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ESCAPADES ESTIVALES - Konya la seldjoukide, Konya la mevlevi

Par Lepetitjournal Istanbul | Publié le 29/08/2017 à 22:04 | Mis à jour le 29/08/2017 à 18:11

Venir à Konya, importante ville d'Anatolie Centrale, c'est avant tout s'imprégner de l'univers et de la pensée de Celal ed-din Rumi, né en 1207 à Balkh, une ville de l'actuelle Afghanistan, plus connu sous le nom de Mevlâna.

Après la mort de Celal ed-din Rumi,-- plus connu sous le nom de Mevlâna--, le 17 décembre 1273, ses compagnons décident d'ériger un monument au-dessus de sa tombe située à côté de celle de son père. Les deux hommes sont enterrés à l'endroit même où le sultan Alaeddin Keykubad 1er a accueilli la famille venue à Konya sur son invitation. Ce terrain a ensuite été donné à Baha ed-din Veled,  père de Rumi, et à ses descendants.  

Quelques mois après sa mort, Süleyman Pervâne, émir seldjoukide, son épouse et un autre compagnon intime de Mevlâna, rendent visite au fils de ce dernier, Sultan Veled, pour lui faire part de leur intention.

Le mausolée, d'une hauteur de 25 mètres, est achevé en 1274 et coûte la bagatelle de 130.000 pièces d'or seldjoukide... pour un chef-d'?uvre sans pareil à cette époque. Quatre piliers sont reliés entre eux par des arcs en briques et une toiture conique à seize côtes coiffe un tambour cylindrique à seize cannelures sur la circonférence duquel un bandeau épigraphique est placé. Des faïences émaillées recouvrent l'ensemble et l'intérieur est décoré de calligraphies.

Le couvent des Mevlevi

Une fois ce mausolée achevé, Sultan Veled et les disciples de Mevlâna se regroupent aux alentours. Au fil du temps, des bâtiments annexes sont construits pour accueillir la confrérie qui s'accroît. Ce lieu, qui n'est à l'origine qu'un tombeau, devient le couvent des Mevlevi de la ville.

Autour de la tombe de Mevlâna et de son fils Sultan Veled qui repose à présent à ses côtés, 65 sépultures abritent les membres de sa famille mais également des derviches de sa ville natale.

La visite se prolonge à l'intérieur de l'ancienne semâhane, salle où les derviches accomplissaient leurs danses mystiques, et de la mosquée, contigus au türbe. L'ancienne salle de prière a retrouvé ses fonctions ancestrales.

Mustafa Kemal Atatürk visite durant plus de trois heures le couvent et le türbe de Mevlâna en mars 1923 lors d'une visite officielle à Konya. Admiratif du grand mystique et soucieux de préserver les ?uvres d'art, Atatürk est conscient de la richesse des lieux. Bien qu'il soit à l'origine de la loi du 30 novembre 1925 ordonnant la fermeture des tekke et medrese, c'est aussi lui, qui, par une circulaire gouvernementale du 6 avril 1926, fait transformer le site en musée qui ouvrira ses portes au public le 2 mars 1927.

La colline d'Alaeddin

L'autre site les plus connu de Konya est Alaeddin tepesi, la colline d'Alaeddin, située à une extrémité de l'avenue Mevlâna. Les çay bahçesi - jardins à thé - installés sur cette colline sont envahis en permanence par la population locale. C'est aussi là que se trouve la plus grande et la plus ancienne mosquée de la ville, Alaeddin Camii, actuellement en cours de restauration.

Alaeddin Keykubad Ier, qui a régné sur le sultanat seldjoukide de Roum entre 1219 et 1231, l'a fait construire par un architecte de Damas. Ouverte en 1221, elle a subi de nombreux embellissements et rénovations au fil des siècles. L'intérieur comprend de nombreuses colonnes de marbre ornées de chapiteaux romains et byzantins ainsi qu'un mihrab en marbre ceint de très belles calligraphies en faïence bleue et noire.

Un lieu superbe se trouve non loin de là, la medrese Karatay, située à côté de la colline d'Alaeddin et qui porte le nom de Celaleddin Karatay, chambellan d'Alaeddin Keykubad 1er. Cette école coranique, construite en 1251, est la plus grande de l'époque. On y enseignait également les mathématiques et l'astronomie. A l'intérieur, le bassin central, de forme carrée, permettait aux étudiants de travailler avec pour fonds musical le clapotis de l'eau.

La coupole et l'eyvan, partie ouverte destinée aux études et située dans le fond du bâtiment, sont décorés de somptueuses faïences seldjoukides se déclinant en noir, en blanc et en plusieurs tons de bleu.

