Dimanche 20 septembre 2020

82 jours après, direction les îles des Princes pour la première balade

Par Nathalie Ritzmann | Publié le 08/06/2020 à 03:10 | Mis à jour le 08/06/2020 à 03:10
Photo : Nathalie Ritzmann
îles aux princes après confinement

Jeudi 4 juin 2020, le coeur et la tête sont en émoi, la première balade post-confinement, c’est pour aujourd’hui ! 82 jours ont passé, cela peut sembler long et pourtant, sur une vie, cela représente bien peu de temps somme toute.

îles aux princes post confinement
Les îles des Princes à Istanbul, première destination post-confinement

 

Heybeliada, une des îles des Princes, constitue la destination choisie en ce jour de semaine bien tranquille. 8h15 : bien peu de monde au niveau de la station de métro de Taksim permettant d’accéder au funiculaire pour Kabataş. L’ambiance y est inhabituelle : pas de frénésie, pas de course contre la montre, c’est chose rare ! Emplette est faite pour la route d’un simit aux graines de tournesol auprès d’un marchand ambulant très jovial installé entre l’entrée du tramway et celle de l’embarcadère.

Le bateau à vapeur est déjà à quai. Quelques valises ont pris place à l’extérieur et leurs propriétaires se sont assis de manière espacée ; il y a de la place pour tout le monde... Il me semble reconnaître de loin deux personnes connues, un habitant de Kınalıada et une soeur qui monte à bord avec… une valise… et un chat !

Le bateau quitte le quai ; les travaux tout le long de la portion du Bosphore située entre Kabataş et Galata sont impressionnants, quasi vertigineux ! Le palais de Topkapı qui surplombe majestueusement la pointe du sérail bénéficie également d’une cure de jouvence au niveau de l’un des bâtiments, tout comme certaines murailles de la péninsule historique.

Istanbul îles aux princes post covid-19
La pointe du Sérail, Istanbul

 

Un cargo venu de la Mer Noire est rejoint par une escorte de la Sécurité Civile maritime. Un peu plus loin, quelques barques de pêcheurs tanguent, minuscules, comparées au bateau militaire tout proche.

Des cormorans rasent l’eau à toute allure, un autre plonge la tête la première à la recherche de son petit déjeuner. Les goélands virevoltent et font des loopings remarquables, leur tête effectuant sans arrêt de petits mouvements secs à gauche et à droite, est-ce pour mieux gouverner leur vol ? Aucun dauphin à l’horizon, leur migration vers la Mer Noire est sans doute terminée.

L’ambiance à bord est bon enfant, ça papote gaiement, un thé entre les mains pour certains. Un couple d’amoureux masqués semble seul au monde ! Le simit dégusté lentement a une saveur toute particulière aujourd’hui, comme si c’était le premier...

La gare d’Haydarpaşa, toujours en cours de restauration, est également masquée à sa façon… 

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La gare d'Haydarpaşa à Istanbul, toujours en cours de restauration

 

Une petite vedette fend l’eau et les deux hommes à bord semblent grisés par la vitesse de leur engin. Kınalıada, la première île, apparaît à travers les hublots. Une grosse partie des voyageurs descend là, emportant la plupart des fameuses valises… Un goéland s’est installé confortablement sur un lampadaire de l’embarcadère et dispose ainsi d’un point de vue stratégique de premier choix pour observer les allées et venues.

L’arrêt suivant, au niveau de l’île de Burgaz, sera rapide. Quelle joie de voir sa colline redevenue verdoyante et toute pimpante… Ravagée par un terrible incendie le 6 octobre 2003, elle a bénéficié d’un reboisement effectué 10 jours à peine après la fin de la tragédie. 

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Arrêt à l'embarcadère de Burgazada, une des îles des Princes à Istanbul

 

10h30, je foule le quai de Heybeliada, la 3ème île… et laisse le bateau poursuivre sa route pour le terminus Büyükada, la plus grande de l’archipel.

Un peu plus de deux heures sont nécessaires pour faire le tour tranquillement à pieds et admirer, avec un regard neuf et émerveillé, tout ce qui s’offre à la vue. Ce sont d’abord chiens et chats, ces derniers tous en quête de câlins et qui profitent déjà du soleil dont les rayons commencent à réchauffer l’air ambiant, accentuant le contraste entre le bois de magnifiques propriétés et les couleurs environnantes.

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A Heybeliada, une des îles des Princes à Istanbul

 

Sur cette île qui comprend de nombreux bâtiments militaires appartenant à la Marine Nationale - dont une école -, le jeune soldat qui fait le guet devant une entrée me salue, un grand sourire aux lèvres. “Kolay gelsin” sera la réponse adressée, que cela lui soit facile, de rester ainsi immobile des heures durant, son fusil à la main ! 

