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SENATEUR JACKY DEROMEDI – “Lorsqu’on est à l’étranger, on est très Français. Ces gens là sont l’image de la France“

Par Lepetitjournal Kuala Lumpur | Publié le 15/06/2016 à 19:30 | Mis à jour le 16/06/2016 à 00:19

Le Sénateur Jacky Deromedi est depuis 28 ans chef d'entreprise, dans la Cité Etat voisine. Elle était en ce début de semaine en Malaisie pour assister à la pose de la première pierre d'Hévéa, le dernier projet lancé par le Lycée Français de Kuala Lumpur Henri Fauconnier. Sénateur des Français de l'Etranger depuis octobre 2014, elle partage aujourd'hui son temps entre la France et Singapour, et souligne l'importance d'être autant que possible présente au Sénat. Ancienne Consul honoraire de Monaco, ancienne Présidente de la Chambre de Commerce et des Conseillers du Commerce Extérieur, et encore actuellement Vice-présidente de l'Alliance française, elle a eu tout au long de son parcours, de nombreuses fonctions, qui l'ont toujours amenée à s'impliquer dans la vie de la communauté française expatriée de Singapour. Elle connaît ainsi leurs défis, comme leurs problèmes, pour les avoir parfois elle-même traversés. 

Lepetitjournal.com Kuala Lumpur : un chef d'entreprise au Sénat, n'est pas une chose courante. Quelle plus-value vous apporte le fait d'être et chef d'entreprise, et Français de l'Etranger ? 

Sénateur Deromedi : Je connais les problèmes d'une entreprise et d'une entreprise à l'étranger. Le fait que je réside à l'étranger est aussi extrêmement important, je pense que je fais partie des rares sénateurs qui habitent réellement à l'étranger, très loin de la France j'entends. Pour le Sénat il y a toujours une image un peu faussée de ce que sont les Français de l'Etranger, malheureusement on pense très souvent que ce sont des gens qui ont de la chance, qui ont des contrats d'expatriés qui incluent tout. Et c'est important de leurs rappeler de temps en temps que ce n'est pas toujours le cas. Il y a tous ces jeunes courageux, ou moins jeunes d'ailleurs, qui arrivent valise à la main parce qu'ils ne veulent pas rester pointer au chômage. Ils tentent leur chance, et bien souvent ils trouvent du travail, mais ils doivent aussi régulièrement faire des efforts dans les premiers temps. Si vous avez été un cadre, ou si vous l'êtes toujours, il faut accepter de recommencer à zéro, accepter de se faire sa valeur en fonction de ce que les gens auront vu, parce que lorsque vous arrivez personne ne vous connait. Et puis ils arrivent dans des conditions où ils partagent un logement à trois ou à quatre, lorsque ce sont des familles ils peuvent faire face à de gros problèmes pour scolariser leurs enfants à l'école française, parce que c'est très cher. Se greffe parfois à cela des soucis de santé qui peuvent être dramatiques. Quand on est à l'étranger on est très Français. Ces gens là sont l'image de la France, ce sont des gens qui j'espère, un jour, rentreront et apporteront tout ce qu'ils ont appris à l'étranger. Je trouve qu'ils sont souvent négligés. Je vois des tas de sujets qui sont à la fois passionnants parce que j'ai l'impression que l'on peut faire des choses, et qui sont aussi durs. Je pense que je me sentirai en permanence coupable de ne pas pouvoir en faire suffisamment. Mais ce que je pourrai faire sera déjà bien, et j'ai la ferme intention de rassembler les autres Sénateurs et groupes politiques, parce qu'il n'y a pas de politique dans ces choses là. 

Il y a ce discours qui est de dire, après tout ces Français ont quitté la France, ils ne rapportent pas d'argent à la France directement, donc finalement il est normal qu'ils ne bénéficient pas de supports, d'aides sociales?

Ils ne rapportent pas d'argent, mais ils ne coûtent rien non plus à la France. Vous avez un partie de la population en France qui ne paie pas d'impôts et bénéficie quand même de tout un tas de choses parce que ce sont des Français. Donc il y a des aides, et ce n'est pas pour trois millions de Français que l'on demande des choses, mais pour une poignée de gens qui auront des problèmes particuliers, et ces gens sont Français, et quelque part on leur doit quelque chose. En effet ils ne rapportent pas d'argent à la France, mais en fait si, ils rapportent, parce que lorsqu'ils travaillent ici pour des entreprises, ils vendent l'image de la France, ils vendent des produits français. Ce sont quand même nos meilleurs représentants de commerce entre guillemets. 

