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NATION ARC EN CIEL - leurre ou réalité ?

Par Lepetitjournal Johannesbourg | Publié le 20/09/2010 à 00:01 | Mis à jour le 14/11/2012 à 09:21

La récente parution du livre intitulé Réflexions sur le siècle de l'espoir*, qui recense les opinions de la population sud-africaine à l'égard du fonctionnement de son pays et de ses institutions, révèle de profonds clivages entre les opinions des diverses communautés, en particulier celle des noirs et des blancs

(Crédit Photo: Gérald Tanesse)

Le quotidien The Times, dans son édition du mercredi 8 septembre titrait « Noirs, blancs, deux mondes à part ». L'article faisait part du rapport du Comité de Recherche en Sciences Humaines (HSRC), réalisé à partir de données recueillies entre 2004 et 2006, lors du second mandat de Thabo Mbeki et pendant l'enquête diligentée envers Jacob Zuma pour corruption. Ce titre choc résume en quelques mots les conclusions de l'ouvrage : sur la majorité des questions de société sud-africaine, les noirs et les blancs ont des opinions diamétralement opposées. Que ce soit sur le chômage, la sécurité, les politiques de discrimination positive ou bien les quotas des équipes de sport, la nation arc-en-ciel est plus que divisée.

Quand la lutte contre le chômage, d'après les noirs, devrait représenter la priorité du gouvernement (83%), elle n'arrive qu'en deuxième position chez les blancs (58%), pour qui c'est le crime et l'insécurité qui devraient être éradiqués d'abord (68%). Les Africains sont plus concernés par l'épidémie du Sida et la pauvreté, fléaux qu'ils considèrent plus urgent à traiter que la criminalité. Les Indiens et les Métis ont des avis nuancés, le chômage supplantant la question de l'insécurité. Etant donné la récente histoire du pays, ces résultats, d'après les auteurs de l'étude, « ne sont guère étonnants ».

Les sujets de discorde : discrimination positive, distribution des terres et mixité des écoles

Ces avis contradictoires reflètent la société sud-africaine, encore aujourd'hui en pleine transformation. Les legs de l'apartheid et les écarts de développement persistent, divisant la population quant aux manières de réformer le pays. Sur la question des  politiques de discrimination positive en faveur des communautés victimes de ségrégation avant 1994, le clivage - 14 ans après les premières élections libres - reste profond. Le schisme communautaire persiste, la plus importante division s'opérant entre les Africains qui sont pour, et les trois autres groupes, majoritairement contre. A la question, "l'emploi et la promotion des Sud-Africains noirs devraient être favorisés", 87% des personnes blanches s'y opposent contre 20% des Africains. Une dichotomie que l'on retrouve dans l'épineuse question de la redistribution des terres et de la mixité dans les écoles. La variable démographique, elle, a peu d'impact, même si on pourrait penser que la communauté blanche ayant vécu sous le régime de l'apartheid soit plus réticente aux changements que les autres groupes. Il n'en est rien. C'est la variable économique qui dicte désormais les attitudes. Les blancs dont le revenu est élevé craignent la discrimination positive dans le domaine de l'emploi, alors que les personnes à faibles revenus l'encouragent. Les Africains dont le niveau d'éducation est élevé sont également réticents à ces politiques. Les quatre groupes se rejoignent sur un point : favoriser l'emploi d'une catégorie de personne sur les autres est critiquée par les conservateurs de tous bords, opposés à l'intervention de l'Etat dans l'économie.

Les opinions des jeunes reflètent celles de leurs parents
Les jeunes de 16 à 35 ans de toutes races s'entendent sur deux points : le manque de service public comme l'eau et l'électricité et le sentiment de fierté et d'appartenance à la nation, même si ce sont les Africains qui s'en réclament le plus. La situation économique de chacun reprend vite le dessus et les divisions réapparaissent. Les Africains et les blancs possèdent les opinions les plus tranchées. En ce qui concerne la citoyenneté, la jeunesse blanche pense à 77% que le droit de vote est le devoir de chaque citoyen même si elle n'est satisfaite du fonctionnement de sa démocratie qu'à 23%. Les jeunes Africains, satisfaits du système à 55%, plébiscitent le devoir de se rendre aux urnes à 85%. Les Métis et les Indiens sont plus cyniques à l'égard du droit de vote. Pour près de la moitié d'entre eux, voter ou non ne fait aucune différence. Les Africains accordent une confiance forte dans leurs institutions (8,5 sur une échelle de 10), les Indiens et les Métis restent mitigés avec 6,1/10 tandis que les Blancs y croient peu (4,8). Ces résultats concordent avec les opinions générales de leurs aînés.

Alors que le facteur dominant des réponses des jeunes reste l'appartenance à son groupe racial, la nation sud-africaine atteindra-t-elle ce siècle de l'espoir dont parlait Thabo Mbeki en 2006 ? Oui, car selon les auteurs du livre, « l'optimisme de la jeunesse réside dans sa croyance en un futur meilleur car elle est convaincue que les choses vont changer. Cet optimisme est réel, en dépit de l'immense épreuve socio-économique à affronter, qui se traduit par un taux de chômage élevé chez les jeunes et les conséquences qui en découlent. »


*Reflections on the Age of Hope, écrit par Benjamin Roberts, Mbithi wa Kivilu et Yul Derek Davids et publié par le HSRC.  
Le livre est téléchargeable gratuitement sur :
http://www.hsrcpress.ac.za/product.php?productid=2280&cat=0&page=1&featured

 

 

Julie Azémar - www.lepetitjournal.com/johannesbourg.html - lundi 20 Septembre 2010

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