Lundi 10 août 2020

Antoine George : « On le voit comme une opportunité »

Par Guillaume Flor | Publié le 24/07/2020 à 12:00 | Mis à jour le 24/07/2020 à 12:00
Katharine Antoine George Tourisme Pérou Frutas

Du tourisme au commerce de produits bio, une reconversion partielle imposée par la crise pour Katharine et Antoine George, qui s’imaginent désormais un futur partagé entre plusieurs activités.

 

« Le Pérou, c’est un rêve de gosse ! »

« Quand j’avais neuf ans, je me souviens encore parfaitement de cette journée à l’école… je me rappelle précisément de comment j’étais assis, le livre que j’avais sous les yeux, la carte de l’Amérique du sud et la maîtresse qui dit : « Vous voyez les enfants, là c’est le Pérou avec le lac Titicaca et Cusco, la capitale des Incas ». Je ne sais pas ce qui s’est passé à ce moment-là dans ma biochimie cérébrale, d’un seul coup ça a fait « boum » et à partir de ce moment-là, j’ai passé mon temps à chercher tous les bouquins que je pouvais sur l’histoire et la géographie de l’Amérique de Sud. Vers l’âge de treize ans, j’avais déjà une idée très précise d’où se trouvaient Ollantaytambo, Pisac, Cusco, Puno, le lac Titicaca… »

Puis, la vie a mené Antoine vers d’autres histoires, il arrête l’école à 17 ans pour reprendre, à 26 ans, des études universitaires en politique internationale et langues. « J’ai eu un prof d’histoire, péruvien, qui nous donnait un cours sur les civilisations précolombiennes, j’étais passionné par ce cours, j’étais super heureux ». À la fin de ses études, il ne rêve que d’une chose, c’est-à-dire passer un an en Amérique du Sud pour voir sur place tout ce qu’il a étudié.

 

« Une synchronicité naturelle… »

« À la fin de mes études, pile à ce moment-là, on fait une fête… Je retrouve un ami que je n’avais pas vu depuis longtemps et qui me dit : « Ah Antoine, génial, tu parles espagnol, tu aimes bien faire de la montagne (je suis de Chamonix)… je suis venu en stop et j’étais avec une femme qui est la responsable des accompagnateurs pour le tour opérateur Nouvelles frontières. Tu ne veux pas aller au Pérou ? »  Je lui dis mais c’est le rêve de ma vie ! Une semaine après, j’étais au Pérou ! »

Antoine arrive donc la première fois au Pérou en 1996. Après un passage au Mexique et en Bolivie, il vadrouille un an en Amérique du Sud, notamment comme chauffeur pour des expéditions en 4x4. Quand il rentre en France, il commence à travailler dans le tourisme d’aventure et écotourisme pour des tours opérateurs. Il parcourt le monde mais tout le ramène vers le Pérou. « Un jour, j’étais en Namibie et dans l’avion de retour en France, j’étais assis juste à côté du directeur d’un grand tour opérateur qui me dit qu’ils ont besoin de quelqu’un au Pérou, présent au moins 6 à 8 mois par an, pour accompagner les grandes expéditions en trek ». Synchronicité ? En tout cas une opportunité qu’il saisit pour revenir au Pérou.

En 1999, il rencontre Katharine qui deviendra sa femme. Ensemble, ils voyagent et ils travaillent, toujours dans le tourisme, notamment avec l’agence « Transhumancias », jusqu’à ce que la crise du Covid-19 débarque.

 

« On était en hausse… et la pandémie est arrivée »

Antoine : « Il y a eu trois choses, parce que l’année dernière, on a eu un partenaire en France qui s'est cassé la figure, donc d'un seul coup on a perdu 85 % de notre demande alors qu'on était en pleine hausse. Ensuite, on a eu des problèmes sociaux en Bolivie et au Chili, avec des clients coincés, ça nous a coûté énormément pour les faire sortir du guêpier. Et après, on a eu la pandémie ».

Katharine : « Il y a eu des gens qui n’ont pas pu voyager et qu'on a dû rembourser alors qu’on avait déjà payé des choses pour eux ».

Antoine : « On s’est dit qu’on allait se récupérer en 2020 d'une autre manière parce qu’on avait trouvé un autre système avec un collectif d'agences, il y avait des belles perspectives mais là d'un seul coup, au mauvais moment, la pandémie est arrivée ».

