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Jean-Yves Le Drian à Lisbonne : la CPLP et l´OIF à l´ordre du jour

Par Nathan Hallegot et Custódia Domingues | Publié le 07/01/2018 à 23:22 | Mis à jour le 08/01/2018 à 00:13
Séminaire Diplomatique

Session publique spéciale le 4 janvier 2018 au musée de l´Orient à Lisbonne : c´est le deuxième et dernier jour de la conférence annuelle des ambassadeurs portugais lors de laquelle le ministre portugais des Affaires étrangères Augusto Santos Silva a tenu à inviter tout spécialement son homologue français, Jean-Yves Le Drian. Celui-ci a accepté l´invitation et est venu s´exprimer sur le thème de la refondation de l’Union européenne.

Jean-Yves Le Drian a créé la surprise en déclarant que la France souhaitait appartenir à la Communauté des Pays de Langue Portugaise (CPLP) et que le Portugal devrait aussi rentrer dans l´Organisation Internationale de la Francophonie (OIF). Une certaine vision géopolitique de laquelle ne sont absents ni les intérêts politiques, ni surtout économiques.
 

Diplomatiquement vôtre

D’emblée, le ton est donné dans l´échange qui a lieu entre les deux ministres des Affaires étrangères et qui se traduit par un tutoiement de rigueur. Après une brève introduction du ministre portugais, c’est au tour de Jean-Yves Le Drian de prendre la parole. Il commence son discours en présentant ses voeux et déclare : "Ma présence ici, parmi vous, illustre la solidité de nos relations".

Il poursuit cet éloge en rappelant les "affinités historiques, structurelles ainsi que les visions communes à l’égard de l’Europe" qui unissent les deux pays. Puis, de façon naturelle il aborde la question de l´appartenance des deux pays à l´ organisation respective de  chacun des pays à sa structure de défense de la langue et culture portugaise et française, c´est à dire pour la France devenir membre de la Communauté des Pays de Langue Portugaise (CPLP) et  pour  le Portugal rentrer dans l´Organisation Internationale de la Francophonie (OIF). Le Drian declare: “…Et  à  cet  égard,  puisque  nous  en  avons  parlé  Augusto, je  trouve  paradoxal  que  le  Portugal  soit  absent  de  l’Organisation  internationale  de  la  Francophonie  et  que, pareillement, la France ne soit pas présente au sein de la Communauté des pays de langue  portugaise.  C’est  un  sujet  sur  lequel  nous  avons  décidé  tout  à  l’heure, ensemble,  d’avancer  pour  que  nos  deux  organisations nous  reçoivent  de  manière croisée.  Car  ces  organisations  ne  sont  pas  uniquement  des  organisations  qui défendent  nos  langues  ;  elles  portent,  sur  plusieurs  continents,  nos  valeurs,  nos idéaux  de  dialogue,  d’échange  et  de  solidarité.  À  ce  titre,  elles  constituent  un  outil diplomatique  de  premier  ordre,  que  nous  aurions  intérêt  à  partager,  comme  nous partageons  déjà  nos  efforts  pour  favoriser  l’émergence  d’un  espace  toujours  plus grand de stabilité et de sécurité dans le monde, notamment au Sahel et au Levant.  L’engagement  de  nos  deux  pays  en  faveur  de  la  démocratie,  de  la  paix  et  de  la liberté  afin  de  construire  un  monde  plus  équilibré doit  passer  notamment  par  nos actions déterminées dans les enceintes multilatérales et pour le multilatéralisme. Le Secrétaire  général  de l’ONU,  Antonio  Guterres,  pourra  toujours  compter  sur  le soutien  de  la  France,  dans  la  conduite  de  la  tâche, immense,  qui  lui  revient….”


Re-fondation de l’Europe

Le ministre français s’attelle ensuite à évoquer ce pourquoi il est présent : la question  du rôle de l’Europe et de l’Union européenne. Cette nouvelle année est le moyen de redonner une impulsion au moteur européen légèrement dans la brume depuis le Brexit et les questions récurrentes liées à l’immigration. L’Europe est, garante de "la paix, la démocratie, la liberté économique et le progrès social dans un souci d’humanisme" rappelle Jean-Yves Le Drian.

Les défis qui se profilent à l’aune de cette nouvelle année sont nombreux mais pas irréalisables. Pour ce faire, il faudrait, selon son homologue portugais doter le monde d’un " leadership européen encore plus poussé". Mais pas seulement.  Les deux hommes s’accordent à affirmer la nécessité de rehausser la place de la lusophonie et la francophonie en "posant les jalons d’actions nouvelles". Un accord de coopération éducative et linguistique a par ailleurs déjà été signé le 28 mars 2017. La place des jeunes au sein de cette nouvelle Europe a aussi été évoquée dans le but de mieux encadrer le programme Erasmus (rebaptisé Erasmus+) créé en 1987.

En ce qui concerne l’élargissement de l’Union Européenne, Le Drian se montre prudent, notamment en ce qui concerne la Turquie. Il se dit ouvert à des discussions mais mentionne un "élargissement nécessaire de l’état de droit" en cas d’accueil de nouveaux pays au sein de l’U.E. Il poursuit en présentant le pays de Recep Tayyip Erdoğan comme un "partenaire stratégique" au moment même où le président Macron s´apprête à accueillir offciellement celui-ci à l´Elysée, et souligne les efforts menés par le président turc en matière de droits de l’homme.

Enfin s’ouvre le lourd volet du Moyen-Orient, et en particulier celui de la Syrie que le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères résume avec cette phrase qui laisse songeur: "Nous sommes sûrement en train de gagner la guerre, mais il ne faudrait pas perdre la paix".

 

Que restera-t-il ?

Lucide, il dit comprendre les doutes qui habitent les citoyens à propos de leurs dirigeants européens. La question de la sécurité devrait ainsi être au coeur des débats européens dans les prochains mois. Mais ce ne sera pas la seule. Les questions liées aux problèmes migratoires au déploiement d´une véritable  politique  des affaires étrangères, à l´écologie et à l´économie seront aussi à débattre.

À la fin de cet oratoire qui aura duré près d’une heure arrive un temps consacré aux questions-réponses. Pourtant prolixe, Le Drian répond prudemment à la question posée par la députée socialiste européenne Ana Gomes concernant les ventes d’armes de l’Europe vers des pays comme la Libye ou l’Égypte. Elles sont, selon elle, antinomiques du message humaniste porté par l’U.E.
 
Au final de cette rencontre,  on décèle clairement une volonté réciproque des deux ministres de confirmer les bonnes relations qui existent entre les deux pays et une main tendue de la France envers son voisin portugais. Il s’agissait, néanmoins, d’une visite éclair puisque Jean-Yves Le Drian repartait dans la foulée à l’Élysée l´après-midi même pour les voeux du président français.

 

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