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EXPOSITION – Une invitation à la réflexion à l’Atelier-musée Júlio Pomar

Par Lepetitjournal Lisbonne | Publié le 25/05/2018 à 01:47 | Mis à jour le 25/05/2018 à 01:48
Julio_Pomar

A l´occasion du décès de Júlio Pomar Lepetitjournal propose de (re)lire cet article publié lors de la deuxième exposition qui s´est tenue à l'Atelier-musée Júlio Pomar en 2014.

"Des crânes, des maisons, des pierres et un figuier" , c'est  le titre, aux allures de charade, de la seconde exposition de l'Atelier-musée Júlio Pomar à Lisbonne. La présentation de ces  oeuvres qui se tient jusqu´au 16 février est une invitation à la réflexion sur le dessin.

Júlio Pomar - Dessin d'après nature, deux crânes, Paris 1963 - Stylo 13,5 x 20,7 cm

L'Atelier-musée Júlio Pomar
À Lisbonne, entre le Bairro Alto et Estrela, au bas de la pente de Calçada do Combro, se trouve une des plus jolies rues de la ville :  la Rua do Vale. Elle  monte en pente douce vers une église à la façade blanche qui la clôt par une  accolade. Le charme de la rue s'est encore accru, il y a de cela bientôt un an, par l'ouverture de l'Atelier-musée Júlio Pomar.

Júlio Pomar est l'un des  plus grands peintres contemporains portugais vivants. De nos jours,  on dirait "plasticien" et si, au cours de sa très longue et féconde carrière, Júlio Pomar a touché à tout -  dessin, azulejos, sculpture, assemblage,  illustration -  lui-même se dit "pintor de arte".

Âgé de 87 ans, l'artiste se consacre  aujourd'hui à son art avec l'allant d'un jeune homme.  Et  ni les outrages du temps, ni les vicissitudes  politiques et budgétaires ne sont parvenus à entamer sa volonté de voir l'Atelier-musée ouvrir ses portes. En effet, un projet qui devait être conclu en une année en aura pris plus d'une dizaine pour devenir réalité. Mais pourquoi un atelier-musée? ce nom révèle à la fois l'origine du projet et sa projection dans l'avenir.  La Ville de Lisbonne acquit tout d'abord le bâtiment, sis au nº 7 de la Rua do Vale, pour en  faire l'atelier personnel du peintre. En contrepartie, Júlio Pomar  s'engagea à créer une Fondation portant son nom  qu'il dota d'une importante collection de ses oeuvres. C'est ce  fonds qui, "après le décès de l'artiste" comme le dit Júlio, constituerait les réserves de l'atelier devenu alors musée. 

Or, de la formulation de ce beau projet à  sa concrétisation, de nombreuses années s'écoulèrent. C'est alors qu'enVue générale de l'exposition 2010, dans sa grande sagesse, avec  aussi l'astuce et la générosité que Júlio Pomar tient sans doute de ses origines portugaises,  l'artiste décida de brûler les étapes. La collection était constituée depuis longtemps, les travaux avaient enfin redémarré, certes pour la énième fois mais il semblait que ce fût la bonne, la Ville et son maire étaient résolus à aller de l'avant : on allait donc  faire immédiatement de la bâtisse un espace public et, mine de rien,  rattraper le temps perdu. Júlio Pomar renonça donc à en faire son atelier.  C'est ainsi que depuis avril 2013 ses admirateurs et les amants de l'art peuvent  jouir d'un magnifique lieu d'exposition, lumineux comme  tout oeuvre d'Álvaro Siza, auteur du projet de réhabilitation, dynamique comme un atelier, enrichissant comme un musée.  

Vue générale de l'exposition

Fernando Lanhas Peinture sur pierres et galets. Dimensions variables 	Fernando Lanhas - Peinture sur pierres et galets. Dimensions variables

Le dessin, réponse à  la charade
Si l'exposition inaugurale, une anthologie de l'oeuvre de l'artiste, fut une fête pour les sens, faite de mouvement, de couleurs, de formes, et orchestrée par la joie de vivre qu'est la peinture de Júlio Pomar,  celle que l'Atelier-musée propose actuellement est une invitation à la réflexion. Son titre a des allures de charade : "Des crânes, des maisons, des pierres et un  figuier" (Caveiras, casas, pedras e uma figueira). Comment relier ces éléments ? par le dessin. C'est la clé que nous livre le commissaire de l'exposition, Delfim Sardo, dans un texte qui hélas n'est disponible qu'en portugais. Delfim Sardo insiste de longue date sur le lien entre les arts plastiques et l'architecture. C'est ce qu'il a voulu démontrer en rassemblant ici des ?uvres d'architectes  (Álvaro Siza, Luis Noronha da Costa qui est aussi peintre et Fernando Lanhas aux multiples facettes) dialoguant avec les crânes et le figuier tracés de la main de Júlio Pomar.

Noronha da Costa - Etude pour le Projet de Queluz - Non daté - Graphite sur papier 17,6 x 23,2 cm

Le dessin, matière à réflexionNoronha da Costa. Etude pour le Projet de Queluz - Non daté, Graphite sur papier 17,6 x 23,2 cm
Exception faite des pierres peintes de Fernando Lanhas et des  crânes grimaçants et même joviaux de Pomar, le résultat est  au premier abord austère et dépourvu de couleur. Pour aller au-delà, il conviendra de se laisser pénétrer de la question qui sous-tend cet assemblage : qu'est-ce que le dessin ? lignes, taches, traits, points qui sont la manifestation d'une pensée en devenir comme les projets de Siza ? l'expression d'une vision comme les maisons de Noronha da Costa qui pour la plupart n'ont pas été construites ? une poétique comme les interventions de Fernando Lanhas sur des galets qui nous font immanquablement penser aux signes que nous auraient laissés des extra-terrestres dans un cosmos soudain à portée de main ? ou la volonté  de donner à voir l'invisible : le vent dans le figuier ? Pour Delfim Sardo, le dessin est "une ossature du monde tel que nous pouvons le comprendre. Curieusement, jamais tel que nous pouvons le voir". Tout comme les crânes de Júlio Pomar sont la structure que nous ne pouvons voir sous un visage dont les traits nous sont familiers.


"Caveiras, casas, pedras e uma figueira" est ainsi  une exposition qui demande à son visiteur d'être plus qu'un simple spectateur, de faire appel à son esprit, logé dans une tête, qu'il pourrait munir d'un masque à rêver, tel que celui qu'a conçu Fernando Lanhas dont il nous dit :  "J'ai rêvé que j'étudiais le dessin d'une carte dont le sujet me demandait beaucoup d'attention et de précision. Pour pouvoir  exécuter ma tâche comme je le souhaitais, je portais un  masque qui  me protégeait de l'extérieur et me permettait d'examiner le dessin sans être interrompu".

Au premier plan : Fernando Lanhas,  Masque du rêve 127, 1983, papier découpé, 31,5 x 19 x 24cm 

 

Anaé Legrand (www.lepetitjournal.com/lisbonne.html) jeudi 23 janvier 2014
anae.legrand@gmail.com
Crédits photographiques : Luisa Ferreira. Copyright : 2013 AMJP

Atelier-Musée Julio Pomar
Rua do Vale nº 7
Du mardi au dimanche de 10h à 18h.

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