Des papillons butinent avec entrain, des lézards se faufilent entre les pierres et la forêt de pins devient le paysage principal durant la promenade. 

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A Heybeliada, une des îles des Princes à Istanbul

 

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A Heybeliada, une des îles des Princes à Istanbul

 

Un bruit caractéristique des îles des Princes fait défaut, il s’agit des fers des chevaux conduisant les calèches ou apparaissant au milieu de la route durant une échappée. La mairie de la métropole d’Istanbul a décidé en décembre 2019 de mettre fin à leur utilisation, de nombreuses bêtes ayant de mauvaises conditions de vie. Ce sont dorénavant uniquement de petits véhicules électriques qui permettent de se déplacer seul ou en famille, à moins d’opter pour le vélo… ou ses jambes ! 1174 chevaux ont ainsi été rachetés par la ville, puis pris en charge et soignés par les vétérinaires municipaux avant de goûter, ces tous derniers mois, à une liberté encadrée sur de vastes territoires naturels de Büyükada mis à leur disposition.

Pour en savoir plus, autant demander à cet îlien barbu faisant office de ferrailleur et qui vient de s’arrêter un peu plus loin au bord de la route avec son véhicule rouge pompier sur lequel sont entreposés des matériaux de récupération divers et variés. Dérangé en train de filmer avec son téléphone la vue sur la mer et l’île voisine, il fait signe de patienter un court moment. Les 30 chevaux de Heybeliada ont bénéficié des mêmes conditions que ceux des îles voisines et ont, depuis peu, pris le chemin de différentes fermes anatoliennes, dit-il avoir vu récemment à la télévision. 

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Le véhicule du ferrailleur de Heybeliada, une des îles des Princes à Istanbul

 

Un peu plus loin, une musique assourdissante s’élève tout à coup au milieu du chant des oiseaux et du bruissement du vent dans les arbres… Heureusement, elle sera rapidement éteinte… Elle émane d’une des plages quasiment fin prête pour accueillir les visiteurs. 

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Ada Beach à Heybeliada/Istanbul

 

Dans la forêt, un hamac attend lui aussi qu’on s’y prélasse… A côté se trouve une table et des bancs de bois où il ne manque qu’une nappe fleurie pour que le décor soit parfait.

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A Heybeliada/Istanbul

 

Heybeliada dispose d’un espace de protection et de reproduction qui accueille diverses sortes d’oiseaux, tels des hérons cendrés, des cormorans huppés ou des grandes aigrettes.

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Plusieurs espèces d'oiseaux sont protégées et se reproduisent à Heybeliada/Istanbul

 

Mais d’où viennent ces détritus qui jonchent le sol de çi de là, des rares visiteurs ?? Il y a de quoi s’interroger… Qu’est-ce que ce sera lorsque leur nombre augmentera ces prochaines semaines ? Pourtant, ce ne sont pas les poubelles qui manquent sur la route, l’occasion d’y jeter notamment quelques emballages de chips...

Un fakir habiterait-il à Heybeliada ? Il n’a pas pointé le bout de son nez, mais la planche à clous posée sur le siège de son véhicule électrique laisse à le croire, à moins que ce ne soit pour décourager d’éventuels voleurs…

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Un fakir habiterait-il à Heybeliada/Istanbul ?

 

Pendant la pause déjeuner au bord de l’eau, le regard s’attarde sur la rive asiatique d’Istanbul située juste en face et comme je m’en doutais, l’épaisse couche de pollution qui faisait partie intégrante du décor à l’horizon, a disparu… mais pour combien de temps ? Lorsque la trépidante Istanbul aura de nouveau retrouvé son rythme de vie normal… et son trafic habituel, il y a fort à parier que cette couleur jaune caractéristique de cette couche sera rapidement de nouveau de mise.

Cette première escapade post-confinement aura été plus qu’agréable, un rien magique, le temps présent apprécié avec toute la grâce offerte ce jour-là. 

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En haut de la colline, l'école de théologie grecque orthodoxe de l'île de Heybeliada/Istanbul

 

Puisse chacun, lors de sa première sortie, mesurer le plaisir de l’observation gratuite et l’émerveillement offert par la nature, même au milieu de plus de 15 millions d’habitants...

 

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Nathalie Ritzmann

Venue de son Alsace natale il y a plus de 16 ans ; son objectif, faire découvrir la Turquie, son pays d'adoption, avec ses yeux... et son coeur.
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