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Documenting Myanmar, les regards d’artistes birmans exposés à Charbon

Par Célia Cazale | Publié le 12/03/2018 à 16:54 | Mis à jour le 14/03/2018 à 07:53
Photo : Tous les profits des ventes seront reversés à myME (Myanmar Mobile Education Project www.mymeproject.org), une association qui oeuvre pour l'éducation à Myanmar.
Documenting Myanmar, Charbon exposition

La galerie française Charbon accueille un bout de Birmanie à Hong Kong. Du 9 au 24 mars, Documenting Myanmar montre toutes les facettes de ce pays politiquement controversé et secret.  

 

Manque de liberté d'expression, conflits armés, exil des minorités ethniques... L'image trouble de la Birmanie, reflétée dans les médias, ampute pourtant une réalité où l’espoir existe pour les jeunes générations. C’est le postulat de départ de l’exposition Documenting Myanmar proposée du 9 au 24 mars à la galerie Charbon

À travers la photographie, mais aussi des débats et des projections de films, l’exposition tente d'élargir la perception du public sur la situation du pays. Elle combine des reportages de la crise Rohingya, part large de l’actualité, avec des photographies sur la vie quotidienne du peuple birman et leurs héros des guerres anglo-birmanes. 

"J’ai été frappée par le traitement de l’actualité au Myanmar. On ne parle du pays qu’à travers la crise des Rohyngas et de façon relativement simplifiée, constate Caroline Ha Thuc, la curatrice de l’exposition qui reconnait toutefois l’importance de cette actualité. Je trouve que l’image qu’on donne à ces événements, et du pays en général, est assez étroite. C’est pour cela que j’ai fait appel à des artistes birmans. Pour qu’ils partagent leur point de vue sur la situation de leur pays".  

L’image contemporaine de la Birmanie s’est construite grâce aux clichés, diffusés mondialement, de la révolution de safran violemment réprimée en 2007. Dans un contexte de forte censure, et pour la première fois, des citoyens et des photojournalistes locaux ont réussi à percer la coquille du pays. Depuis lors, la photographie a joué un rôle essentiel pour documenter la transition politique, sociale et économique du pays. L’Art et le photojournalisme apportent une contribution fondamentale à la compréhension de cette société où la liberté de parole et les droits civils sont encore limités.  

L’actualité birmane à travers un objectif 

"Le travail des photographes participe à la construction de l’identité collective", insiste la curatrice. Documenting Myanmar reflète ainsi le besoin des Birmans à témoigner de leur quotidien et de s'exprimer dans l'arène internationale. 

 

Birmanie Rohingyas en exil au Bangladesh
Des Rohingyas en exil au Bangladesh

 

 

Minzayar Oo
Une photo de Minzayar Oo

 

Les reportages de Minzayar Oo, un photo-journaliste de 29 ans, retracent ici l’histoire de la crise des Rohingyas et l'exploitation minière de jade dans le pays. Ce docteur a troqué son stéthoscope pour un objectif lorsqu’il a compris que l’image était aussi un moyen d’aider les gens. "Au départ j’ai acheté une caméra pour m’amuser et prendre des photos de paysages, se souvient le jeune reconverti. J’ai très vite compris qu’il s’agissait d’un réel moyen d’expression".  

Dans ce pays soumis à la pression militaire Minzayar Oo doit, cependant, être vigilant. "Je suis surveillé", reconnait le reporteur qui a récemment connu la prison, non pas en Birmanie mais au Bangladesh. "Je couvrais l’actualité des Rohingyas dans ce pays et en raison de la tension entre les deux pays les autorités m’ont arrêté, pensant que j’étais un espion", revient-il sur ses deux semaines d’incarcération.  

S’il est confronté aux images difficiles d’une minorité en exil, le jeune homme reste optimiste. "Tout n’est pas noir, tempère-t-il. Les jeunes générations prennent conscience de la situation de notre pays et agissent. Il y a de plus en plus d’activistes et d’artistes dans tous les domaines ".  

 

À la recherche d’une liberté d’expression 

Pour témoigner de cet essor de talents, il y a Mayco Naing. À 33 ans, la Birmane provoque des débats avec sa série Freedom From Fear dans laquelle elle utilise la photographie pour explorer la liberté d'expression dans ce contexte politique complexe. Les images ont été créées en 2014, un an avant que le NLD, le parti d’Aung San Suu Kyi, ne remporte les élections. "Elles représentent des hommes et des femmes de ma génération à demi submergés dans l’eau. Le but était de montrer la peur de s’exprimer qui les submergeait, détaille l’artiste. C’est eux seuls qui ont le pouvoir de changer les choses, et donc de sortir de l’eau".  

