Vendredi 10 juillet 2020

HISTOIRE DE MADRID - Calle Marqués de la Ensenada, la rue des Français

Par lepetitjournal.com Madrid | Publié le 17/03/2013 à 00:00 | Mis à jour le 10/03/2015 à 12:01

La rue Marqués de la Ensenada continue à évoquer pour des générations d'Espagnols et de Français la présence de la France à Madrid. Pendant plusieurs décades, des milliers d'élèves se sont formés dans les salles du Lycée Français alors installé aux numéros 8, 10 et 12 jusqu'à son transfert au Parque Conde de Orgaz en 1969. La culture française continue à y être largement diffusée par les cours de français organisés par l'Institut Français, par la Médiathèque et les manifestations culturelles de toutes sortes présentées dans ses salles d'exposition et dans son auditorium. Plusieurs services de l'Ambassade de France (consulat, service commercial, etc...) rendent sa visite obligatoire à de nombreux citoyens français, espagnols et étrangers pour y réaliser des démarches administratives

(L'Institut Français fêtait l'an dernier ses 100 ans / Photo Lepetitjournal.com)
Qui était le Marquis de la Ensenada ? Zenon de Somodevilla y Bengoechea, issu d'une famille noble de la Rioja, servit succesivement Felipe V, Fernando VI et Carlos III. Homme d'Etat et Politique "éclairé", francophile, le Marquis de la Ensenada fut le principal artisan des réformes réalisées avec d'excellents résultats sous le règne de Fernando VI. Il mit de l'ordre et réorganisa les Finances (unification des impôts - "catastro Ensenada"), la Justice, les systèmes municipaux, le Commerce, le Gouvernement d'Outre-Mer. Il effectua une profonde modernisation de la Marine qu'il estimait clé pour assurer la domination coloniale espagnole et la défense des côtes de la péninsule contre les attaques des Britanniques et des Français. Aucun domaine n'échappa à son activité réformatrice. Il créa l'Académie Royale des Beaux-Arts de San Fernando entre autres. Grâce à lui, la Monarchie espagnole récupéra son prestige et sa splendeur passés que d'interminables guerres avaient assombris.
Sur le plan international, le Marquis se décanta pour la France au détriment des Anglais. Sa politique francophile l'amena à vouloir organiser à La Havane une flotte prête à attaquer les possessions anglaises de Campeche et Belice (avec l'appui secret des Français) mais sans en avertir Fernando VI. A la suite d'une série d'intrigues de Palais, menées principalement par les anglais, et d'importants incidents diplomatiques, le Roi, partisan de la plus grande neutralité possible, le destitua en 1754.

Les alentours de la rue Marqués de la Ensenada
Pour la petite histoire, il est bon de rappeler qu'elle se trouve à côté de l'ancien Couvent de la Visitation, fondé en 1748 pour l'éducation des jeunes filles nobles par la Reine Barbara de Braganza, épouse de Fernando VI et où elle pensait se retirer à la fin de sa vie. La magnifique paroisse Santa Barbara, église qui faisait partie du monastère, renferme les sépulcres de Fernando VI et de son épouse. 1870 amena la confiscation du couvent par l'Etat qui deviendra alors le Palais de Justice. L'entrée principale du Palais donne sur Place Ville de Paris (ancien emplacement du jardin du couvent) et dont le nom a été  donné en honneur à la visite effectuée par le Président de la République, Emile Loubet, en 1905. Deux statues du couple royal ornent cette place.

