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HUMANS OF ISTANBUL - "Ici, tout le monde a quelque chose à raconter"

Par Lepetitjournal Istanbul | Publié le 11/03/2018 à 19:04 | Mis à jour le 11/03/2018 à 19:04
Photo : Gubse Tokgöz photographie des Stambouliotes rencontrés au hasard. ©GT
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Gubse Tokgöz partage l’histoire de Stambouliotes rencontrés au hasard d’une rue à travers son projet de photographie "Humans of Istanbul". Un concept venu tout droit des Etats-Unis… 

Lepetitjournal.com d'Istanbul : Pouvez-vous nous dire quelques mots sur vous ?

Gubse Tokgöz : J’ai grandi à Istanbul. J’ai fait des études de journalisme à l’université Bahçeşehir. En 2013, j’ai passé neuf mois en France dans le cadre d’un service volontaire européen. C’est à ce moment là que j’ai appris le français. Puis, je suis retournée en Turquie où j’ai travaillé pendant deux ans, avant de faire un master métiers du texte et de l’image, à l’université Paris-Sorbonne. Aujourd’hui, je vis toujours en France et je travaille comme photographe. Depuis peu, je réalise un projet avec un journaliste sur les jeunes Turcs qui ont fui leur pays. Je travaille sur Humans of Istanbul à chaque fois que je retourne à Istanbul, soit deux ou trois fois par an. 

Parlez-nous de ce projet… 

Tout a commencé quand j’ai découvert par hasard, sur Facebook, le projet Humans of New York (créé par Brandon Stanton, son projet est désormais mondialement connu et repris dans de nombreuses autres villes, ndlr). Le concept existait déjà à Istanbul. J’ai contacté la personne qui s’en occupait et nous avons commencé à collaborer il y a deux ans. Depuis, j’ai repris entièrement la gestion du projet et j’ai déposé la marque, que j’ai obtenue il y a un an. Il existe aussi une version française du projet, Humans of Paris, à laquelle je vais bientôt contribuer.

Avec Humans of Istanbul, mon idée est de montrer que la ville est peuplée de plus de 15 millions d’habitants, que l’on ne se connaît pas vraiment. Je cherche à raconter l’histoire des gens que je rencontre par hasard dans la rue, par le biais de portraits accompagnés d’un court texte. L’histoire de quelqu’un qui passe près de nous, mais à qui on ne dit pas forcément bonjour. Je veux montrer que l’on a tous une histoire, quelque chose à raconter. Les Turcs ont envie de s’exprimer et de parler des soucis qu’ils rencontrent au quotidien. Parfois, j’ai l’impression que tous les récits de vie que je partage sont assez tristes, et j’aimerais faire évoluer le projet avec des histoires plus positives. 

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©Gubse Tokgöz

Comment choisissez-vous les personnes que vous photographiez ? 

Il s’agit de rencontres spontanées, dans les rues d’Istanbul. En général, les Turcs acceptent facilement d’être photographiés, même si les femmes sont parfois hésitantes. Une fois le cliché en poche, je leur parle du projet et je commence à leur poser des questions pour l’entretien qui accompagne les photos. J’essaie de photographier des gens issus de quartiers différents. 

Je fais parfois face à des commentaires négatifs, on m’a déjà reproché de partager des histoires inintéressantes. Ce fût le cas pour le portrait d’un jeune homme, qui voulait rejoindre l’université, puis l’armée, puis se marier. Cela peut paraître triste qu’il n’ait pas d’autres rêves que ceux-là, mais selon moi, toutes les histoires sont bonnes à raconter.

Quelle rencontre vous a particulièrement marquée ? 

Celle avec une mère qui a caché le handicap mental de son fils pendant des années car son mari ne voulait pas que cela se sache. Le père n’a jamais accepté le handicap de leur enfant. Ils ont fini par divorcer. Aujourd’hui, elle raconte son histoire dans une pièce de théâtre à travers la Turquie. Je publierai bientôt son témoignage sur la page Humans of Istanbul.

Comment est née votre passion pour la photographie ? 

Pendant que je faisais des études de journalisme. C’est le photojournalisme qui m’intéresse, plus que la photographie artistique. Le projet "Humans of…" est un concept mondial, auquel j’ai dû m’adapter et cela me force à travailler les portraits. C’est totalement différent de ce que j’ai l’habitude de faire. 

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©Gubse Tokgöz 

Avez-vous réalisé d’autres projets photos à Istanbul ?

Oui, notamment un projet intitulé "Résistance à Kadıköy" après l’accident minier de Soma, en 2014. Ou encore un reportage photos sur le Kurban Bayramı (la fête du sacrifice, ndlr). Je réalise aussi des projets en France, comme un reportage dans la banlieue parisienne d’Aubervilliers, qui a souvent mauvaise presse. Pour y avoir vécu, je trouve au contraire qu’elle abrite une culture très riche avec des gens aux origines diverses. Je voulais casser les clichés négatifs sur Aubervilliers. 

Quel avenir souhaitez-vous pour Humans of Istanbul

Actuellement, plus de 20.000 personnes suivent mon projet sur la page Facebook. J’espère bien sûr rassembler encore plus de monde! Puis, pourquoi pas en publier un livre, si je trouve des financements. Dans un ou deux ans, quand le projet aura évolué encore davantage. Humans of Istanbul n’est pas près de s’arrêter : tant que je suis vivante, je compte bien continuer!

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Gubse Tokgöz gère Humans of Istanbul depuis deux ans. ©Antonin Weber

 

Son site internet: www.gubsetokgoz.com

 

Propos recueillis par Solène Permanne (http://lepetitjournal.com/istanbul) lundi 12 mars 2018

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