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"L´Enfant de Prague" D´Eugène Green

Par Fernando Couto e Santos | Publié le 12/04/2018 à 23:37 | Mis à jour le 13/04/2018 à 10:25
"L´Enfant de Prague" D´Eugène Green

Eugène Green revient avec un de ses romans un tant soit peu atypiques où le saugrenu le dispute au fantastique. Cette fois-ci, avec L´Enfant de Prague, on se promène en Tchéquie et l´on retrouve, aux côtés de figures de fiction, des personnages historiques comme Mozart, Descartes ou la comtesse Polyxena de Lobkovic.


Eugène Green, un cinéaste réputé

Américain né en 1947 à New York, Eugène Green n´est pas fier de son pays -qu´il appelle La Barbarie- à telle enseigne qu´il vit depuis des années en France. Devenu citoyen français, il écrit dans la langue de Molière, mais surtout il ne cesse de nous étonner avec ses romans atypiques où le saugrenu le dispute au fantastique et qui mettent souvent en scène des personnages un peu particuliers, un brin farfelus, dans des romans où la question de l´identité est abordée d´une manière originale.

Eugène Green est également un cinéaste réputé. Toutes les Nuits, Le Pont des Arts, La Religieuse Portugaise, Sapienza, Le Fils de Joseph comptent parmi ses principaux films. La Religieuse Portugaise fut tourné en 2009 à Lisbonne avec des acteurs portugais et où il joue aussi un petit rôle. Dans ses films, les personnages parlent un français parfait en prononçant toutes les liaisons, ce qui produit un décalage avec le langage quotidien. Autre particularité, Eugène Green s´amuse avec ce style en introduisant parfois un terme familier, produisant ainsi un nouveau décalage dans un effet humoristique.

Une sonate tchèque

En octobre dernier, les éditions Phébus ont fait paraître un nouveau roman d´Eugène Green. Après La reconstruction où il s´interroge sur l´identité européenne ; La bataille de Ronceveaux, L´inconstance des démons et Les voix de la Nuit, où il est question des mythes et légendes de la culture basque; La communauté universelle où la religion est présente sous une perspective cocasse ou Les atticistes où les querelles intellectuelles et mondaines sont teintées d´humour, Eugène Green nous sert cette fois-ci un savoureux roman intitulé L´Enfant de Prague où le lecteur est invité à ouvrir la porte de l´univers tchèque.

Dans ce roman qu´on lit comme on fait une promenade dans la belle ville de Prague au printemps, vous voyez défiler les époques –d´un hiver du XVIIème à un été d´aujourd´hui, en passant par un printemps de Prague en 1968- et des personnages historiques comme Mozart -qui déambule parmi les flots de voitures-, la comtesse Polyxena de Lobkovic ou René Descartes. Néanmoins, on a affaire tout autant à des Tchèques anonymes comme Eva et ses amants Milos et Zdenek. Au début du roman, l´auteur émet des difficultés à expliquer la prononciation des noms tchèques en nous fournissant une liste de personnages historiques.

Après le "Prologue", nous avons droit à "Trois Histoires de Bohême". D´abord celle de Polyxena de Lobkovic, une comtesse puis princesse qui a vécu entre 1566 et 1642 et qui a protégé les trois survivants de la défenestration en 1618, point de départ de la Guerre de Trente Ans. Ensuite, c´est l´histoire d´Ida Sturmova, jeune fille qui vit à Prague avec son oncle après la seconde guerre mondiale, déjà en pleine époque communiste. Ida, à un moment donné, cherche son fiancé disparu, Vojtech. À la police, après maints déplacements de la jeune fille, on lui annonce enfin qu´il a été pendu et qu´elle ne peut même pas voir le corps puisque "les dépouilles des traîtres à la classe ouvrière sont incinérées, avec les ordures". Enfin, la troisième histoire est celle de Hynek de Kunstat. Par un jour de printemps en l´année 1977, on arrive chez lui et l´on interpelle son père, vieux comte et professeur, dont les biens avaient déjà été saisis et qui est accusé d´avoir signé un prétendu document révisionniste. Les enfants "victimes de la propagande bourgeoise, doivent être placés, pour leur bien dans un centre de rééducation". Pensionnaire dans un internat, Hynek ne se plie pas à la discipline communiste, se prend pour un roi, et on l´enferme dans un institut psychiatrique d´où il ne sortira qu´au début de l´année 1990, donc après la chute du mur de Berlin et l´écroulement du régime communiste, quand «aussi perturbé, ou aussi lucide qu´au moment d´y entrer, il se trouvera seul, face à la société capitaliste".

Dans ce roman, on suit également l´histoire d´Eva et de ses amants Milos et Zdanek. Milos et Zdanek sont amis, mais ignorent qu´ils couchent avec la même fille. Un jour, elle leur annonce sa grossesse, mais ne sait pas lequel des deux est le père du futur enfant. Bref, des personnages fictifs qui traduisent les bouleversements de la Tchécoslovaquie pendant la grisaille communiste et l´effervescence du printemps de Prague auquel ont mis fin en août 1968 les chars du Pacte de Varsovie.      

Par contre, l´apparition dans le roman de René Descartes, le philosophe français du dix-septième siècle, fondateur de la pensée rationnelle moderne, a trait à son intérêt à l´ordre légendaire de la Rose–Croix, censée être basée en Bohême. Aussi s´engage-t-il dans l´armée catholique du duc Maximilien de Bavière qui pendant la Guerre de Trente Ans a occupé une partie de Bohême. Néanmoins, il n´aurait jamais trouvé aucun des membres de la Fraternité des Rose-Croix.   

Encore une fois, Eugène Green pond une fiction pleine de rebondissements qui tient le lecteur en haleine jusqu´à la fin du roman dans une histoire qui mêle la politique au désir et la spiritualité aux fantômes.

Chapeau, monsieur Eugène Green !

Eugène Green, L´Enfant de Prague, éditions Phébus, Paris, octobre 2017.   

 

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