Samedi 4 juillet 2020
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SECOND TOUR - Thierry Mariani nous livre ses réactions vives et directes

Par Lepetitjournal Hong Kong | Publié le 12/06/2017 à 10:26 | Mis à jour le 12/06/2017 à 14:23

Thierry Mariani, candidat et député sortant Les Républicains, est interviewé par notre édition pour réagir aux résultats du 1er tour dans la 11ème circonscription. Avec 18,8% des voix, et face à Anne Genetet au 2nd tour, candidate la République En Marche qui en obtient 54%, il revient sans langue de bois sur les législatives, les programmes et livre ses avis plutôt directs sur le climat politique.

Pourriez-vous nous faire part de vos commentaires sur les résultats du 1er tour de cette élection législative dans la 11ème circonscription ?
On s'attendait à une élection difficile compte tenu du score d'Emmanuel Macron pour la présidentielle dans la circonscription, mais on ne s'attendait pas à un résultat aussi faible. Donc, je ne vais pas vous raconter n'importe quoi, les résultats sont forcément décevants. Encore plus décevants à mes yeux, quand on sait que mes collègues ont reconnu mon travail à l'Assemblée Nationale et ma présence très régulière dans la circonscription. Ce travail a été même salué par certains opposants.

Malheureusement, ça pousse à relativiser sur les efforts durant 5 ans en tant que député soucieux d'être près de ses électeurs. Malgré une présence très forte, même dans certains pays avec peu d'électeurs, je suis distancé dans ces bureaux de vote. En pleine campagne, que j'ai faite dans plus d'une trentaine de villes à la différence des autres candidats, je dois dire que c'est ennuyeux de s'entendre dire :  vous avez très bien suivi les dossiers, mais il faut donner une majorité au Président.

La République en Marche a fait de très bons scores, particulièrement chez les Français de l'étranger. Quel est votre analyse ? Donner une majorité forte, faveur aux candidats de la société civile, un rejet de la classe politique? ?  
Je reviens encore une fois sur ce terme de société civile, cela ne veut rien dire à mes yeux, j'étais issu de la société civile moi-même avant d'être élu, et quel que soit le candidat élu dimanche prochain, il ne sera plus dans la société civile après cette élection.

Je pense qu'en réalité, il y a un effet Macron qui joue à plein. L'éditorialiste Christophe Barbier a dit « aujourd'hui, une chèvre avec une étiquette Macron a de bonnes chances d'être élue ». Je reprends cet édito mais soyez assuré que je ne vise personne. Dans les 11 circonscriptions, tous les sortants, de droite ou de gauche, se font balayer, y compris Axelle Lemaire, qui était ancienne ministre de gauche, et des quasi-inconnus sont plébiscités dans des pays où ils ne sont jamais allés, donc évidemment cette élection est éminemment politique.

Ceci dit, êtes-vous satisfait de la campagne de votre parti Les Républicains ?
J'ai connu de meilleure campagne. Il aurait fallu un peu plus de lisibilité car la campagne n'a pas toujours été lisible. Evidemment, après un échec à la présidentielle, il y a toujours une certaine confusion. C'est ce qu'on vit, mais quand même !

J'ai très souvent entendu au 1er tour cette phrase : « on veut bien voter pour vous, mais vous êtes où là ? Il y a des ministres dans le gouvernement, d'autres en dehors, certains qui le soutiennent, d'autres dans l'opposition ». On oublie qu'une élection c'est trois paramètres : un candidat, une dynamique et une lisibilité. J'ose penser que le candidat, on l'a. Ma fierté est de ne pas avoir été attaqué sur mon bilan. Je n'ai pas de problème avec la justice. Mais pour les deux autres ingrédients : la dynamique est forcément en notre défaveur avec la présidentielle, et pour la lisibilité, très franchement, j'ai connu des époques où on était plus lisible.

Si on veut être crédible dans cet entre-deux tours, il faut d'abord être audible et avoir un message clair. En ce qui me concerne, je suis de droite, je suis soutenu par la droite et le centre, et mon attitude est de voter les textes qui vont dans le sens de l'intérêt de la France, sans opposition systématique ni soutien inconditionnel.

La constitution par Emmanuel Macron d'un gouvernement avec des personnes de différents bords, a-t-elle porté préjudice aux partis historiques pour ces élections ?
Je ne pense pas. Les nominations auxquelles vous faites allusion ne sont pas si surprenantes ou si impressionnantes, mis à part Nicolas Hulot. Et d'ailleurs, ce n'est pas nouveau. Nicolas Sarkozy a fait la même chose après 2007 avec Bernard Kouchner, Éric Besson et Fadela Amara. Prendre des éléments aux partis ou groupes adverses, ça ne dure qu'un temps.

