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RENCONTRE LITTÉRAIRE - “Tout le monde écrit mais personne ne lit”

Par Lepetitjournal Istanbul | Publié le 01/11/2017 à 19:00 | Mis à jour le 02/11/2017 à 16:44
muriel barbery vie des elfes turc istanbul

A l’occasion de la parution récente en turc de son troisième roman, La Vie des Elfes, Elflerin Yaşamı, Muriel Barbery a participé à une rencontre littéraire le 31 octobre à l’Institut français d’Istanbul. Menée par son éditeur et romancier Jean-Marie Laclavetine, avec la participation des écrivains turcs Enis Batur et Yiğit Bener, la rencontre était centrée autour de la question de la littérature du réel et de la fiction chez les écrivains français et turcs.

La Vie des Elfes est l’histoire de deux petites filles, Maria et Clara, qui ont des pouvoirs magiques : la connexion avec la nature et les animaux pour l’une, des dons musicaux pour l’autre; elles se retrouvent dans le mondes des elfes. “La question est de savoir ce qu’il se passe dans l’imaginaire d’un écrivain lorsqu’il se rend sur le territoire du fantastique”, commence Jean-Marie Laclavetine. La romancière Muriel Barbery explique voir dans La Vie des Elfes une continuité de ses deux ouvrages précédents (Une Gourmandise et L'Élégance du Hérisson). “J’avais envie d’écrire le texte le plus onirique possible, et explorer d’autres mondes” ajoute-t-elle. L’inspiration lui est venue lors de ses deux années passées à Kyoto, au Japon : les jardins japonais lui ont donné l’impression d’être dans un autre monde, celui des elfes.

Ecrire dans une langue littéraire est une qualité qui se perd chez certains écrivains, où les thèmes “à la mode” prennent la place de la “belle écriture” selon Yiğit Bener. “Sûrement parce que les histoires se racontent plus facilement au cinéma et à la télévision. Et avec internet, tout le monde peut devenir écrivain”, ajoute l’auteur turc. “Tout le monde écrit mais personne ne lit”, renchérit Jean-Marie Laclavetine.

“Ce qui fait la grandeur de la littérature, c’est la langue”

Lors de l’écriture de son oeuvre, le projet littéraire de Muriel Barbery était encore “flou”. Il ne portait pas en premier lieu sur la question du rapport entre la réalité et la fiction, mais plutôt sur celle de la langue. Un thème en lien avec cette rencontre, puisque La Vie des Elfes a été traduit et lu par “quelques milliers de lecteurs turcs”, précise Enis Batur. Son troisième projet littéraire prenant forme, la romancière explique que deux influences l’ont inspirée : le fantastique et la relation des hommes à la nature.

Deux auteurs lui ont également tenu compagnie tout au long de l’écriture de son roman : Jean Giono pour son “extraordinaire langue poétique et l’ancrage terrien puissant”; et l’auteur bourguignon Henri Vincenot, doté d'une “puissance d’évocation de la vie à la campagne”. Deux écrivains du XXème siècle que Muriel Barbery connaît depuis toujours, et qui ont resurgi après tant d’années dans La Vie des Elfes, “car les lectures nous inspirent avec retardement”, souligne la romancière.

Des tendances littéraires qui se ressemblent

Jean-Marie Laclavetine pose la question des différents courants littéraires en Turquie aux deux écrivains concernés. “Le globalisme étant également un événement culturel, les diverses tendances de la littérature turque sont semblables à celles présentes en France ou en Italie” estime Enis Batur. Il trace ensuite un bref panorama des tendances “se faisant la guerre” en Turquie, notamment sur le thème du réalisme socialiste, visant à promouvoir les principes du communisme de type soviétique au XXème siècle.

Enis Batur prend l’exemple de deux écrivains de l’époque, Franz Kafka et Thomas Mann, expliquant que les auteurs et lecteurs cherchaient à savoir lequel des deux personnages transcrivait le mieux ce courant de réalisme socialiste. Une sorte de conflit des tendances n’ayant pas affecté le rapport au réel, qui est resté le même. Enis Batur rappelle que la fiction et le réel vont de concert et peuvent par conséquent “tout faire ensemble”.

“Le marché dicte ce que nous devons écrire”

En tant que membre du comité de lecture des Éditions Gallimard, Jean-Marie Laclavetine explique que les prix littéraires sont “obsédés” par les ventes des ouvrages afin de récompenser les auteurs. Enis Batur aborde ensuite la place des maisons d’édition, notamment leurs attentes concernant l’équilibre entre un titre “accrocheur” et un texte “bien écrit” afin de pouvoir vendre les ouvrages à plus de 5.000 exemplaires. “Si nous faisons seulement des bons textes, cela ne peut fonctionner”, poursuit-il.

Jean-Marie Laclavetine souligne également que les maisons d’édition françaises se plient davantage aux lois du marché, le choix rationnel devant l’emporter sur celui de la passion : “il faut rentabiliser les livres publiés”, précise l’éditeur. Qui rappelle les difficultés économiques que connaissent les libraires indépendants, contraints de donner la priorité aux livres à gros tirage. “C'est un cercle vicieux qui s’installe de façon durable”, commente Yiğit Bener, ajoutant que “le marché dicte ce que nous devons écrire”. Jean-Marie Laclavetine précise tout de même que la plupart des écrivains parviennent à vendre leurs ouvrages car ils sont indifférents aux lois du marché. “On vend des livres car on les aime”, conclut l’éditeur.

Aylin Doğan (www.lepetitjournal.com/istanbul) jeudi 2 novembre 2017

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