Candidat aux Trophées des Français de Hong Kong

THE FRENCH GIRL Portrait coeur.jpg
Caroline
Tronel
Trophée Art et Culture, cat-education
Ce dont je suis la plus fière aujourd’hui, c’est d’avoir saisi l’opportunité de prendre ma liberté : liberté d’agir pour ce qui me semble être juste, liberté de rencontrer et de collaborer avec les autres pour créer, créer des moments, créer des projets, créer des œuvres qui ont un sens. Diffuser ce double cœur qui rayonne, c’est aussi partager un message fort, celui d’un amour universel, inclusif, qui n’aurait pas de langue, pas de frontière, pas de jugement, un message positif et énergisant, à l’image de Hong-Kong !

Je suis arrivée à Hong-Kong le 15 octobre 2015. L’Asie m’attirait depuis de nombreuses années et une récente rupture amoureuse en Europe me donna toute la liberté de venir m’y installer.

Mes 4 premières années à Hong-Kong ont été sans encombre, à la tête de postes locaux puis régionaux au sein d’entreprises internationales, et puis… LA pandémie est arrivée.
Moi qui sautais d’un pays à l’autre, constamment dans les valises et si fière de compléter 2 passeports entiers, remplis de tampons des pays de la région… et puis… STOP !

Un peu sonnée et à la recherche d’activités pour remplir mon — nouveau — temps libre, j’ai retrouvé quelques bombes de peinture offertes par un ami street artist l’année précédente. « Et si je repeignais mon rooftop ?!? ».

À l’annonce de cette folle idée, une amie street artist se joint au projet et nous commençons à peindre en juillet 2020, sous 35 °C et 70 % d’humidité : en quelques semaines, tous les murs du rooftop sont recouverts et une piscine est même peinte à même le sol. Mélangeant les idées et les styles, une seule idée : laisser libre cours à notre imagination et s’essayer à un maximum de techniques.

À Hong-Kong, il est interdit de peindre dans la rue sans autorisation et hors de question pour moi de jouer avec le feu. Hong-Kong est un havre de paix parce qu’il y a des règles et qu’on les respecte. C’est d’ailleurs une contrainte passionnante pour les street artists : comment s’exprimer dans la rue tout en respectant la loi ? Les commerçants jouent le jeu avec plaisir et nous cèdent leurs rideaux de fer, vitrines ou autres terrasses pour égayer le quartier et attirer un ballet de clients incessant qui viendront se faire prendre en photo juste devant !

C’est en octobre 2020 que je fais mon premier « Double Heart » dans la rue. Mathieu et Sarah les propriétaires de la Guinguette me passent une commande pour l’ouverture de leur cave à vin à Tai Ping Shan. Ce premier « Double Heart » sera aux couleurs de la France ! Puis c’est au tour de la Cabane d’en commander un petit pour la célébration du Beaujolais Nouveau en novembre. (Vous m’imaginez en haut d’une échelle de 4 m, dans la nuit, faire mon petit graffiti ??). J’ai été un peu impressionnée ce jour-là, Cristobal s’en souviendra sûrement. Mais quelle fierté de taguer juste sous Invader, tout un symbole pour moi.

Un jour de décembre, des travaux ont commencé en bas de chez moi. Dans la benne, j’ai aperçu des carreaux de bétons et des plaques de métal. Sensible au sujet de la gestion des déchets depuis longtemps, j’ai alors immédiatement pensé que ces matériaux pourraient être récupérés et réutilisés pour de futures créations. J’ai alors remonté mon trésor sur mon rooftop, au 6e étage, sans ascenseur. À 7 kg le carreau de béton, j’ai fait une belle séance de gym !
Ces supports sont très urbains, sauvés de justesse de l’enfouissement et m’inspirent : l’après-midi même, je commençais à y peindre mon « Double Heart ».

(Le sujet des déchets continue d’ailleurs de m’inspirer, car à la date où j’écris ce document, je travaille sur la curation d’un projet d’exposition de groupe à Central en octobre : « THE UPCYCLING ART FAIR ».)

Plutôt satisfaite du résultat sur mes premières dalles de béton, j’ai organisé un BBQ « au bord de la piscine » le weekend suivant pour « exposer » mes premières œuvres à mes invités. Mon amie Béatrice Charreire est tombée sous le charme d’un carreau rose fluo, elle ne partira pas sans ! Ce moment sera décisif dans mon choix de démissionner quelques mois plus tard.

Au mois de février suivant, Raùl le manager du Babacio me propose ma première expo solo, pour la Saint Valentin. Des cœurs de bétons de toutes les couleurs ont envahi la terrasse du restaurant pour une semaine. J’étais fière du résultat.

Et le 28 février 2021, j’ai démissionné de mon poste de Managing Director APAC. Cette décision fera l’objet d’une vidéo tournée par un ami de longue date Quentin Moreau et débutera par : « Papa, Maman, j’ai quitté mon CDI il y a deux jours pour devenir artiste ! ».

Depuis, je ne me suis plus arrêtée : 3 expositions solo, 1 exposition de groupe, 2 muraux de 10 m et 14 m de long, une collaboration pour la création d’œuvres de KNIT ART dont le Consul General Alexandre Giorgini a un exemplaire à la Résidence et une collaboration avec le chef Gaël Majchrzak pour la création d’un macaron aux couleurs de la France pour le 14 juillet.

Les collaborations artistiques sont mes projets préférés. Ce sont toujours de très belles rencontres, l’occasion d’apprendre de nouvelles techniques, de dépasser ses limites, de découvrir de nouveaux supports, de prouver que l’art est accessible à tous et qu’il peut être réalisé « sur tout » : dans la rue, sur des vêtements et pourquoi pas sur des macarons !

Cette histoire, c’est un travail d’équipes. D’abord grâce à la communauté française qui m’a beaucoup soutenue, mais aussi grâce à la création de liens forts avec d’autres artistes et artisans locaux auprès de qui j’apprends chaque jour.