

Des mémoriaux d'un nouveau genre ont fait leur apparition sur les bords des routes en Angleterre. Connus sous le nom de "ghost bikes", ces vélos blancs sont installés à proximité de lieux où de graves accidents impliquant des cyclistes se sont produits
(Crédit : Redfalo Olaf)
Euston Road, devant la gare de King Cross St Pancras, est une des routes les plus empruntées de Londres. Sur l'îlot directionnel, destiné à la traversée piétonne, un vélo aux allures fantomatiques attire l'attention. Quelques bouquets de fleurs séchées y sont attachés. Au milieu du trafic incessant, ce vélo peint entièrement de blanc intrigue quelques passants. Une petite pancarte où apparait le nom de Min Joo Lee y est accrochée. Il ne s'agit malheureusement pas du nom de sa propriétaire qui l'aurait oublié.
Min Joo Lee était une jeune étudiante en mode de 24 ans, décédée sur Euston Road le 3 Octobre 2011. Ce « ghost bike », ou « vélo fantôme » a été installé en sa mémoire quelques temps après son accident. Un triste mémorial pour rappeler la mort de cette cycliste et le danger de la circulation à cet endroit.
Depuis plusieurs années les « ghost bikes » viennent littéralement hanter les rues des grandes villes d'Angleterre. De Manchester à Londres, on trouve plusieurs dizaines de ces vélos fantômes, installés au plus près des lieux d'accidents. Toujours peints de blancs, ils sont souvent couverts de bouquets de fleurs et d'une pancarte rappelant le nom de la personne décédée. Le premier vélo fantôme recensé a été installé en 2008 en la mémoire de James Foster, un londonien fauché par un conducteur ivre à Islington, dans le nord de la capitale, en 2003. Ses collègues de la boutique de vélos où il travaillait, Mosquito Bikes, ont décidé pour le cinquième anniversaire de ce triste évènement d'installer un vélo en souvenir.
(Crédit : Richard Gough)
Mémoriaux éphémères
L'initiative des « ghost bikes » a été lancée aux Etats-Unis en 2003 dans le Missouri, elle s'est depuis répandue dans le monde entier de Mexico à Bruxelles. La communauté cycliste de Londres a décidé de se lancer dans ce projet pour ne pas céder à la fatalité des accidents à répétition. Grâce aux volontaires et à plusieurs groupes, ces mémoriaux éphémères, sont installés à la suite de graves accidents. Les familles des victimes, des amis, ou parfois même des anonymes ayant appris la nouvelle décident d'en installer un. La plupart des vélos fantômes sont retirés par les services municipaux après 6 mois. Dans certains cas, les familles ou les riverains s'y opposent, y voyant un bon outil de prévention. Un site répertorie les « ghost bikes » à l'échelle mondiale et tente d'expliciter leur message de prévention et d'alerte : http://ghostbikes.org.
Loin d'être anecdotique cette initiative repose sur une troublante constatation. Alors que le nombre de cyclistes ne cesse de croître (notamment grâce aux vélos en libre-service à Londres); les cyclistes tués sur les routes anglaises sont plus nombreux chaque année. Leur nombre a augmenté pour la troisième année consécutive en 2011. Il est passé de 104 à 111 entre 2009 et 2011. Dans Londres même, les associations ont alerté sur ce nombre croissant et sur la forte proportion de femmes cyclistes, souvent fauchées par des camions.
Anto Filippi (www.lepetitjournal.com/londres)















































