Mercredi 30 septembre 2020

Daffa Konaté : tisser des liens grâce à l’art et à la culture

Par Lepetitjournal Istanbul | Publié le 03/03/2020 à 21:40 | Mis à jour le 02/09/2020 à 23:36
Daffa Konaté art culture Turquie Afrique

Il y a trois ans, Lepetitjournal d’Istanbul avait rencontré Daffa Konaté, la créatrice de Kelen, le projet qui a pour vocation de promouvoir l’art africain en Turquie. Depuis, les projets de Daffa et Kelen ont évolué, et ils s’inscrivent notamment cette année dans une riche actualité africaine à Istanbul. 

Pourriez-vous nous présenter l’évolution de Kelen depuis 2017 ? 

Daffa Konaté : Aux tout débuts de Kelen, l’idée était de travailler avec des artistes, principalement des peintres et des sculpteurs.  Petit à petit, j’ai compris qu’il valait mieux se diversifier, dans la mesure où il est difficile de mettre en valeur ce type d’artistes sans connections préalables avec le monde des galeries d’art à Istanbul, connections que je n’avais pas. J’ai ainsi repensé le projet et décidé de l’ouvrir à davantage d’artisanat (bijoux, objets de décoration, art de la table, vannerie, maroquinerie etc.). 

De plus, si j’œuvre toujours pour la promotion d’artistes, je me suis lancée dans l’événementiel, en organisant des événements artistiques et culturels dédiés à l’art contemporain africain. 

Aussi, depuis l’année dernière, certains événements sont organisés en Afrique et en France, et plus seulement en Turquie. Cela est un concours de circonstances, dues à certaines rencontres, qui m’ont donné la possibilité de promouvoir l’art au-delà de la Turquie. 

Le challenge de Kelen est d’amener l’art dans des lieux atypiques, qui ne sont pas seulement accessibles aux amateurs d’art (comme c’est le cas pour les galeries d’art/lieux d’exposition), comme les écoles, restaurants ou hôtels ; j’ai récemment exposé au Mob hôtel, à Saint-Ouen, ou encore au Grenier à pain (restaurant) à Nairobi. 

 De cette façon, l’art est à la portée de davantage de personnes. 

D’où viennent principalement les artistes que vous représentez ? Comment les rencontrez-vous ? 

J’aimerais préciser que je ne propose que des œuvres que j’aime ! 

Au total, j’ai exposé 11 artistes peintres et photographes et une vingtaine de créateurs/designers.

Les artistes sont essentiellement du Mali et du Sénégal, tout simplement pour des raisons logistiques (étant moi-même originaire de ces deux pays, je m’y rends fréquemment), mais je travaille également avec des artistes du Ghana, du Burkina Faso, d’Éthiopie, du Kenya, d’Afrique du Sud et du Cameroun. Par exemple, en Afrique du Sud et au Kenya, je travaille avec deux collectifs de femmes. 

Avant de voyager, je me renseigne sur les artistes locaux, que je pourrais rencontrer, et quels types d’objets ou œuvres je pourrais trouver. Ça marche aussi beaucoup de bouche à oreille. Ces derniers temps, je suis aussi contactée par les artistes eux-mêmes.

J’ai même exposé certains artistes que je n’ai pas encore eu l’occasion de rencontrer !

À l’avenir, j’aimerais travailler davantage avec des peintres femmes, afin de les mettre en valeur, car elles sont beaucoup moins visibles que les hommes. 

Après ces quelques années passées en Turquie, quelle sont vos impressions sur la façon dont les Turcs perçoivent l’art africain ? Y sont-ils sensibles ? Moins que les Français ?

J’évolue ici dans un environnement plutôt international, et côtoie des Turcs qui ont beaucoup voyagé, même s’ils connaissent peu l’Afrique (à part les safaris !) et son art.  Néanmoins, ils sont très curieux et réceptifs aux œuvres que je leur propose. Et je pense qu’ils le seront davantage avec le temps. 

Il est vrai que, de par l’histoire qui lie l’Afrique et la France, les Français connaissent davantage l’art africain, mais ils n’y sont pas forcément plus sensibles que les Turcs. 

Parlez-nous de votre actualité culturelle 2020 avec le lycée Notre-Dame de Sion.

En France, cette année a été déclarée par Emmanuel Macron comme la « saison Africa 2020 ». A cette occasion, j’ai proposé au lycée Notre-Dame de Sion d’organiser une série d’événements artistiques et culturels dédiés à l’Afrique.

Des ateliers de cuisine ont déjà été animés par une Sénégalaise qui réside à Istanbul ; ont également eu lieu des ateliers de musique et de danse animés par une troupe (qui rassemble Turcs, Guinéens et Sénégalais stambouliotes). Aussi, tous les mois, j’apporte un tableau à l’école, « l’œuvre du mois », et les élèves se rassemblent par groupe à la médiathèque du lycée avec les bibliothécaires, et débattent autour de cette œuvre. 

D’autre part, en mars, plusieurs événements sont organisés autour de deux écrivains et d’un historien : 

- Les 11 et 12 mars, deux conférences avec l’écrivaine féministe sénégalaise Ndeye Fatou Kane. La première, sur la thématique du féminisme, aura lieu dans le cadre de la journée internationale des femmes, à l’Institut français de Turquie, Istanbul. La deuxième, au lycée Notre-Dame de Sion. Des ateliers d’écriture avec les élèves y seront également organisés avec cette écrivaine le 12 mars. 

- Le 17 mars, deux conférences avec un écrivain franco-sénégalais, Nail Ver Ndoye autour de son livre, Noir, entre peinture et histoire, une conférence pour les lycéens, et une deuxième ouverte au public.

- Une conférence est prévue (date à venir) avec un historien sénégalais, Mamadou Diouf, Professeur à l’Université de Colombia aux Etat-Unis. Il décrypte avec finesse les mutations politiques et sociétales de l’Afrique. Dans ses nombreux ouvrages il décloisonne les disciplines et propose une analyse à la fois historique, sociologique et anthropologique. Lors de sa conférence, il parlera des relations historiques entre l’Afrique et la Turquie. 

Enfin, il y aura une exposition (de peinture, sculpture et design), l'Afrique en mouvement dont le vernissage a lieu le 19 mars, en présence de 3 artistes sur les 6 qui exposent. 

Les œuvres sélectionnées montrent la diversité et la créativité du continent : art plastique, photographie, sculpture et design. L’idée est de mettre en lumière le savoir-faire africain et montrer comment la tradition rencontre la modernité dans la création : en somme, montrer une Afrique en mouvement !

Comptez-vous rester à Istanbul ? Quels sont vos projets pour l’avenir ? 

Je reste a priori trois années supplémentaires, et j’en suis ravie, car cela va me permettre d’y pérenniser le projet Kelen. 

Je suis en train d’organiser une exposition-vente de designers à Nairobi pour le mois d’avril. 

J’ai d’autres projets, mais étant de nature superstitieuse, je préfère ne pas en parler pour l’instant ! 

Bonus pour les lecteurs

Une anecdote en Turquie : J’aime vivre à Istanbul mais j’ai la phobie des chats ! Or les Turcs adorent ces animaux, ce qui est handicapant pour moi au quotidien. 

Votre lieu préféré à Istanbul : pas très original mais le quartier de Galata, j’aime aussi Arnavutköy.

Votre restaurant préféré à Istanbul : ce n’est pas un restaurant turc, mais le restaurant pan asiatique Isokyo situé au Rafles. 

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Propos recueillis par Albane Akyüz.

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