Un vendredi, un arbre : le kemiri ou le bancoulier des Moluques

Par Elsa Camblor | Publié le 14/07/2022 à 19:30 | Mis à jour le 19/07/2022 à 11:14
Photo : noix de bancoulier/Kemiri
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Le kemiri ou le bancoulier des Moluques est originaire de la Chine du sud et de l’Indonésie. Pouvant atteindre 15 à 20 m de hauteur, il se reconnait à ses feuilles vertes, veloutées, aux reflets blancs. Il est cultivé principalement pour l’usage de sa noix, mais il a de nombreuses autres utilités.

 

Il a été transporté hors de ses frontières naturelles pour être aujourd'hui cultivé dans toutes les zones tropicales existantes : Amérique centrale et Amérique du sud, le centre et une partie du sud de l'Afrique, l'Océanie, le nord de l'Australie et une partie de l'Indonésie. A Hawaï, cet arbre est symbole de l'illumination, de la protection, de la paix et est devenu l'arbre officiel de l'Etat d'Hawaï en 1959.

 

Pourquoi un tel engouement pour le bancoulier ?

Presque toutes les parties de l’arbre, y compris les feuilles, les fruits, l’écorce, le bois, les racines, la sève et les fleurs sont utiles que se soit pour la médecine traditionnelle, pour l’éclairage, pour les matériaux de construction, pour les teintures, pour l'alimentation ou pour un usage ornemental.

 

Une huile siccative, purgative et cosmétique 

Les fruits du kemiri renferment une huile précieuse pour : le travail du bois, l’éclairage, la peinture, la cosmétique ou encore la pharmacie.

  • Comme l'huile de lin, elle protège et imperméabilise. Les populations locales enduisaient les tissus, les filets de pêche et les embarcations pour les rendre résistants aux intempéries et afin d'en accélérer le séchage. Cette huile entre dans la composition de nombreux vernis et peintures. Elle est utilisée pure en ebénisterie, ce qui en fait le choix le plus écologique en matière de finitions.
  • Comme l'huile de ricin, ses acides gras et ses vitamines sont utilisés comme purgatif dans la médecine traditionnelle. L'huile de kemiri a des propriétés émollientes, adoucissantes, et répare la peau et les cheveux abîmés. L'huile raffinée de kemiri est désormais largement utilisée dans la composition des cosmétiques, sous l'appellation "tung".
  • Les propriétés siccatives, la capacité à sécher et à durcir, ont fait de l'huile de kemiri un produit  privilégié pour l'ornement, les teintures et l'encre destinée au tatouage.

 

Une écorce à haute force tannique

Le bois du kemiri contient beaucoup de tanins, dont les propriétés astringentes sont bien connues des amateurs de vin. Les tanins sont des substances naturellement présentes dans les végétaux et destinés à les protéger des agressions microbiennes comme des parasites. Ils sont antioxydants et cicatrisants. L'écorce du kemiri a longtemps servi pour le tannage des peaux, comme pour un usage médical.

 

Un arbre qui a su se faire un nom

En bahasa : kemiri

En malais : buah keras

En soudanais : muncang

En français : le bancoulier, bancoulier des Moluques, noyer des Indes

En polynésien : tui-tui

En anglais :  candlenut

En allemand : kerzennussbaum, lichtnussbaum

En espagnol : arbol de la cera

En hawaïen : kukui

 

La noix de kemiri : oléagineuse mais légèrement toxique

Cette noix est principalement produite dans le centre et l’ouest de Sulawesi, ainsi qu’à Sumbawa.

Dans ces régions, la noix de kemiri se substitue souvent au lait de coco dans les plats de légumes, car elle contient 50 à 60% de lipides. Pour les conserver, il est conseillé de les stocker dans un contenant hermétique, placé au frais.

 

Les noix sont d'ailleurs si riches en huile qu'elles peuvent s'enflammer comme des chandelles. Cet usage est la source du pouvoir symbolique de l'arbre dans la culture hawaïenne, et à l'origine du nom anglais "candlenut tree".

 

Les noix de kemiri ne doivent pas être mangées crues car elles contiennent un puissant purgatif, des saponines et des dérivés du phorbol. Elles doivent être impérativement cuites ou rôties avant d'être consommées en très petite quantité.

On les utilise plutôt écrasées sous forme de pâte, elles sont utilisées dans la cuisine indonésienne "sembal kemiri" pour épicer et parfumer les currys, épaissir les sauces et soupes, notamment dans les soto et rawon. Cette noix fixe également les épices aux autres ingrédients. Son amertume relève les saveurs et les fixe en bouche.

 

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