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ENQUETE - La fuite des cerveaux risque-t-elle d’entraver les ambitions de la Malaisie ?

Par Lepetitjournal Kuala Lumpur | Publié le 10/06/2013 à 22:00 | Mis à jour le 11/06/2013 à 01:20

D'après la banque mondiale, le nombre de Malaisiens éduqués partis à l'étranger a triplé ses 20 dernières années, alors même que le développement du pays serait censé offrir des opportunités de plus en plus nombreuses aux travailleurs. Le "brain drain" ou fuite des cerveaux est désormais un problème avec lequel les politiques malaisiens doivent compter.  Des initiatives comme Talent Corp sont mis en place pour ramener au pays ces Malaisiens de talent.  Seront-elles suffisantes pour enrayer les départs ?

Original Article: "Will Malaysia's brain drain block its economic ambitions", BBC news, 5 Juin 2013

La fuite de Monsieur Lee
Wilson Lee est un patriote malaisien. Pourtant, l'homme a quitté le pays, il y a déjà cinq ans. Sa rôtisserie japonaise dans le quartier grouillant de Causeway Bay à Hong Kong n'est que l'un des quelques établissements que le businessman possède aujourd'hui en Chine. Autour de plats de viande, Wilson explique qu'il avait autrefois l'habitude de faire des affaires en Malaisie, de l'exploitation de mines d'or au stockage de cellules souches.

Les opportunités offertes n'ont pas su le retenir. Il est parti en 2008, fuyant, selon ses dires, une politique favorisant la majorité malaise au détriment des ethnies minoritaires. "Cette politique est utilisée de manière abusive et éhontée pour enrichir une partie de la population. Elle conduisait à moins d'opportunités pour mes entreprises. Avec mes partenaires, cela freinait nos profits et nous laissait démoralisés".

Un phénomène qui tend à se généraliser ?
Wilson fait partie de ce que la Banque mondiale appelle "une fuite des cerveaux conséquente", un phénomène qui pourrait entraver l'ambition de la Malaisie de devenir un pays à hauts revenus d'ici 2020. Ceux qui partent vers un meilleur futur sont pour la plupart issus des minorités indienne et chinoise, comme Monsieur Lee. Ils représentent plus d'un tiers d'une population malaisienne de 29 millions.

Beaucoup sont propulsés hors du pays par des politiques passées d'âge qui accordent une préférence de traitement aux Malais dans des domaines aussi variés que l'éducation, le logement ou encore les projets gouvernementaux. L'objectif au départ était de redistribuer 30% de la richesse du pays aux Malais et aux populations indigènes, collectivement connus sous le qualificatif "Bumiputras". Les pouvoirs publics espéraient ainsi qu'ils ne seraient plus à la traîne économiquement derrière les Chinois.

En plus du pourcentage des compagnies enregistrées qui doivent encore être possédées par des Bumiputras, Wilson explique que le quota s'applique aussi aux affaires privées. Le gouvernement donnerait souvent les licences à des entreprises malaises et les businessmen d'autres minorités auraient à faire des Bumiputras des partenaires pour réaliser des affaires. "C'est une pratique courante en Malaisie".

Des électeurs expatriés déçus
Le Premier ministre Najib Razak rêve de faire revenir ces talents mais solutionner le problème risque de s'avérer une tâche compliquée. S'exprimant à travers les urnes, le 5 Mai, la communauté chinoise révoltée a largement abandonné la coalition Barisan Nasional. Le politicien détient toujours la majorité simple, en dépit d'avoir convaincu seulement 47% du vote populaire. La raison de cet écart ? Le poids plus grand accordé aux électeurs ruraux malais, soutiens du BN, grâce à un habile découpage électoral. Des allégations de fraude électorale ont également vu le jour, que la coalition au pouvoir a toutes réfuté.

L'ancien secrétaire politique de Najib et professeur invité à l'Université technologique Nanyang de Singapour, Oh Ei Sun, explique que les résultats des élections ont déçu les Malaisiens expatriés, qui sont nombreux à être des supporters de l'opposition. Oh raconte que certains avaient même volé depuis leur résidence jusqu'en Malaisie pour déposer leurs bulletins. Lorsque l'opposition a décroché plus de 50% du vote populaire sans avoir la possibilité de former le gouvernement, ils se sont sentis trahis. Le professeur imagine qu'à l'avenir, beaucoup d'autres talents professionnels pourraient quitter le pays. De son côté, le leader de l'opposition Anwar Ibrahim a tenu des rassemblements qui ont regroupé plusieurs milliers de manifestants à travers le pays pour protester contre les résultats.