Historique des établissements français de la rue Marqués de la Ensenada
En 1884,  était fondée dans la Gran Via, l'Ecole de la Société Française de Bienfaisance (SFB), origine du plus grand Lycée Français à l'étranger, et aussi le plus célèbre, connu aujourd'hui comme le Lycée Français de Madrid.
26 octobre  1905 - Le Président Emile Loubet pose la première pierre au cours d'une visite officielle en Espagne sur le terrain acquis par la SFB à la suite de l'expropriation de l'immeuble de la Gran Via, sur ce qui serait le numéro 12.
9 octobre 1910 - inauguration de l'édifice, oeuvre des architectes André Galeron et Daniel Zavala
26 mars 1913 - inauguration de l'Institut Français au numéro 10 - L'Institut Français en Espagne est né d'un accord signé à Bordeaux en 1909 entre les recteurs des Académies de Bordeaux et de Toulouse et l'Ambassadeur, représentant le Président de la SFB, afin d'oeuvrer au rapprochement franco-espagnol.
9 octobre 1913 - visite des deux établissements par Raymond Poincaré, Président de la République Française
1914-1918 - Le Collège et l'Institut Français sont l'Ambassade culturelle de la France en Espagne et fonctionnent pendant toute la guerre
1916 - Visite des membres de l'Institut de France
Pour des questions de reconnaissance de diplômes, on décide d'améliorer la projection de la France en Espagne, par la construction de la Casa de Velazquez et d'un Lycée en Espagne.
10 octobre 1919 - le Collège s'appelle désormais Lycée Français de Madrid et offre la possibilité d'étudier les deux baccalauréats français et espagnol à Madrid.
29 décembre 1919 - , la Société Française de Bienfaisance cède ses installations à l'Etat Français
1919-1936 - Le Lycée devient mixte
décembre 1932 - une subvention de l'Etat permet à la Société Française de Bienfaisance d'acquérir le numéro 8, ancien théâtre lyrique (construit par l'architecte catalan José Grases Riera - 1901 -1902) pour l'agrandissement du Lycée à l'étroit dans ses locaux du n° 12. Ce théâtre fut l'une des grandes salles de Madrid jusqu'à l'incendie qui le détruisit en 1920. La décoration d'origine de la façade a disparu, sauf les éléphants qui soutiennent le balcon principal et que l'on retrouve dans l'édifice de la Equitativa du même architecte dans la rue Alcala, 14
Octobre 1934 - Le lycée Français compte 894 élèves
Pendant la Guerre Civile espagnole, le lycée est fermé mais sert de refuge à des milliers de Madrilènes, comme d'ailleurs d'autres édifices appartenant au gouvernement français.
1937 - évacuation des personnes qui y avaient trouvé refuge
Octobre 1939 - réouverture du Lycée avec 539 élèves
1940-1945 - le nombre d'élèves triple (1.750 élèves en 1944)
1966 - 2.329 élèves. Les installations s'avèrent trop petites. Protestations pour les bouchons qui s'organisent dans la rue par les voitures des parents qui viennent déposer ou chercher leurs enfants.
La famille Cavero - anciens élèves du Lycée - donne 10 hectares pour la construction d'un grand centre éducatif dans le quartier Conde de Orgaz.
1969 - Le Lycée Français quitte Marqués de la Ensenada pour s'établir dans les nouveaux locaux de Conde de Orgaz
1970 - L'Institut Français s'installe dans les locaux de l'ancien Lycée
Octobre 1986 - Vente du numéro 8 au Ministère de la Justice qui y établira le Conseil Général du Pouvoir Judiciaire. Le Consulat s'installe quelques années plus tard au numéro 10.

L'Institut Français aujourd'hui
L'an dernier l'Institut Français célébrait ses 100 ans, en référence à l'inauguration de l'immeuble, faite en 1910. A cette occasion, une importante programmation artistique avait accompagné la vie de l'établissement, dans la dynamique de sa mission culturelle. En 2008, l'Institut Français avait déjà largement marqué le cap : + 30% d'inscriptions aux cours de français et une modernisation de l'offre de cours, en accord avec les attentes du public espagnol.
Arrivé à la rentrée 2010, Jean-Jacques Beucler, nouveau directeur de l'IFM, confiait souhaiter poursuivre l'intégration de l'IFM dans le paysage culturel madrilène, notamment via son amphithéâtre et sa galerie d'art attenante.
A l'occasion de la semaine de la francophonie, nombreux spectacles et activités culturelles y sont proposés :

Mercredi 16 mars à 20h00 : projection du court-métrage "Frère Benoît et les Grandes Orgues" suivi du film "Les Beaux gosses", de Riad Sattouf
Vendredi 18 mars à 20h00 : concert rock avec Michael Iani & les cabarets de Mossoul (Rock)
Samedi 19 mars à 20h00 : Humour, avec le spectacle de Karine Lyachenko...

Et la programmation continue après la semaine, avec notamment lundi prochain la projection du film Potiche, de Ozon, en avant-première en Espagne, puis la venue de Stéphane Hessel, l'auteur du livre "Indignez vous!", qui viendra présenter son livre le 28 mars.

Plus d'informations : http://www.ifmadrid.com/

 

Monique AUXENFANS (www.lepetitjournal.com - Espagne) Jeudi 17 mars 2011

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