Katharine : « C'était éprouvant, c'était un moment désespérant mais on n'a pas paniqué, on était tranquille, c'était comme une parenthèse de réflexion et d'inspiration. Les deux premiers mois, c’était presque les vacances. On était bien ».

Antoine : « Mais quand on a vu que ça s’étendait, on s’est dit qu’on ne pouvait pas continuer comme ça, déjà parce qu'on arrivait vers l'épuisement de nos ressources donc il fallait vraiment qu'on bouge ».

 

« Frutas y Más », des produits bio livrés à domicile

Katharine : « C'est un projet qu'on avait déjà depuis très longtemps parce qu'on a pas mal voyagé, on a été inspiré par les cultures orientales avec la culture du thé, les fruits secs… On voulait ouvrir un bar à thé, un bar exotique, à Miraflores mais on repoussait ».

Antoine : « [Avec la crise], nos prestataires de l'agence, parce qu’on a un réseau dans tout le Pérou, qu'on a mis 20 ans à constituer, ont commencé à nous dire qu’ils avaient des produits à envoyer vers Lima puisqu’il n’y a plus de touristes. On a acheté un premier chargement, on a commencé à sélectionner les produits pour avoir les meilleurs, puis on a commencé à proposer ça un peu autour de nous et petit à petit ça s'est étendu ».

« Il y a aussi les gens qu'on a envie d'aider. Par exemple, on connaît une jeune maman péruvienne à Barranco qui fait du lait d'amande pure complètement naturel, ça correspond à ce qu'on veut faire, donc on le propose ».

Katharine : « On essaie de proposer des produits naturels. J'ai eu un problème de santé très important, j'ai changé mon mode de vie pour aller vers les produits le plus naturel possible et arrêter les médicaments ».

Antoine : « Katharine a passé quelques années très difficiles, elle était dans le cercle vicieux de la médecine, de la pharmacie, elle prenait beaucoup de médicaments simplement pour pouvoir vivre, dormir, se lever… On a commencé à regarder d'autres options et la première option, c'est l'alimentation : plus tu as une alimentation saine mieux tu te sens ! »

Le besoin de partager, le plaisir de proposer des produits de qualité amènent Katharine et Antoine à s’engager activement dans ce nouveau projet qui prend pour eux un sens presque social, mais qui n’efface pas leurs autres activités.

 

Une activité qui va continuer même après la crise… et le tourisme aussi !

Antoine : « Je me partage. C'est surtout Katharine qui travaille sur les fruits mais on travaille ensemble pour préparer les commandes. C'est vrai qu’en ce moment, j'ai plus de boulot avec mes activités de consultant pour le gouvernement. Je suis actuellement sur une étude socio-économique sur le Machu Picchu, c'est un rapport pour l'UNESCO. »

« [Ce contexte de crise imposé par le Coronavirus], on le voit comme une opportunité, pouvoir réaliser quelque chose qu'on voulait faire et on va continuer même après. Je pense qu'on va ouvrir une boutique à Miraflores.

Katharine : « Une petite boutique où on peut déguster…, pour transmettre la culture du calme et du plaisir… »

Antoine : « On est vraiment dans la multi-activité, je suis sur le consulting, je suis avec Katharine sur la vente des fruits et d’autres produits, je suis en train d'écrire aussi et je suis en train de travailler sur l'agence, on va recréer une nouvelle agence, on a déjà un site web, on est rentré dans un collectif d'agences où on est une soixantaine d'agences dans le monde, une agence par pays et donc nous serons le Pérou. L’idée est d’essayer le plus possible de donner aux gens des expériences significatives de rencontre et d'immersion dans les territoires du Pérou… Emmener les gens dans des endroits magnifiques où l'accueil a encore un sens, où ce n'est pas du tourisme de masse… Il faut qu'ils sentent, qu'ils goûtent… qu'ils vivent le Pérou avec les cinq sens ».

« 90 % des agences péruviennes font toutes la même chose : chemin de l’Inca, Machu Picchu, la vallée sacrée, Cusco, l’île de Taquile et le canyon de Colca. Dès que tu sors de ça, tu es tranquille, tu es tout seul et là le tourisme de masse n'existe plus ».

 

Katharine Antoine George Tourisme Pérou Frutas

 

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Guillaume Flor

Diplômé en Sciences de l'Information et de la Communication. Responsable de la publication à Lima – Pérou pour LePetitJournal.com
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