Samedi 31 octobre 2020
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L'Espagne, la "ferme de cannabis" de l'Europe

Par AFP | Publié le 17/10/2020 à 09:20 | Mis à jour le 19/10/2020 à 11:09
espagne cannabis

Il fait encore nuit noire quand les policiers pénètrent dans un pavillon d'une banlieue de Barcelone. Au sous-sol, sous une intense lumière jaune, poussent des centaines de plants de cannabis, une "ferme" illégale comme beaucoup d'autres en Espagne.

Porte d'entrée depuis des décennies du haschich marocain en Europe, l'Espagne est devenue un pays producteur de cannabis attirant des organisations criminelles de toute l'Europe.

Entre 2014 et 2018, les saisies de plants de marijuana ont été multipliées par quatre en Espagne, selon le ministère de l'Intérieur. Et le pays représente un tiers des saisies au sein de l'Union européenne, selon le dernier rapport européen sur les drogues, publié en 2019.

A la frontière française, la Catalogne (nord-est) est devenue "la ferme (de cannabis) de l'Europe", selon Ramon Chacon, adjoint aux enquêtes criminelles de la police régionale catalane.

afp

Tout a commencé il y a dix ans, lorsque les organisations distribuant le haschich marocain sur la côte méditerranéenne espagnole, qui disposaient déjà d'infrastructures solides et de contacts, "se sont rendues compte qu'elles gagnaient plus d'argent avec la marijuana", poursuit-il.

Avec 25 millions de consommateurs, le cannabis est la drogue la plus consommée en Europe et son commerce y pèserait environ 11,6 milliards d'euros en 2019, selon les estimations d'Europol.

- Une forêt de marijuana -

Durant la première semaine d'octobre, trois opérations policières contre la production illégale de cannabis ont été menées en Catalogne.

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L'un de ces coups de filet, auquel a pu assister l'AFP, a permis de mettre la main sur 1.500 plants et entraîné l'arrestation de quatre personnes à San Esteban Sasroviras, à 25 km de Barcelone.

Juste avant de faire irruption dans cette "ferme" illégale, les policiers, équipés de gilets pare-balles et de fusils d’assaut, avancent en silence vers de petites maisons isolées.

Souvent inoccupés depuis la crise financière de 2008, ces logements sont loués ou squattés par des groupes mafieux qui y installent des plantations pouvant avoir un rendement quatre fois supérieur à une plantation en extérieur.

Dans l'immense sous-sol, éclairé par de puissants projecteurs jaunes, des centaines de plants serrés les uns contre les autres atteignent un mètre de hauteur. Malgré les ventilateurs, l'air est chargé d'humidité, comme dans une forêt qui exhalerait le parfum entêtant du cannabis.

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Avec quatre récoltes annuelles, les trafiquants espéraient revendre leur production entre 200.000 et 400.000 euros sur le marché européen, selon la police.

En Espagne, le gramme d'herbe se vend 5 euros mais en moyenne en Europe, c'est trois fois plus voire six fois dans certains pays nordiques.

Ces juteux bénéfices attirent en Espagne "les groupes organisés étrangers et multinationaux qui y créent de grandes installations de production pour répondre à la demande dans leurs pays", explique Jan Op Gen Oorth, porte-parole d'Europol.

Des groupes anglais, suisses, serbes, polonais ou français sont séduits par les faibles coûts et la législation espagnole et ses "zones grises", explique Ramon Chacon.

Le commerce et la consommation publique du cannabis sont interdits en Espagne mais la production pour la consommation personnelle est autorisée. Une législation qui a permis la création d'associations de consommateurs sans statut légal qui produisent du cannabis pour leurs membres.

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Avec pour résultat, estime Ramon Chacon, une banalisation du cannabis et des "tentacules" du trafic de drogue qui atteignent "toutes les couches de la société", y compris en corrompant policiers et politiciens.

L'explosion de la production illégale a pour corollaire les affrontements entre clans, le trafic d'armes ou la traite d'êtres humains avec des migrants réduits en esclavage dans certaines fermes.

En Catalogne, trois homicides liés au trafic de cannabis ont été recensés le mois dernier.

"Cela commence à devenir habituel", indique Ramon Chacon qui craint que la violence n'augmente encore à l'avenir. Pour le moment, "tout le monde gagne de l'argent sans grande concurrence entre les clans" mais "on finira par avoir plus de tensions entre les groupes, et une lutte pour le territoire plus compliquée, avertit-il.

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