

Inutile de remettre en question la prépondérance des réseaux communautaires dans le monde arabe, en ce temps de crise. Si la révolution égyptienne ressemble à un scénario macabre, une militante des droits de l'homme a trouvé un subterfuge pour se mobiliser pour la cause égyptienne dans un cadre ludique et satirique
La blogueuse intello Ghida Nouri vient de surprendre les internautes du monde arabe. Celle qui en a épaté plus d'un avec son franc-parler lors de la célèbre émission égyptienne "Bassem Show" est en pleine préparation d'un programme télévisé hors du commun. Il s'agira d'un "vidéo-blog" hebdomadaire qui relatera les histoires des révolutionnaires égyptiennes mais aussi leurs chassés-croisés avec les forces de l'ordre et l'armée "gardienne de la paix". Selon ses mots, il n'y a pas mieux que l'humour et la satire légère pour discuter des sujets les plus épineux, à fortiori s'il est question d'un pays qui sombre en pleine autolyse politique. L'émission sera une continuité de ses activités sur la toile. Pour ce faire, les sujets-polémiques qui suscitent un grand intérêt chez les blogueurs révolutionnaires construiront l'ossature même de l'émission participative de Ghida Nouri.
Crier haro sur les injustices
Contactée par nos soins, la geekette des droits de l'homme constate que sans l'existence des réseaux communautaires, son envie de crier haro sur les injustices qui sévissent dans le monde arabe ne serait pas sortie des limbes. "Le printemps arabe et les réseaux communautaires sont deux facettes du même médaillon. Facebook et Twitter ont mobilisé les masses et servi d'appui aux 'faiseurs de la révolution'. Maintenant que les prémisses du changement sont là, la responsabilité de protéger la jeunesse numérique incombe à toute personne avide de liberté et de dignité sociale", entrevoit-elle.
Seulement voilà, opter pour une émission télévisée pour toucher un public plus large reste la garantie d'un tel défi. "Il faut encourager la multiplicité des moyens participatifs et ce, pour maintenir une plateforme de dialogue solide. N'oublions pas que cette période pré-électorale est fatidique pour l'Egypte. Les militants sociaux doivent s'unir tous azimuts dans le but de dominer l'opinion publique jadis rebutée par les lignes rouges du pays", développe-t-elle, faisant allusion à l'utilité des émissions participatives et à l'importance des réseaux communautaires, avant d'ajouter avec certitude : "je crois dur comme fer en un jour où la totalité des processus électoraux auront lieu sur Twitter et Facebook".
Selon ses mots, "militante sociale" est un néologisme qui ne décrit pas fidèlement la personne qu'elle est. "Je suis une citoyenne du monde concernée par la chose publique et politique. L'envie de rompre avec les injustices fait partie de mon caractère et je veux partager mes convictions avec tous ceux qui veulent y croire. Il me reste tellement de messages à passer avant de me considérer activiste. Mon occupation du moment est de défendre avec ferveur les droits de l'homme et ceux de la femme dans le monde arabe", continue-t-elle.
En outre, si le net demeure une zone de liberté d'expression, les chassés-croisés entre jeunes activistes électroniques et forces de l'ordre (prétendument gardiennes de la paix), eux, sont chose courante. Toutefois, "les victimes de la police électronique en Egypte doivent se contenter de la célébrité qu'elles gagnent", conclut-elle, avec un brin de sarcasme.
Houda Belabd (www.lepetitjournal.com/le-caire.html) mercredi 28 mars 2012
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