rocher ou patate de corail réserve bien des rencontres  surprenantes à qui sait chercher.

A chaque immersion, de nouvelles merveilles s'offrent à nous, dépassant chaque fois notre imagination.

Paradis perdu ? Une nature fragile, menacée? et défendue !

Cette richesse florissante est malheureusement en danger aujourd'hui. D'après la fondation Reef Check, 90% des écosystèmes coralliens sont gravement menacés. La pêche industrielle, et en particulier celle à la dynamite, est encore largement pratiquée aux Philippines tant pour l'industrie agro-alimentaire que pour l'aquariologie. Une autre menace pèse aussi sur les récifs : c'est la pollution des eaux marines. Les déchets industriels et urbains asphyxient en effet les eaux philippines.

De nombreuses organisations, gouvernementales et non gouvernementales, conscientes de l'extraordinaire richesse naturelle des eaux philippines et des menaces qui pèsent sur elles, se sont donc emparées des meilleures techniques pour lutter pour la préservation et/ou la régénération du corail. Et de plus en plus de sanctuaires marins sont créés pour protéger ces espèces des pratiques de pêche destructrices des fonds marins..Les Philippines sont aujourd'hui un bel exemple en la matière.



Je pars aujourd'hui à la rencontre d'Alan, d'Anuar, de Reggie  et d'Axelle. Ces volontaires ont dédié leur vie à la préservation des fonds marins et de ses richesses.

"Green Fins"

Nous croisons d'abord le chemin d'Alan, le "Green Fins" des Philippines. De codes de conduite en bonnes pratiques, lui et son équipe se font le relais de l'océan auprès des acteurs de la plongée sous marine. Soutenue par les organisations gouvernementales, "Green Fins" se bat, au quotidien pour que chacun respecte la mer, tout simplement.


"Ocean Quest"

Anuar et Reggie sont quant à eux les relais de l'association "Ocean Quest"  aux Philippines. Créée en 2012, l'association vise à mener des projets de transplantation de corail selon une méthode novatrice de par l'absence de structures métalliques ou plastiques qui sont habituellement utilisées pour replanter les coraux. Cette association a choisi d'utiliser une colle naturelle et biodégradable. Les boutures de coraux sont ainsi fixées sur des substrats durs. La colle utilisée permet la régénération rapide des tissus coralliens.

Leur mission est de former ceux qui deviendront à leur tour des chirurgiens du corail et contribueront directement à la préservation de cet écosystème fragile. Ils animent donc des formations d'une journée, de 3 jours ou d'une semaine pour apprendre à replanter les coraux et pour créer sa propre "nurserie".

"People and the sea"

Je rencontre pour finir Axelle. Elle est à la tête de l'association "People and the sea". Française passionnée, elle a choisi les Philippines, et l'île de Malapascua, pour mettre sa formation, ses connaissances et ses rêves au profit de l'océan. Elle travaille avec les communautés côtières, les sensibilisant à la conservation marine, les initiant et les formant à la gestion des ressources marines comme moyen de lutte contre la pauvreté. C'est là un superbe travail de résilience. Belle, très belle initiative ! Des volontaires viennent depuis du monde entier pour mettre "la main à la patte".


Axelle nous explique : " La communauté joue un rôle majeur dans nos missions ? la prise de responsabilité est cruciale. Cela signifie que les habitants de Malapascua doivent croire en notre tentative de gestion de leurs mers. Ils doivent en comprendre les avantages, en percevoir les bénéfices ; ils doivent également ressentir que les décisions prises par rapport à leur environnement marin sont leurs décisions.
Mais tout ceci n'est qu'un début. Même si la plongée occupe toujours une position prédominante dans nos activités, nous avons l'intention de l'utiliser comme base pour lancer des initiatives plus vastes au sein de la communauté locale dans le but d'informer, d'éduquer et de responsabiliser. Ces initiatives constituent un élément clé de notre stratégie et de notre vision à long terme. Nous en avons déjà identifié un certain nombre, susceptibles d'être réalisées.
De tous les aspects de notre travail, nous pensons qu'un rôle participatif de nos éco-volontaires est essentiel au résultat final. Il y a beaucoup à faire. En tant qu'éco-volontaire, vous apportez vos idées, votre énergie, votre enthousiasme, votre créativité et vos compétences qui peuvent réellement faire la différence.
Nous sommes engagés envers Malapascua. Nous avons à c?ur de trouver des moyens de préserver la beauté à couper le souffle de cette île et de responsabiliser les personnes qui la rendent si spéciale."

Avoir confiance pour demain

Malgré toutes ces actions sur le territoire philippin il y a encore beaucoup à faire, en particulier avec les populations locales. L'importance de la préservation et de la valorisation du milieu marin est en effet un message qui est encore parfois mal compris.

Moi, plongeuse, je réalise la chance que j'ai de pouvoir, à chaque immersion, m'éblouir de cette biodiversité. Je réalise combien la nature et l'océan sont fragiles. Je regarde cet enfant qui, sur la plage, ramasse quelques plastiques et me les ramène, fier. Je lui offre un fruit et nous échangeons quelques mots. Il me demande de lui parler de l'océan, de ses couleurs, de ses poissons. Je lui montre quelques images et, dans ses yeux, je revois les miens le jour où j'ai fait mes premières bulles.

Je lui promets qu'un jour, je l'emmènerai là-bas, sous l'eau avec moi. Il n'a que 7 ans et, bien qu'ayant grandi dans un village où l'on se préoccupe bien peu des richesses de l'océan, il me parait différent, tout simplement. Je suis confiante pour l'avenir.

Carol LE ROUX et Marine BAUDET (www.lepetitjournal.com/manille) vendredi 04 février 2016

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