Est-ce que justement, les Français de l'Etranger ont finalement l'impression de se sentir plus proche de vous que de n'importe quel autre Sénateur?

Je crois qu'ils sont toujours contents de voir leurs Sénateurs. Sur des sujets bien particuliers, j'ai été étonnée de réaliser à quel point ils suivent ce que l'on fait, et à quel point ils peuvent me dire ?là-dessus vous avez voté cela, expliquez-vous?. Par exemple, j'ai voté contre le bio à la cantine, ou contre l'abrogation des pesticides? alors on se dit elle veut tuer les enfants et les abeilles, mais c'est sorti du contexte! Quand j'entends ?vous ne voulez pas 20 % de bio à la cantine, comment cela se fait-il, ce n'est déjà pas beaucoup?? Oui! Mais pendant le Grenelle de l'environnement, il avait été dit que la France produirait 20 % de bio en 2012. Aujourd'hui nous sommes à 4.10 %. Si vous dites aux collectivités de cantines qu'elles doivent acheter 20 % de bio, on sera incapable de les fournir en France, donc il faudra acheter à l'étranger, donc cela aura un impact sur l'empreinte carbone, etc. Mais en plus de cela nous avons d'excellents produits français fabriqués par des paysans qui habitent à côté des collectivités des cantines, qui font des produits d'appellation contrôlée. Vous avez vu comme moi à la télévision, ces paysans qui renversent des caisses de carottes, car les supermarchés vont acheter je ne sais pas où, au Maroc ou au Portugal parce que c'est moins cher. Ça oui par contre, je suis d'accord pour que l'on dise qu'il faut veiller à acheter minimum 40 % d'agriculture de proximité, d'appellation contrôlée. Certains pays ont l'étiquette bio, la façon dont ils produisent leurs produits en revanche, on se sait pas. Les normes ne sont pas les mêmes, ils peuvent utiliser des produits génétiquement modifiés. Il vaut mieux acheter un produit de proximité français, qu'aller acheter un produit bio dans un pays qui n'aura pas les mêmes normes. Et en plus nos paysans ont besoin de travailler et de vendre leurs produits. Concernant le pesticide qui tue les abeilles, on nous proposait de voter pour que ce produit fabriqué par la société Monsanto soit interdit en 2018. Nous avons voté contre en disant que l'Ances (laboratoire qui analyse les pesticides) devait en faire une analyse immédiate et dire si il est ou non nuisible. S'il tue vraiment les abeilles, il ne faut pas attendre 2018, il faut l'interdire tout de suite. 

D'une façon générale est-ce-qu'il y a des thématiques particulières sur les difficultés rencontrées d'un pays à l'autre ?

Non, c'est toujours la même chose, les frais de scolarité reviennent souvent. Il y a beaucoup de parents qui ne peuvent pas mettre leurs enfants dans les écoles françaises et sont obligés de les mettre dans des écoles locales parce que c'est trop cher. On retrouve aussi des problèmes fiscaux, il y a des gens qui ont des résidences en France. Vous achetez un appartement sur 20 ans, vous partez à l'étranger parce qu'ils vous faut nourrir vos enfants, vous louez votre appartement, donc vos impôts augmentent car vous avez plus de revenus. Ce sont des choses qui sont difficiles. Quand vous montez au créneau sur des sujets comme ça, on entend : ils ont de la chance, ils ont une résidence, ils n'ont qu'à la vendre. Mais non ils ne vont pas la vendre! Si demain à l'étranger ils sont licenciés, il faut bien qu'ils aient un toit pour rentrer chez eux. Il y a aussi la CMU qui est un problème, quand les Français partent et qu'ils doivent rentrer en France, ils ont une période de carence, de trois mois, ce qui est énorme ! 

  

Alexandra Le Vaillant (www.lepetitjournal.com/kuala-lumpur.html) jeudi 16 juin 2016

Crédit photo : Nicolas Gouletquer

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