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Festa do Cinema Francês : "Alice et le Maire" à Portimão

Par Lucie Etchebers-Sola | Publié le 04/11/2019 à 00:39 | Mis à jour le 04/11/2019 à 00:47
Photo : © Lucie Etchebers-Sola
Alice-et-le-Maire

La pensée et la pratique politique sont-elles compatibles ? C'est la question que pose Nicolas Parisier dans son dernier film « Alice et le Maire » projeté le 7 novembre à Portimão en Algarve, avant-dernière étape de la Festa qui s'achèvera le 8 novembre à Beja. Lepetitjournal.com a rencontré le réalisateur français.

Le Maire de Lyon, Paul Théraneau va mal. Il n'a plus une seule idée. Après trente ans de vie politique, il se sent complètement vide. Pour remédier à ce problème, on décide de lui adjoindre une jeune et brillante normalienne agrégée de philosophie, Alice Heimann. Avec Fabrice Luchini en maire socialiste déprimé, coaché par Anaïs Demoustier qui offre une remarquable performance, Nicolas Pariser, révélé en 2015 par « Le Grand Jeu », signe un film pudique sur la solitude qui règne dans le milieu politique. Remarqué à la Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes cette année, « Alice et le maire » a été présentée à Lisbonne par son réalisateur lors de la 20e édition de la Festa do Cinema Francês qui a débuté le 3 octobre dernier. Lepetitjournal.com a rencontré Nicolas Parisier pour parler politique et cinéma, tandis que le festival se terminer à Portimão et Beja les 7 et 8 novembre.

 
Lepetitjournal.com :
Vous brossez un portrait assez négatif des qualités humaines et intellectuelles nécessaires pour être un homme politique efficace, pensez-vous que ce soit aussi aliénant que ça ?
Nicolas Parisier : Oui, je pense que c'est extrêmement aliénant. Je pense qu'il faut avoir une vocation très puissante pour avoir envie de faire ça toute sa vie. C'est une vie très bizarre mais qui est captivante. Je ne pense pas qu'on puisse faire ce métier sans être passionné. Malgré tout, les politiciens sont des gens qui se sentent assez seuls en fait, qui souffrent du train de vie que leur fonction leur impose. Par exemple, deux sénatrices d'une cinquantaine d'année qui ont assisté à une projection m'ont dit un jour « Il y a quelque chose de très vrai dans votre livre : on ne lit plus ! », après la projection elles sont reparties directement au Sénat pour travailler. Ce sont des gens pour qui il est difficile d'avoir une vie de famille, il n´y a plus de loisirs. C'est une vie étrange en terme d'emploi du temps, de sommeil, d'isolement et la place que prend le travail dans leur vie. Les qualités humaines pour être un bon homme politique sont différentes de celles qu'il faut pour être boulanger ou n'importe quoi d´autre ... L'impression que j'ai eu en recueillant des témoignages d'hommes ou de femmes politiques après le film c'est qu'ils ont très peu le temps pour rentrer dans la profondeur des choses, ils sont toujours à la surface, ils n'ont jamais le temps de rien.

 
Comment connaissez-vous ce milieu ?

C'est un sujet qui me passionne depuis très longtemps. Je n'ai jamais été militant, ni voulu faire de politique, mais j'ai toujours eu des gens autour de moi, dans mon entourage proche même, qui faisaient partie de ce milieu.  Ma femme, par exemple, travaillait dans le cabinet d'Anne Hidalgo. J'ai toujours eu des informations de première main. J'avais l'impression de savoir comment fonctionnait un cabinet, même si je n'ai jamais discuté vraiment avec un homme politique de ma vie en réalité. Tous les états d'âme du personnage de Fabrice Luchini dans le film sont des inventions. Je me suis juste mis à leur place en me disant « moi avec ce type de vocation, voilà dans quel état je serais ».
 

La première note que Alice rédige pour le Maire porte sur la modestie, est-ce que vous pensez que c'est une vertu dont les politiciens manquent ?
Ils en manquent c'est certain, mais je pense aussi que ce n'est pas possible d'être modeste quand on est politicien. En soi ce n'est pas grave, ce qui est problématique c'est que ce sont des gens qui, de par leur fonction, sont presque forcés d'avoir un comportement monarchique. Dans le film la modestie a deux aspects. L'un a à voir avec la conception de la pratique du pouvoir. Par exemple, dans certain pays du Nord de l'Europe, les ministères ressemblent à des lycées, il n'y a pas tout le concept d'apparat et de palais dorés comme c'est le cas en France et qui datent de Louis XIV pour la faire courte. L'autre aspect, c'est celui qui a à voir avec les mesures politiques à mettre en place : comment créer une politique efficace, juste, capable de rendre le monde moins violent, de protéger ceux qui sont en difficultés, tout en  évitant les projets trop ambitieux, voire mégalomanes ?