Je suis convaincu qu'il faut une majorité et une opposition et je déplore que dans le chaos actuel, la seule opposition pour beaucoup trop de gens semble être Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen. Ce sont deux partis qui a l'heure actuelle surnagent dans l'opposition, et à mon avis, au-delà de leur personne, ils ont des programmes pas crédibles et très dangereux pour la France. Mais, les Français aujourd'hui s'enthousiasment par moments très vite et se déçoivent très vite surtout quand certains tiennent un discours totalement démagogique. 

Comment allez-vous réagir entre ces deux tours ?
Je ne compte pas changer de position, je ne fais pas partie de ceux qui se dédisent entre les deux tours parce que les résultats sont mauvais. Je trouve regrettable aujourd'hui que le seul sujet soit d'avoir ou non la photo d'Emmanuel Macron sur ses affiches électorales.

Si rien ne change, on va se retrouver dans une situation assez surprenante en France, celle d'un parti unique ou quasi-unique avec une écrasante majorité. Cela n'a jamais été aussi fort même en 2002, 2007 ou 2012, l'équilibre a toujours été à plus ou moins 300 députés contre 250.

Au-delà, le message que j'ai envie de faire passer aux Français de l'étranger, c'est d'aller voter, peu importe leur vote d'ailleurs. En 2012, ils ont eu la chance d'avoir cette représentation à l'Assemblée, c'est assez unique. Mais franchement avec un taux de participation aussi faible - 19% des Français de l'étranger se sont déplacés seulement - il risque d'y avoir des conséquences négatives. Avec la réduction à venir du nombre de députés, il est fort à parier que les députés des Français de l'étranger, ou leur nombre ou leur rattachement par circonscription soit mis en question. Sans député, les Français de l'étranger n'ont plus aucun recours politique. Les fonctionnaires, les consulats et les ambassades ne servent pas à cela. Donc, s'il y a un message, c'est avant tout d'aller voter.

J'ai envie de croire que le travail très négatif fait par les ministères avec la suppression du vote électronique a joué sur la participation, même chose pour le vote par correspondance rendu quasi impossible vu les délais d'acheminement. Je sais que cela n'aurait pas changé les résultats mais au moins la participation. Ils n'ont pas été corrects de retirer cela trois semaines avant les élections. 

Vous êtes candidat face à Anne Genetet au 2nd tour. Elle remporte la majorité absolue. Pouvez-vous nous parler de vos différences en termes de programme ?
D'abord, je regrette qu'elle réagisse négativement à une demande de débat entre ces deux tours. J'aurai aimé que cet échange démocratique soit accepté. Le refus de tout débat est contraire à tous les usages en matière de 2nd tour des élections législatives. Cela montre aussi qu'elle n'est peut-être pas très sûr de ses arguments. Est-ce la nouvelle manière de faire de la politique? En tout cas, les électeurs jugeront.

Sur les positions d'Anne Genetet, elles sont évidemment le copier-coller de celles d'Emmanuel Macron, ce qui est tout à fait normal. Et donc un copier-coller avec le même flou qu'Emmanuel Macron. Sur la fiscalité par exemple, la position de M. Macron est de réétudier la question de la CSG ; sur le réseau éducatif français à l'étranger, même chose, celle de vouloir réexaminer. Sans autre précision à chaque fois ! Donc tout est assez flou. Un débat avec cette candidate permettrait de préciser un peu les choses.

Sinon, je pense que sur certains sujets on a des dissensions évidentes, notamment sur les sujets de sécurité, d'immigration, ou de communautarisme.

Enfin, au moment où on fait une campagne sur la morale, je trouve qu'on est quand même dans une situation paradoxale. Richard Ferrand, actuellement Ministre de la Cohésion des Territoires, secrétaire général d'En Marche, est dans une carambouille évidente avec les Mutuelles de Bretagne. Même s'il n'est pas jugé, donc pas coupable, il continue à être au gouvernement. Le Ministre de la Justice est lui aussi mis en examen. Le traitement était différent pour d'autres ! Donc, malgré les grands principes énoncés par Emmanuel Macron, on constate qu'ils ne sont pas appliqués.

Je veux dire qu'à l'épreuve des faits, sur cette moralisation et sur la réforme du code du travail où rien n'est clair avec le passage de la réforme par ordonnance ou non, c'est plutôt mal embarqué sur le peu de dossiers à ce stade.

Que prévoyez-vous pour ces derniers jours de campagne ?
J'étais dès le lendemain de l'élection à Phnom Penh au Cambodge, ensuite à Singapour, puis à Hong Kong, et je continue ma tournée. Mais, il n'y a pas de recette miracle et quand on est honnête, on ne change pas de position. Je le répète aussi : il faut que les abstentionnistes se réveillent. 

Marc Schildt (lepetitjournal.com/hong-kong) - lundi 12 juin 2017

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