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BUSINESS – La Turquie, le grand bazar de la contrefaçon

Par Lepetitjournal Istanbul | Publié le 04/08/2016 à 22:04 | Mis à jour le 06/01/2018 à 23:53

 

Baskets à trois bandes et chemisettes à crocodile? La vente de contrefaçon se fait au vu et au su de tous en Turquie. Elle est pourtant officiellement illégale. En achetant de "faux" produits, locaux et touristes français ne s'exposent pas au même risque.

Le Grand bazar d'Istanbul ? l'un des plus gros marchés couverts du monde - abrite 60 ruelles, près de 4.000 boutiques et des centaines de milliers de produits contrefaits. Faux sacs Chanel, imitations de lunettes Gucci, montres griffées Rolex? Le tout à des prix défiant les catalogues officiels. "Nous avons acheté une paire de baskets pour notre fils. Pour le même prix, en France, on n'avait que la chaussure droite !" se félicite un touriste breton, avec un grand sourire. Sa bonne affaire pourrait pourtant tourner au cauchemar à son retour de vacances.

Photo SP

En cas de contrôle par la douane française à l'aéroport, les sanctions peuvent être très lourdes. "Si les douanes découvrent une marchandise contrefaite dans vos bagages ou même le vêtement que vous portez sur vous, elles procéderont à sa destruction et vous risquerez en outre une amende dont le montant sera compris entre une et deux fois la valeur initiale du produit authentique. Vous vous exposerez de plus au risque de poursuites et sanctions pénales pouvant aller jusqu'à trois ans de prison et 300.000 euros d'amende", explique au petitjournal.com d'Istanbul l'avocate Sevda Gög.  

Une loi mal appliquée

Difficile pourtant de ne pas se laisser tenter, tant à Istanbul, la contrefaçon a pignon sur rue. Dans tous les quartiers de la ville, même les moins touristiques, les magasins et étals des marchés regorgent d'imitations. Vendu au vu et au su de tous, on en oublierait presque que la vente de "faux" est illégale. La législation turque sur la propriété intellectuelle et industrielle est pourtant conforme aux standards européens et internationaux. A la seule différence que, contrairement à la loi française, "la législation turque ne prévoit pas encore de sanction pour l'achat de produits contrefaits destinés à l'usage personnel des consommateurs, poursuit Sevda Gög. Autrement dit, alors que la fabrication et la commercialisation sans licence sont considérées contraires à la loi, le simple achat pour un usage personnel, sans caractère commercial, ne constitue pas encore de délit."

Sensibiliser les consommateurs : une stratégie inexistante pour l'instant en Turquie, regrette Aysu Dericio?lu. Cette jeune femme est directrice-adjointe d'Ankara Patent, une société spécialisée depuis un demi-siècle dans l'enregistrement et la protection des brevets. "Les gens achètent du faux en connaissance de cause, sans forcément penser aux risques qu'ils encourent, par exemple pour leur santé. Or, c'est un marché comme un autre : tant que des gens voudront et achèteront du faux, d'autres fabriqueront et vendront du faux", explique-t-elle.

Si les acheteurs turcs sont donc protégés par la loi, les vendeurs, en revanche, s'exposent à un risque considérable. Tout à fait conscients de cela, la plupart savent aussi que l'application de cette législation fait défaut en Turquie : "De temps en temps il y a des contrôles mais même après cinq ans, je suis toujours ouvert", raconte un vendeur de Kad?köy, devant ses rayons de baskets contrefaites, toutes produites sur le sol turc. Car en la matière, la Turquie est un "hub", autrement dit, une plaque tournante de la contrefaçon. On y produit et exporte du "faux", principalement à destination de l'Afrique, et ses infrastructures de transport servent aussi au transit de biens contrefaits. Selon l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le pays se placerait même au deuxième rang du marché mondial de la contrefaçon, après la Chine.

Maroquinerie, textile, parfums contrefaits mais aussi faux médicaments, cigarettes, alcool ou pièces détachées de voitures constituent toujours un business florissant. Et font de la Turquie d'aujourd'hui, un véritable empire de la contrefaçon. Un empire qui prospère: les estimations les plus optimistes le chiffrent à un milliard de dollar? par an.

Solène Permanne (http://lepetitjournal.com/istanbul) vendredi 5 août 2016

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