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REDISTRIBUTION DES TERRES – 12.000 hectares maximum.

Par Lepetitjournal Johannesbourg | Publié le 24/02/2015 à 19:15 | Mis à jour le 09/02/2018 à 06:32

La redistribution des terres après des siècles de colonisation et l’apartheid est un enjeu majeur de la réconciliation nationale en Afrique du Sud. Malheureusement, les résultats des efforts entrepris jusqu’au aujourd’hui sont décevants. Un nouveau projet de loi lancé par le gouvernement, limite la taille des propriétés et leur accès aux étrangers. Quelles sont les conséquences de ces mesures qui ont tout pour plaire à la majorité?

Le ministre du développement rural et des terres, Gugile Nkwinti a proposé hier (mardi) devant le parlement, son projet de loi sur la réforme des propriétés foncières. Annoncé par le président Zuma dans son discours à la nation, ce projet stipule que les personnes physiques ou juridiques dont l’actionnariat majoritaire est étranger ou contrôlé de l’étranger, ne pourront accéder à la propriété agricole en Afrique du Sud. Les résidences privées ne sont pas touchées par ces mesures, seules les terres cultivables sont concernées. Les terrains dits « stratégiques », sans autre précision, seront susceptibles d’être rachetés par réquisition. Pour s’implanter en Afrique du Sud, les investisseurs étrangers pourront obtenir un bail de location de longue durée, entre 30 et 50 ans. Cette loi ne serait pas rétroactive : les terrains achetés resteront acquis.

L’autre volet de ce projet de loi concerne la taille des propriétés, quelque soit la nationalité de son propriétaire. Elle ne pourrait dépasser les 12.000 hectares (soit la taille estimée de deux fermes). Le propriétaire excédentaire devra vendre sa terre au gouvernement, qui se chargera de sa redistribution équitable. Le projet du ministre doit être revu par le parlement pour approbation dans le courant de l’année.

Cette directive s’inscrit dans la politique de redistribution des terres, réengagée par le gouvernement l’année dernière, de façon judicieuse juste avant les élections présidentielles ! Au lendemain des élections de 1994, les réclamations de droits fonciers avaient été ouvertes une première fois, afin que les populations déplacées et expropriées sous le joug des oppresseurs, puissent revendiquer leur ancienneté sur un territoire. L’objectif était de redistribuer 30% des terres aux Noirs. A peine 7% des terres ont été redistribuées. Aujourd’hui, 80% des terres appartiennent toujours à des Blancs, alors que ceux-ci représentent seulement 10% de la population. Les réclamations sont à nouveau déposables, depuis février 2014 et jusqu’à fin 2018.

D’autres mesures pour la redistribution

Un nouveau cadre législatif est proposé pour que les salariés agricoles deviennent propriétaires du capital qu’ils entretiennent. Les travailleurs noirs sur des exploitations détenues par des blancs, qui travaillent depuis plusieurs années, sont éligibles à recevoir une part de l’entreprise. Jusqu’à 50% de la ferme peut être redistribué aux employés. Une cinquantaine de cas sont déjà arrivés sur le bureau de Nkwinti, qui affirme qu’il les traitera dans les trois mois. Comment financer le rachat des parts du propriétaire pour la redistribuer aux employés ? C’est une des réponses attendues dans l’allocution sur le budget de l’état prévu ce soir (mercredi).

L’agriculture en jeu

Au delà de la problématique de justice, la distribution des terres met en jeu la capacité du pays à nourrir sa population, parfois au bord de la famine, grâce à une agriculture productive. L’ombre de la catastrophe liée aux mesures populistes du président Mugabe au Zimbabwe plane sur ces réformes sud-africaines. Insatisfait de la redistribution sur la base du volontariat à la vente, dans les quinze dernières années, Mugabe a accéléré la « redistribution » en expulsant les fermiers blancs de leurs exploitations. Le résultat a été dramatique pour l’agriculture zimbabwéenne, dont la production a été presque divisée par deux, laissant le peuple dans la misère, et l’économie en déroute.

Certains craignent que les mesures populistes de Zuma conduisent l’agriculture sud-africaine dans le marasme de sa voisine. Les agriculteurs sans le sou, même en possession des terrains, ne pourraient assurer le bon rendement des fermes, dont la productivité est stratégique pour toute l’économie du pays.

Et les étrangers dans tout ça ?

Les terres appartenant à des étrangers ne représentent que 5 à 7% de la superficie agricole du pays. Certains s’inquiètent du signal négatif que l’interdiction d’achat envoie aux investisseurs étrangers. L’Afrique du Sud restera t’elle attractive pour un groupe international qui cherche à s’implanter ? D’autres s’indignent de voir le gouvernement stigmatiser les propriétaires étrangers. Ces dernières semaines dans Soweto et dans le West Rand, des pillages ont eu lieu visant spécifiquement les propriétaires de magasin immigrants. Une centaine d’entre eux ont dû fuir leur quartier en abandonnant tous leurs biens. Lors de son allocution au Parlement le 12 février, présentant le projet de réforme sur la propriété, le président Zuma n’a même pas pris la peine de condamner fermement ces pillages. Les commentaires du gouvernement sur ces événements ont écarté tout aspect xénophobe de ces attaques. Ce sentiment du rejet des étrangers, sournoisement attisé permettrait-il de regagner l’élan nationaliste nécessaire à la réconciliation ? Ou peut-être désigne t’il un nouveau bouc-émissaire. Après 20 ans du même parti au pouvoir, le gouvernement semble en panne d’excuse pour expliquer la faible redistribution. « L’héritage de l’apartheid » sonne comme un aveu d’échec des politiques menées.

Lisa Binet (www.lepetitjournal.com/lecap.htmlmercredi 25 février 2015

Lisa Binet est consultante et formatrice www.shiftingbehaviour.com

Sources :
http://ewn.co.za/2015/02/15/Zuma-clarifies-ownership-of-land-by-foreigners
http://ewn.co.za/Features/Soweto-attacks-timeline
http://www.mediaclubsouthafrica.com/

Plantation de roiboos dans le Cap Occidental. Image mediaclub SA.

Le vignoble Solms-delta dans la region à Franschhoek, dont les 180 travailleurs sont aussi des actionnaires. Image: Paula Wilson Media Consulting

 

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