Les efforts de Najib Razak
Le Premier ministre a tenté d'aplanir les divisions en dévoilant un nouveau cabinet pour mener à bien ses ambitieuses réformes économiques, entamées quatre ans plus tôt. La nouvelle équipe est composée de technocrates, de Ministres expérimentés et de nouveaux visages .

?Ces dernières années, des divisions ont vu le jour au sein de la société malaisienne. A présent, il est temps pour nous, au sein du gouvernement et au-delà, de mettre l'amertume derrière nous  et de travailler dans le sens de la réconciliation nationale "a expliqué Najib Razak. Malheureusement, sa requête a été noyée par les commentaires perçus comme anti-chinois de la coalition Barisan Nasional et la frustration générale face à la vitesse lente à laquelle vont les reformes de la politique Bumiputra.

Dans les jours suivants les élections, Najib Razak a rendu un ?tsunami chinois? responsable de la faible performance de sa coalition. Pourtant, attribuer les résultats difficiles à une division raciale est trop simpliste. Les analystes ont par exemple remarqué que les urbains malais avaient accordé leur voix en majorité à la coalition d'opposition Pakatan Rakyat, dont l'une des principales promesses de campagne était de démanteler les quotas basés sur la race. 

Mohamed Khalq est un de ces nouveaux urbains. Ce jeune homme de 23 ans étudie l'ingénierie aérospatiale grâce à une bourse du gouvernement destinée aux Malais. Malgré son appartenance à l'ethnie majoritaire, il croit que les Malais n'ont pas accès aux ressources du pays à cause du népotisme. Il supporte donc la promesse de l'opposition d'enrayer une corruption généralisée. " Si votre père n'est pas Ministre, vous n'avez aucune chance d'obtenir un travail au gouvernement", explique-t-il. Mohamed rêve déjà poursuivre ses études en Australie et espère trouver un emploi sur place qui lui permette de rester.

Des retours réussis ?
"Le nombre de Malaisiens à l'étranger est significatif? explique le directeur de l'agence gouvernementale, Talent Corp, Johan Mahmood Merican. Il estime que 300.000 Malaisiens, soit 10 % de la force de travail ayant suivi des études supérieures, a quitté le pays, au cours de la dernière décennie. Le Premier ministre a donné à Johan pour mission de faire revenir certains de ces talents en les attirant par des opportunités de travail et des exonérations d'impôts. Il affirme que Najib Razak a également abaissé une partie des restrictions ethniques dans le cadre de ses promesses de campagne 1Malaysia.  Le directeur cite ainsi l'effort du Premier ministre pour réduire le quota obligatoire d'investisseurs malais dans les compagnies enregistrées de 30 à 12,5%. "Au regard de la politique 1Malaysia , c'est une vraie avancée !", se réjouit Johan.

Depuis 2011, plus de 1.800 Malaisiens sont revenus au pays grâce à un programme gouvernemental. C'est une simple rustine au problème de la fuite des cerveaux, mais pour la coalition au pouvoir, c'est tout de même la tentative la plus réussie jusque-là.

Dushyan Vaithiyanthan, un Malaisien d'origine indienne, fait partie ces ?revenants?. Il a travaillé au sein d'une entreprise internationale en Inde, en Norvège et en Thaïlande avant d'être contacté par un des leaders malaisiens des télécoms. ?L'appel m'a enthousiasmé parce qu'avoir la possibilité de travailler pour une entreprise malaisienne et l'aider à grandir, apporte plus de satisfaction que travailler pour une entreprise norvégienne" explique Dushyan. "C'est génial de faire partie du progrès".

L'homme d'affaires est content d'être de retour à la maison mais s'inquiète déjà de la qualité de l'éducation anglophone du pays pour ses enfants et de la montée de tensions ethniques et religieuses. "L'avenir de la Malaisie est toujours incertain", raconte-t-il. L'Indien n'exclut pas de repartir un jour.

Traduction de Marion Le Texier (www.lepetitjournal.com/kuala-lumpur.html) Mardi 11 Juin Juin 2013

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