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Père et fils à la conquête de la mer de Chine

Par Célia Cazale | Publié le 24/04/2018 à 13:08 | Mis à jour le 26/04/2018 à 17:08
Photo : Philippe et Côme Grelon sur le voilier tbs-Aya, un Pogo 10.5
Rolex China Sea Race Philippe Grelon et Côme Grelon

La Rolex China Sea Race et le Columbus Program, Philippe et Côme Grelon auront fait d’une pierre deux coups. Le père et le fils se sont affichés en duo dans la compétition comme dans l’enseignement.

"Il pousse, moi je calme", définit Philippe Grelon après avoir traversé la Rolex China Sea Race, de Hong Kong aux Philippines, en double avec son fils cadet. Les deux marins seront passés à un cheveu de la victoire, le 31 mars dernier.

Parti pourtant dernier de sa division, le 28 mars, le duo a fait une véritable remontada pour se placer à la première place tout le long de la course. Malgré les douze noeuds de moyenne sur 20 heures consécutives, le vent en a décidé autrement. "Le vent leur était plus favorable, se résigne le père de famille face à la victoire du voilier Black Jack. C’est la roulette russe et on sait que dans le dernier 1.000 tout peut arriver". 

Arrivés deuxième de leur division de six bateaux et quinzième sur le total de la course, père et fils ne se laissent pas pour autant décourager. Leur première compétition en duo a eu pour effet de nourrir leur motivation. "Je suis sur un bateau depuis tout jeune, s’amuse le garçon de 24 ans. Notre première croisière ensemble j’avais huit ans, c’était entre Taïwan et le Japon". 

Quelques années plus tard, et beaucoup d’expérience emmagasinée, ils forment désormais une équipe hors-pair. "On a un caractère très similaire et calme", affirment-ils en imaginant, non sans quelques rires, les duos improbables que pourrait former leur famille de cinq. "Je suis très bon techniquement, Côme est un fin régatier donc on se complète plutôt bien", renchérit Philippe. 

 

Rolex China Sea Race Philippe et Côme Grelon
Photo by Mia Tang / Kevin Lewis

 

Car s’ils étaient les seuls à se lancer dans cette course en duo, les autres équipes étant minimum six, leur expérience respective les accompagnait. Philippe Grelon est un marin offshore expérimenté. Il a couru dans tous les classiques du Royal Hong Kong Yacht Club depuis son arrivée dans la ville. En décembre 2006, il a d’ailleurs établi un record de temps de traversée entre Taipei et Hong Kong de 2 jours 15 heures et 40 minutes. Son fils n’a pour autant pas de quoi rougir. Durant son adolescence, Côme a accumulé des résultats impressionnants dans les championnats du monde jeunesse ou de voile asiatique. En 2015, avec son équipe il se place quatrième de la Rolex Sydney Hobart Yacht Race.

Avec une bonne organisation, surtout en terme de sommeil, les deux hommes ont fait une très belle course. "Nous faisions un roulement toutes les deux heures dans la nuit", explique Philippe qui insiste sur l’importance de connaitre ses cycles de sommeil. Côme confesse pour sa part son astuce pour être opérationnel : la cure de café. "J’ai complètement arrêté ma consommation de caféine avant la course pour, lorsque j’en avais besoin, ressentir pleinement ses effets". 

Outre l’organisation, la vigilance leur a été essentielle. "Un matin, Côme a trouvé une pièce grosse comme un doigt sur le pont. C’était la goupille qui tenait le mat à l’avant ", soupire l’ainé. Un accident pris à temps qui aurait pu déboucher sur un abandon. Pour eux, il faut avoir un oeil sur tout en mer, même sur des éléments extérieurs saugrenus. L’expérience de Côme assommé par un poisson volant durant le trajet le leur a bien rappelé. 

 

Philippe Grelon et Côme Grelon pour la Rolex China Sea Race
Philippe et Côme Grelon sont arrivés à Subic aux Philippines le 31 mars à 21:27:14
Photo by RHKYC / Naomi Rebecca

 

Mais leur force réside dans le bateau tbs-Aya, prêté par le navigateur P. Cotillon, qui a été spécialement conçu pour naviguer à deux. "Les gens pensent que c’est plus difficile alors que c’est seulement une question d’avoir le bateau adéquat ", assure Côme.

 

Un aller-retour éducatif

C’est pourtant à sept qu’ils ont retrouvé le port de Hong Kong quelques jours plus tard. Initié par Côme, en tant qu’entraineur de course à la Vanhang Sailing Academy de Shenzhen, le Columbus Program est novateur en Asie. L’école nautique est la plus grosse d’Asie et "comme toutes les firmes chinoises, elle va rapidement devenir la plus grosse du monde ", commente Philippe. 

Le duo a donc fait la place sur son pont à quatre moniteurs chinois pour leur donner un aperçu du sport en haute mer et des conditions de vie que cela entraine. Pour Côme, l’enseignement a été une suite logique. "Mes coachs ont été géniaux et m’ont donné l’envie d’enseigner. La voile a changé ma vie et j’ai envie d’offrir la même chose à mes élèves", s’enthousiasme-t-il, tout en rêvant d’allier voile et environnement. 

On ne peut pas dire la même chose au sujet de Philippe. À 54 ans, l’entrepreneur a découvert les joies du tutorat durant ces quatre jours et quatre nuits. "Je trouve ça sympa, c’est motivant de voir des jeunes qui veulent apprendre. Mais je ne suis pas fait pour ça", rit-il. 

Quoiqu’il en soit, l’expérience a été positive pour tout l’équipage et a donné lieu à de drôles de scènes. "C’était vraiment le cliché du Chinois qui part pour la première fois en haute mer et qui reste le nez sur son téléphone", sourient-ils. Philippe salue toutefois l’esprit bon-enfant typiquement asiatique. "Il y a 3 ans, j’ai eu l’occasion de mener une expérience similaire  avec des Européens et ça n’était pas du tout la même ambiance, se souvient-il. Plus d’égo, c’est d’ailleurs pour ça qu’on a tendance à faire du solo. Ici, il y a vraiment un respect de la hiérarchie".

L’expérience ouvre de belles perspectives pour les Français. "Les Chinois ont de l’argent, ils cherchent des idées et souvent quelqu’un pour les mettre en place", décrit Côme qui compte bien suivre ce projet en développement.

Côté professionnel, les choses semblent évoluer positivement. En ce qui concerne la compétition, le père et le fils cherchent leur revanche. Et ils ont déjà une nouvelle course en vue. Une chose est certaine: "Ce n’est que le début", s’accordent-ils.

 

Celia Cazales

Célia Cazale

Passée par Le Huffington Post, Var-Matin et La Dépêche du Midi, Célia Cazale, journaliste diplômée par la faculté de Droit et Sciences Politiques d’Aix-en-Provence, contribue à la rédaction du petitjournal.com
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