Cependant aujourd’hui l’espoir qu’a suscité la victoire de la Lady de Rangoon et une certaine libération de la parole se sont transformés en confusion. "Les militaires détiennent toujours le pouvoir réel et les problèmes à régler, immenses : la conflits armés avec les minorités ethniques, l’extrémisme religieux…". Après avoir économisé pendant neuf ans, Mayco a pu ouvrir son studio en 2009, remporter le prix de la créativité au Yangon Photo Festival l’année suivante et gagner une résidence à l’Ecole Nationale de la Photographie d’Arles.

 

Mayco Naing
À gauche un des 26 clichés de la série Freedom From Fear de l'artiste Mayco Naing (à droite).

Depuis, elle poursuit une carrière à la fois d’artiste et de formatrice pour PhotoDoc, l’association birmane des photographes documentaires. Elle enseigne à toutes les victimes de discriminations –réfugiés, victimes de mines anti-personnelles, LGBTs, etc… - le pouvoir de se raconter en images et de toucher le cœur de millions de "viewers" à travers le pays grâce à Myanmar Stories, un des medias online les plus populaires de Birmanie, spécialisé sur les droits de l’homme, l’environnement et la justice sociale. 

"Grâce à ces formations, j’ai pu voyager à travers tout le pays et m’apercevoir que le problème de base est le manque d’éducation et l’immense pauvreté, explique-t-elle. Une majorité de la population survit encore au jour le jour. Souvent, ce sont les enfants qui doivent trouver de quoi manger pour toute leur famille. Il y a encore plus d’un million d’enfants qui travaillent au Myanmar, souvent dans des conditions très dangereuses".

 

Mariage homosexuel, héros nationaux… l’autre Myanmar 

Indépendance, rêves, multiethnicité, héros des guerres, visions du monde par les jeunes... Documenting Myanmar propose également des œuvres qui posent un regard différent sur Myanmar, tourné à la fois vers le passé et vers l'avenir. 

"Mon envie est de présenter la Birmanie autrement, avoue Caroline Ha Thuc. Même si on parle d’un pays qui est dans un contexte compliqué en matière politique, qui est pauvre, paralysé, tout n’est pas négatif. C’est aussi pour ça que les jeunes artistes birmans veulent s’exprimer, pour sortir de cette vision exclusive voire réductrice. Ils montrent qu’il existe de l’espoir ». 

 

Documenting Myanmar Charbon
Projection de photographies dans la galerie Charbon.

 

Ainsi, sur un mur de la galerie sont projetés, entres autres, des clichés d’un amour homosexuel. Deux birmans célèbrent symboliquement leur mariage dans les rues de la Birmanie. Plus loin, c’est la mémoire des héros des guerres anglo-birmanes qui est mise à l’honneur.  

Wah Nu et de Tun Win Aung utilisent des photographies d'archives et remettent en question la construction du passé et de ses souvenirs. Ils tentent de réécrire l'histoire, non plus du point de vue britannique, mais du point de vue birman. 

 

Wah Nu & Tun Win Aung
Photographie d'archive agrémentée par de la peinture par Wah Nu et de Tun Win Aung.

 

Le passé et le futur d’une photographie 

Selon le contexte et le temps, l'image photographique devient soit une œuvre d’art, soit une archive documentaire. L'exposition défie ce rapport à l'histoire en combinant des documentaires photographiques récents et des photographies d'archives revisitées. 

Un célèbre cliché de Minzayar Oo reflète parfaitement ce phénomène. Pris en 2012, il montre le Prix Nobel de la Paix, Aung San Suu Kyi, victorieuse au lendemain des élections. Très symbolique la photo a fait le tour du monde et la couverture du International Herald Tribune. 

 

Aung San Suu Kyi par Minzayar Oo
Aung San Suu Kyi lors de son élection en 2012 immortalisée par Minzayar Oo.

 

Pourtant, à l’heure actuelle, cette gloire de la Présidente a laissé place aux critiques. Comment regarder cette photographie aujourd’hui dans un contexte si différent? "Ce sont les interrogations que je me suis posées, précise la curatrice. Je voulais questionner la valeur de l’image comme document historique et sa capacité à refléter ou pas une entité d’un pays à une époque donnée".  

 

Documenting Myanmar Charbon

 

Celia Cazales

Célia Cazale

Passée par Le Huffington Post, Var-Matin et La Dépêche du Midi, Célia Cazale, journaliste diplômée par la faculté de Droit et Sciences Politiques d’Aix-en-Provence, contribue à la rédaction du petitjournal.com
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