Toute la base du dôme comporte des inscriptions arabes qui reproduisent le premier chapitre du Coran. Les triangles partant du dôme portent les noms des prophètes et des califes ayant succédé à Mahomet. Devenue musée en 1955, cette medrese abrite à présent de splendides collections de céramiques et de faïences.

Collection de céramiques seldjoukides

C'est tout particulièrement la collection de céramiques seldjoukides du Palais de Kubadabadqu'il faut venir admirer ici. Elles ont été mises au jour dans les années 1965-1966, lors des fouilles entreprises à cette époque par le Professeur Katarina Otto. Ces céramiques étonnantes font revivre l'ambiance et les personnages de l'époque qui ont vécu à Kubadabad. Les scènes représentées sont d'une finesse incroyable.

Les derniers travaux de restauration de cette medrese entrepris en novembre 2006 ont permis de découvrir un chenal couvert par 43 rondins de bois. Cette dernière trouvaille est visible grâce à la couverture de verre qui a été installée depuis lors. Celaleddin Karatay repose là pour l'éternité, dans cet univers qu'il a côtoyé tout au long de sa vie.

Les témoignages seldjoukides sont encore nombreux à Konya, certains connus d'autres moins telle S?rçal? Medrese, école coranique construite en 1242. Elle est réputée pour ses superbes faïences bleues décorant l'eyvan, partie extérieure où les cours étaient dispensés par temps chaud.

Ince Minare Medresesi, l'école coranique au minaret effilé, édifiée pour sa part en 1264 par le vizir Sahip Ata Fahreddin Ali, est bien plus fréquentée que la précédente. Située sur le boulevard circulaire de la colline Alaeddin, ce monument figure parmi les chefs d'?uvre de l'architecture seldjoukide. On ne peut rester indifférent à la beauté du monumental portail délicatement ouvragé et orné de sourates coraniques. Le minaret, décoré de tuiles bleues, dont la partie haute a été détruite par la foudre en 1901, est également un parfait exemple de l'architecture seldjoukide. Cette superbe medrese héberge le musée de sculpture sur bois et sur pierre. Mais avant de contempler les pièces exposées, lever les yeux est bien agréable et permet d'admirer le dôme.

L'église Saint-Paul

De l'autre côté de la colline Alaeddin, se trouve la seule église existant encore ici, l'église Saint-Paul avec sa façade de style franco-gothique. Elle a été construite en 1910 par les Pères Assomptionnistes. Saint-Paul, à l'occasion de son premier voyage en Asie Mineure, a été chassé d'Antioche et est venu prêcher à Iconium, l'actuelle Konya. Il y a fondé une communauté chrétienne. Aujourd'hui, c'est une toute petite communauté italienne qui s'occupe de cette église. L'intérieur, très sobre, évoque le souvenir de deux disciples de Saint-Paul, Saint-Timothée et Sainte-Thècle.

Un petit détour par le marché permet d'admirer la mosquée Aziziye Camii construite en 1875. Son style baroque ottoman surprend et les deux minarets surmontés d'un petit balcon couvert sont très élégants.

De l'autre côté du boulevard Mevlâna, un peu plus au nord, la mosquée ?ems-i Tebrizi abrite le tombeau de ce dernier, soufi iranien qui a occupé une place de choix dans la vie et la spiritualité de Mevlâna.

En poursuivant la balade en direction du musée Mevlâna, quelques beaux bâtiments administratifs sont visibles, tel celui de la poste. Non loin de là, les bureaux de la Préfecture de Konya se trouvent dans un immeuble de trois étages érigé en 1885-86 avec des pierres provenant du mur d'enceinte de l'ancien château de la ville.

Arrêtez-vous aussi à la mosquée Selimiye, juste avant d'arriver au musée Mevlâna, et dont la construction a été faite à la demande de Selim II, alors gouverneur de la ville. Elle s'est achevée en 1567 alors qu'il est devenu sultan entre temps. L'architecture de cette mosquée est typiquement ottomane. Une petite curiosité se trouve à l'intérieur... en l'occurrence le petit dôme cylindrique de couleur verte situé sur le minbar. Il ressemble parfaitement à celui qui couvre le toit abritant le tombeau de Mevlâna...

Lorsqu'on parcourt les rues de Konya, on tombe immanquablement sur une des dizaines d'échoppes vendant des mevlâna ?ekeri, ces bonbons blancs qui sont une des spécialités de la ville. C'est aussi l'occasion de goûter un etli ekmek, un délicieux f?r?n kebap ou un tirit précédé d'une soupe aux bamyas.

Nathalie Ritzmann (http://lepetitjournal.com/istanbul) mercredi 30 août 2017

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