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Marylène Fiard : "On a des problèmes de riches parfois en France"

Par | Publié le 18/12/2017 à 23:59 | Mis à jour le 19/12/2017 à 11:01
Marylène Fiard - Présidente d´Amilaura

L’association AMILAURA coordonne, en France, soixante et une missions locales destinées aux jeunes, contribuant à leur insertion sociale et professionnelle. Une délégation de dix présidents de ces missions, invités par l´association portugaise "O Clube" (1), a visité en octobre dernier le Portugal.

 

En France, 450 missions locales accompagnent chaque année plus d'un million de jeunes de 16 à 25 ans: c'est le premier réseau national d’insertion sociale et professionnelle des jeunes.

Une soixantaine de ces missions sont présentes dans la région Auvergne-Rhône-Alpes au sein de l’association Amilaura ; elles font partie du service public de l´emploi. Une délégation de dix présidents de missions  et membre de l´ association régionale a visité le Portugal du 15 au 21 octobre 2017 pour connaître la réalité du pays et rencontrer des associations qui y effectuent un important travail social. Lors de cette visite, la présidente d’AMILAURA, Marylène Fiard, a accepté de rencontrer Lepetitjournal.com Lisbonne.

 

Que sont les missions locales?

Les missions locales ont été créées en 1982 pour réduire le chômage des jeunes. Nous en avons environ 450 qui accueillent les jeunes, sans formation, de 16 à 25 ans. Les jeunes ont besoin d’un coup de pouce et on est là pour les aider à résoudre leurs problèmes.

Comment êtes-vous organisés ?

La région Auvergne Rhône-Alpes compte 8 millions d´habitants. Nous y avons 61 missions locales qui ont accompagné 200.000 jeunes en 2016. Cet accompagnement est une prise en charge globale du jeune pour l'aider au niveau de l'emploi, du logement, de la santé, de la mobilité ou de la culture. Trois jeunes sur cinq parmi ceux que nous accompagnons ne sont pas inscrits à Pôle Emploi parce qu’ils n’ont aucun droit. Ils ne sont donc pas pris en compte dans les chiffres du chômage. 

Nous avons un jeune sur deux qui trouve un emploi ou qui retourne en formation. Nous sommes des associations incontournables de l’accompagnement pour trouver un travail. Nous avons la particularité d´être proche des jeunes dans la mesure où les présidents des missions locales sont des élus locaux.

Votre déplacement au Portugal a un objectif particulier ?

Nous avons un service de mobilité internationale dans notre association régionale car de nombreux jeunes partent à l’étranger. Depuis l’année dernière, nous avons mis en place un consortium avec le programme européen Erasmus +, qui s’adresse à des jeunes demandeurs d’emploi.

Cette année, il y a 10 jeunes qui sont partis pour le Portugal, nous avons eu un partenariat qui s´est créé avec l´association "O Clube"(1) et nous voulons développer cette action. C´est pour cette raison que nous voulions connaître ce pays et comprendre le fonctionnement de la prise en charge des jeunes ici.

Pourquoi venir au Portugal spécifiquement ?

Nous avons trop peu d’échanges avec le Portugal. Le fait qu’il n’y ait que 10 jeunes qui demandent à partir en mobilité ici nous a interrogé. Nous voulions comprendre pourquoi le Portugal n’était pas choisi par les jeunes. Maintenant que nous connaissons ce pays et Lisbonne, nous avons le devoir de disséminer tout ce qui peut être offert ici et on va s’engager à faire augmenter les offres sur le Portugal. Nous avons un partenariat important à développer.

Vous avez eu des surprises pendant cette visite au Portugal ?

On est très surpris. Personnellement, j’ai reçu une leçon : il ne faut pas tout attendre de l’État. Il faut montrer qu’on peut faire des choses sans la tutelle de l’État. En France, on a traversé une crise mais certainement pas la même que les Portugais. En France, la structure sociale n’a pas été entièrement coupée et elle a été un amortisseur de la crise. Au Portugal, on a vu de l’innovation, de l’engagement de la part des citoyens. Je félicite les Portugais car ils ont su se prendre en charge pendant la crise. Une crise qui a été beaucoup plus dure qu’en France et que l´on méconnaissait.

La France a quelque chose à apprendre du Portugal ?

Oui. On a des problèmes de riches parfois en France. Je suis dans une région où on est pratiquement en plein-emploi. À Annecy, aucun jeune ne voudrait travailler sur la plage pour 150 euros.

Et que recommanderiez-vous au Portugal pour favoriser l’accès des jeunes à l’emploi ?

Une suggestion serait que certaines institutions de jeunesse au Portugal se penchent sur le rapport de Bertrand Schwartz de 1981, qui a créé les missions locales. Celui-ci est toujours d´une brûlante actualité et aborde plusieurs thèmes autour de l´emploi des jeunes. 

Actuellement quelles sont les principales difficultés des missions locales ?

Le principal danger réside dans une baisse de fréquentation de nos structures par les jeunes. Les Missions Locales doivent s’adapter à la jeunesse et à ses pratiques, et donc au numérique. Les jeunes n’ont pas envie de venir et il va falloir qu’on aille les solliciter et les accompagner à travers le numérique. Si on ne les accompagne pas, il y a peut-être des personnes malveillantes qui les embarqueront sur de mauvais chemins comme ceux de la radicalisation. Certains directeurs régionaux ont déjà enclenché cette dynamique d´accompagnement.

Qu´est ce qui doit être fait, selon vous, au niveau européen pour améliorer la situation sociale?

Il faut développer les partenariats au niveau européen. Il faut construire une Europe sociale, et tant qu’on ne l’aura pas fait, nous n’aurons pas une véritable Europe. Pendant ce séjour, un jeune m’a surpris car il gagne 700 euros par mois au Portugal. Ce n’est pas juste. Il faut que tous les jeunes aient des droits identiques.

Je suis aussi surprise car le Portugal est allé vers l’Europe pour trouver les fonds qu´il n´avait pas. Les Français, eux, sont prêts à abandonner quand il faut monter un dossier pour avoir des fonds européens. Par exemple, avec le programme européen "Garantie jeune", la France a surenchéri et a demandé des dossiers encore plus complets, ce qui explique qu'il y ait peu de candidatures. 

Pouvez-vous déjà faire un bilan de cette mission au Portugal ?

Le bilan est positif. On va faire un rapport et le diffuser afin d´enclencher un élan sur ces échanges européens dans notre région, cette prise en charge de demandeurs d´emploi. Erasmus est connu par les étudiants mais il y a aussi les apprentis, les stagiaires et les demandeurs d´emploi.

Pour terminer il y a t-il un projet social qui vous a davantage marqué au Portugal ?

Une initiative remarquable de l´Associação Conversa Amiga (ACA) qui a mis en place des kiosques santé dans  la rue. Le cinquième sera bientôt ouvert.  Ils facilitent l´accès aux soins rapide avec une prise en charge immédiate s´il le faut.

Un autre projet intéressant ce sont les casiers solidaires pour les sans-abri qui aident à leur insertion sociale et accès au logement.

Je suis également allée visiter un restaurant monté par des réfugiés, j´ai trouvé cette association formidable et empreinte d´une bienveillance, impensable en France !

 

(1)"O Clube" :Clube intercultural europeu, en savoir plus ici

 

 

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