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Israël: Netanyahu balaie les appels à la démission malgré la menace d'inculpation

Par AFP | Publié le 14/02/2018 à 13:05 | Mis à jour le 14/02/2018 à 22:50

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a affirmé mercredi sa détermination à rester en poste, malgré la menace d'une inculpation pour corruption mettant en question son avenir après presque 12 ans de pouvoir.

M. Netanyahu a balayé les appels à la démission lancés par l'opposition au lendemain de la publication des conclusions sévères de deux enquêtes policières préconisant son inculpation pour corruption, fraude et abus de confiance.

"Je peux vous rassurer: la coalition est stable et ni moi ni personne n'avons de projet d'élections (anticipées). Nous allons continuer à travailler ensemble pour le bien de nos concitoyens israéliens jusqu'à la fin du mandat", prévue en 2019, a dit M. Netanyahu dans un discours à Tel-Aviv.

Les recommandations de la police ont déchaîné les conjectures sur le sort d'un homme réputé pour son instinct de survie.

Le quotidien Yediot Aharonot, hostile à M. Netanyahu, parle de "début de la fin". Mais les responsables israéliens et les dirigeants étrangers risquent de traiter encore un certain temps avec une personnalité apparemment sans rival dans son pays.

Le Premier ministre proclame son innocence, et n'est pas tenu légalement de se démettre. La décision de l'inculper appartient au procureur général Avichai Mandelblit, un ancien collaborateur de M. Netanyahu qui s'est, à l'occasion, opposé au gouvernement.

- Pas 'à la hauteur' -

afp

M. Mandelblit n'est pas lié par les préconisations de la police et l'expérience montre qu'une telle décision risque de prendre des mois. Même inculpé, M. Netanyahu ne sera pas forcé légalement de se retirer.

La coalition sur laquelle repose le gouvernement considéré comme le plus à droite de l'histoire d'Israël n'a donné aucun signe de se fissurer.

Les ministres Avigdor Lieberman (Défense), Moshe Kahlon (Finances) et Naftali Bennett (Éducation), à la tête de trois partis piliers de la coalition, ont souligné que M. Netanyahu était présumé innocent et qu'ils restaient au gouvernement. M. Bennett a quand même relevé que le Premier ministre n'avait pas été "à la hauteur" d'un point de vue moral.

Après des mois d'enquêtes dans lesquelles M. Netanyahu a été interrogé à sept reprises, la police a indiqué avoir réuni suffisamment de preuves pour son inculpation dans deux dossiers.

Dans le premier, M. Netanyahu mais aussi des membres de sa famille sont soupçonnés d'avoir reçu de la part de deux riches personnalités pour un million de shekels (environ 230.000 euros) de cigares de luxe, bouteilles de champagne et bijoux, en échange de faveurs financières ou personnelles.

Dans la deuxième affaire, M. Netanyahu est suspecté d'avoir essayé de conclure un accord avec le propriétaire du Yediot Aharonot pour une couverture favorable de la part du plus grand quotidien israélien payant.

- 'Fromage suisse' -

Le rapport de la police est "aussi plein de trous qu'un fromage suisse", a asséné M. Netanyahu mercredi.

M. Netanyahu "n'a pas touché de pots-de-vin, il a juste reçu des cigares de la part d'un ami", a dit à la radio l'un de ses avocats, Amit Hadad. Quant aux chiffres invoqués, ils sont très exagérés, dit-il.

Les proches de M. Netanyahu vilipendent une tentative de "putsch" d'une opposition exsangue incapable de l'emporter dans les urnes.

Ses adversaires réfutent l'argument des petits cadeaux entre vieux amis. Pour eux, les deux affaires ne sont que la "partie émergée de l'iceberg", une corruption systématisée et des échanges de faveurs auxquels d'autres milliardaires auraient contribué.

M. Netanyahu "est indigne de rester Premier ministre" et doit démissionner, a répété mercredi le leader du parti travailliste (opposition) Avi Gabbay.

M. Netanyahu a indiqué lui-même avoir fait l'objet ces dernières années d'une quinzaine d'enquêtes plus ou moins avancées, dont il n'était jamais rien sorti.

Dans certains cas, la police a recommandé son inculpation, sans que cela soit suivi d'effet.

A la tête du gouvernement depuis 2009, après un premier mandat entre 1996 et 1999, M. Netanyahu battrait le record de longévité de l'historique David Ben Gourion, fondateur de l’État d'Israël, si l'actuelle législature allait à son terme en novembre 2019.

Les recommandations policières de mardi n'ont pas manqué de susciter la comparaison avec son prédécesseur et ancien adversaire. Ehud Olmert, au pouvoir de 2006 à 2009, a été libéré en juillet 2017 après un an et quatre mois de prison pour corruption. Les commentateurs ne se sont pas privés de rappeler que M. Netanyahu avait réclamé sa démission avant son inculpation.

Abraham Diskin, professeur de sciences politiques, a relevé qu'une "sorte de tremblement de terre" s'était produit mardi et qu'aucune mandature n'était allée à son terme en Israël depuis 30 ans. Mais, a-t-il ajouté, aucune composante de la majorité n'a intérêt actuellement à une dissolution du Parlement, "et tout indique que nous n'aurons pas d'élections anticipées dans un futur proche".

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