Samedi 28 novembre 2020

Martin Provost : retour sur La bonne épouse

Par Zadig Paloyan | Publié le 21/10/2020 à 00:21 | Mis à jour le 28/10/2020 à 00:55
Photo : ©Z. Paloyan
Martin Provost bonne épouse

Dans le cadre de la 21èmeFesta du cinéma français au Portugal qui a débuté à Lisbonne le 8 octobre dernier et se poursuit à Coimbra puis Porto jusqu´au 4 novembre, Martin Provost présentait son film La Bonne Épouse samedi 18 octobre à Lisbonne et ce fut un succès. Lepetitjournal a eu l'occasion de s'entretenir avec ce réalisateur français auteur de succès comme Séraphine. À l'origine de nombreux films où la femme et la place qu'elle occupe dans la société sont au coeur du scénario, Martin Provost s'inscrit avec mérite dans la programmation de cette Festa.
 
Il est possible de voir La bonne épouse dans le cadre de la Festa ce soir, mercredi 21 octobre à Coimbra à 21h30.
 

LA bonne épouse, Martin Provost

Qu'est ce que cela vous fait d'être au programme de la 21èmeFesta du cinéma français au Portugal ?

Je suis très heureux d'être ici pour mes premiers pas au Portugal dans ce cinéma extraordinaire alors qu´il en existe de moins en moins. C'est toujours un honneur de venir dans un autre pays pour représenter le sien. La salle était « pleine », le public était au rendez-vous, c'est très encourageant malgré les temps bouleversés que nous traversons.
 

Comment vous est venu l'idée du film et l'envie d'écrire sur les écoles ménagères ?

Cette idée m'est venue suite à une rencontre avec une dame de 80 ans qui vient du Cotentin et qui m'a expliqué comment à l'âge de 15 ans elle avait voulu faire une école de ménagère pour suivre ses copines comme c'était d'usage à l'époque, au lieu de faire des études alors qu'elle venait d'un milieu qui le lui permettait.
En rentrant chez moi je me suis renseigné sur les écoles ménagères, et j'ai vu des petits films datant des années 1950 et 1960 sur les écoles ménagères. C'était très drôle mais aussi terrifiant et ça me paraissait très loin alors que cela remonte à hier. J'ai tout de suite voulu faire un film dessus. Lorsqu'elle m´a raconté une anecdote sur le concours de sortie durant lequel elle avait dû tuer un lapin en direct et le vider... j'ai vu Yolande Moreau avec qui j'ai déjà fait deux films. Je l'ai imaginé en prof de cuisine comme dans le film. C'était une évidence. Le film est né avant que je l'écrive avec des flashs et des images.
 

Votre film envoie des ondes très positives, mais qu'avez-vous voulu dénoncer à travers La bonne épouse ?

En France on aime bien mettre les films dans des cases. Mon film n'est pas une comédie même s'il est drôle et joyeux, cela va bien au-delà. Les gens qui attendent cela seront déçus.
Le sujet est assez grave, les jeunes filles vont découvrir leur sexualité, le monde autour d´elles et cela ne se passe pas facilement pour la plupart. Le ton est à la bonne humeur, avec une partie musicale qui rehausse les inégalités et les préjugés envers les femmes.
Je voulais que le film soit un film porteur. Ça parle de problèmes qu´un certain nombre de femmes ont pu rencontrer à cette époque indépendamment de leur l'âge.
 

D'où viennent les sept piliers énoncés au début du film ?

Tous ces points, nous les avons trouvés dans des ouvrages de cette époque qui traitent du thème des devoirs conjugaux. C'est un arrangement personnel mais tout existe dans des livres qui énoncent cela, c'était bien réel!
 

La Bonne épouse

 

Pourquoi avez-vous souhaité situer l'histoire en Alsace ?
 
J'ai situé l'histoire en Alsace car je ne voulais pas être dans univers ouvert sur la mer. Je voulais tourner dans un territoire où l'on a particulièrement senti l'après-guerre. L'Alsace a été particulièrement touchée durant la guerre et était donc encore à vif en 1960. C'était ce qu'on appelait encore la province.
 

Dans vos anciens films vous avez très souvent positionné les femmes au cœur de vos scénarios, considérez-vous être un artiste engagé pour la cause féminine ?

Disons que je m'en rends compte de plus en plus. J'ai essayé de faire un film sur un homme je n'ai pas réussi. Le destin me pousse dans une certaine direction et c'est cohérent aujourd'hui. Je ne pensais pas être autant engagé mais ma vie m'a mené ici, j'en suis fier et je peux le dire ouvertement.
 

C'est votre troisième film avec Yolande, comment expliquer vous votre relation ?

On est très proche, c'est ma voisine à la campagne !
Sans elle Séraphine ne se serait pas fait, ça a été un film très important car il a fait renaître un peintre... j'en suis très fier et c'est avec et grâce à Yolande que tout cela a pu exister.
On a eu le même plaisir à se retrouver et à travailler ensemble. On a tourné Séraphine il y a douze ans donc c'est formidable de se retrouver maintenant.
 

Comment s'est déroulée la sortie de votre film avec le Covid-19 ?
 
Le film est sorti quatre jours avant la fermeture des salles en France et on a réalisé en très peu de temps 170.000 entrées et tout s'est arrêté d'un coup c'est donc assez frustrant. Puis, grâce à Alexandre Mallet-Guy qui a refusé de vendre le film à une plateforme qu'on a attendu la réouverture des salles de cinéma car il voyait un vrai potentiel en La bonne épouse. Fin mai le confinement a été levé et les règles se sont assoupli donc notre film a pu arriver à plus de 600.000 personne même si cela s'est assez vite arrêté avec le Covid-19 on en est fiers !
 

Des projets à venir ?

Je vais tourner mon prochain film avec Isabelle Huppert  au mois de septembre prochain. Une année calme s'annonce pendant laquelle je vais pouvoir écrire.

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