 
C'est un film qui parle aussi beaucoup de solitude. Vos deux personnages principaux sont deux solitaires qui se découvrent une complicité intellectuelle. Quels sont leurs points communs ?
Non seulement ils sont très seuls d'un point de vue sentimental, mais ils n'ont en plus,  aucun ami ! Alice n'est pas douée pour l'amitié, et le maire n'a juste pas le temps ni l'espace pour en avoir, de part sa fonction. Ils se retrouvent là-dessus. Et aussi, dans le cadre de la Mairie, ils n'ont pas de poste précis et défini, du coup ils sont à la fois à l´intérieur et à l´extérieur d´un système.
 

Pendant une grande partie du film, on est un peu comme Alice, on n´a pas les codes, on ne comprends pas grand chose à ce qui se passe. Du coup la seule chose à laquelle on se raccroche ce sont les rapports humains. Est-ce que vous avez fait volontairement ce choix du décor politique qui est un milieu assez obscur pour la plupart des gens pour mieux mettre en valeur justement ce côté humain ?
J'aime bien au cinéma voir des études de milieu que je ne connais pas. Du coup, en plus de suivre une histoire, on découvre un milieu « exotique ». Cela peut être la classe ouvrière dans les années 1960 dans « Voyage au bout de l'enfer » (1978) de Michael Cimino, ou le milieu des peintres japonais au moyen-âge dans un film de Mizoguchi etc. Quand je décris le fonctionnement de la Mairie, je veux plonger le spectateur dans ce milieu qu'il ne peut pas vraiment comprendre, et ensuite ce qui va lui sembler plus familier ça va être effectivement les relations humaines. J'ai choisi Lyon aussi parce que c'est la deuxième plus grande ville de France, parce que les codes sont similaires aux codes parisiens, mais je n'aurais jamais tourné le film à Marseille, parce que je ne connais pas cette ville, ni les gens, ni les codes, et puis imaginez Luchini parler avec l'accent Marseillais...

 
Vous avez écrit ce rôle pour Fabrice Luchini.
Oui,  et j'étais très ému qu'il fasse le film. C'est une expérience humaine totale de travailler avec lui, et j'en suis très heureux, c'est un partenaire de travail rêvé. Il est très intelligent dans son rôle d'acteur, mais aussi sur le montage, sur la manière de présenter le film, il a une expertise exceptionnelle, et c'est normal. Il fait des films depuis les années 1970... Il n'y a pas une seule chose qu'il m'ait dîtes qui n'avait pas d'intérêt. En réalité, à partir du moment où il s'implique dans le projet, c'est difficile de dissocier le tournage du reste. Par exemple, il m'appelait tous les soirs pendant le premier mois de tournage, mais aussi le deuxième mois alors qu'il n'était plus sur le plateau ! Et il continue à m'appeler tous les jours puisque le film est sorti et que nous sommes en promotion. Pendant le tournage c'est quelqu'un de très travailleur, il connaît le texte parfaitement, il est très professionnel. Il a ajouté une gravité à son personnage qu'il n'avait pas forcément à l'écriture et il a rendu son personnage encore plus drôle qu'à l'écriture – parce que quand Luchini est drôle, il est juste hilarant.
 

Beaucoup de réalisateurs à qui j'ai parlé cette semaine m'ont dit que le cinéma français était en train de changer sur beaucoup d'aspects. Qu'il devenait plus social, moins linéaire, moins attendu, et plus complexe, meilleur en fait. Qu'est ce que vous en pensez ?
J'étais très cinéphile et depuis que je fais des films j'ai du mal à avoir un discours très intéressant sur l'état du cinéma français, je dois avoir du mal à m'occuper d'autre chose que de ce que je fais. Et à partir du moment où on est metteur en scène soi-même, on regarde les autres films différemment. Ça m'arrive de me dire : « Merde, ce film est vraiment très réussi ! », ou au contraire de me réjouir quand je trouve un film nul... cela étant, je pense que le cinéma français est très diversifié, je ne sais pas s'il est plus politique qu'avant, mais en tout cas je le trouve fragile et émouvant. Et puis il y a toujours cette exception culturelle en France qui est que ce n'est pas celui qui a l'argent qui décide du film, comme aux Etats-Unis, ou dans le milieu de la télévision. Par exemple, si j'avais fait ce film pour la télé, on m´aurait dit qu'il y avait trop de dialogues, que la relation entre Alice et le maire devait être plus claire et encore d´autres.

 

Bande annonce

 

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