Mercredi 20 janvier 2021
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BALADE: à la découverte de Sham Shui Po

Par Patricia Herau-Yang | Publié le 06/03/2020 à 14:00 | Mis à jour le 07/03/2020 à 03:29
Photo : Sham Shui Po est le paradis des fans d'électronique
Tourisme Hong Kong Sham Shui Po

Véritable résumé de l'histoire de Hong Kong en 9 kilomètres carrés, découvrez Sham Shui Po: district le plus pauvre de Hong Kong mais aussi le plus hipster-friendly.

Lieu d’accueil de réfugiés chinois dès 1937, camp de prisonniers sous l’occupation japonaise, haut lieu de la confection dans les années 1960, plus récemment grand marché de l’électronique et des jeux vidéo, Sham Shui Po est le district le plus pauvre de Hong Kong. Pourtant, il se transforme rapidement en quartier d’artistes et cafés hip. Un résumé de la résilience hongkongaise sur 9 kilomètres carré.

Un lieu d’accueil (parfois musclé) et de passage

Situé en bord de mer jusqu’au comblement de la baie, Sham Shui Po, "Deep Water Pier", était d’abord occupé par des populations Hakka. La plus vieille trace de leur présence est le Sam Tai Tsz Temple construit en 1898 suite une épidémie de peste qui décimait le quartier. Le temple abrite des reliques de la dynastie Qing (1644-1911). La population y était pauvre, comme en atteste la construction en 1929 du Precious Blood Convent, lieu de refuge apportant des soins gratuits, et orphelinat pour les enfants abandonnés.

Dès 1937 et l’invasion japonaise en Chine, les réfugiés chinois affluent dans le quartier. Ils s’entassent dans des bidonvilles et se promettent de sortir de Sham Shui Po dès que possible. Mais l’armée du Supreme Commander in Chief envahit Hong Kong et fera de Sham Shui Po son camp de prisonniers de guerre (1942-1945). Victor Stanley Ebbage, prisonnier de guerre, raconte ces années dans The Hard Way: Surviving Shamshuipo POW Camp 1941–45 (Spellmount, 2011). Le Sham Shui Po Park est construit sur ce camp de triste renommée.

 

Tourisme Hong Kong Sham Shui Po
Sham Shui Po by night, un voyage dans le temps. Crédit: David de Randomwire.com

 

De nouveaux réfugiés arrivent depuis la Chine désormais communiste et s'entassent dans des cabanes en bois sur la colline au nord de Sham Shui Po, à Shek Kip Mei. Un terrible incendie dévaste le quartier en 1953. Il laisse quelques 58.000 personnes à la rue. Hong Kong lance alors la construction de public housing. Rappelons que ce type d’habitation abrite aujourd’hui la moitié de la population de Hong Kong. Le quartier s’agrandit et quitte le bord de mer avec le projet de land reclamation.

Dans les années 1979-1981, ce sont les boatpeople vietnamiens qui sont accueillis au camp de réfugiés à Sham Shui Po. Forcément temporaire, le camp de réfugiés remplit son rôle et la population est assimilée. Sham Shui Po est aujourd’hui un quartier très mélangé, entre migrants Chinois ruraux, familles et seniors de classe moyenne, public housing, appartements subdivisés et les fameuses cages d'habitation tant décriées. Cette population vit et parfois travaille sur place, grâce à une économie flexible et adaptable.

 

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Mercerie à Sham Shui Po: un héritage bien présent, Yu Chau Street

 

Une économie résiliente

Alors que les Hakka y cultivaient la terre, Sham Shui Po était déjà un port et un lieu d’échanges commerciaux. Après le commerce et le transport, dès les années 1960, son accès à la mer ayant disparu et sa population ayant explosé, Sham Shui Po se tourne vers la confection et l’industrie légère.

Lieu d’habitation connu pour son public housing, Sham Shui Po abrite en effet aussi des ateliers. C’est la toile de fond des films de l’époque, c’est aussi l’époque où Hong Kong se fait connaître pour sa fabrication de vêtements, jouets… En 1976, le marché de vente en gros de textile est établi au croisement de Shek Kip Mei Street et Yu Chau Street.

Dès les années 1980, avec l’ouverture de la Chine si proche, les ateliers et leurs emplois peu qualifiés passent la frontière. Sham Shui Po s’adapte et se lance dans l’électronique et les jeux vidéo. Golden Computer Shopping Arcade se fait une renommée dans la vente d’électronique et accessoires, ainsi que dans les logiciels contrefaits. Le gouvernement promeut aussi Apliu Street, en réponse à Akihabara au Japon. La Hong Kong computer fair, très populaire, est lancée dans les rues de Sham Shui Po.

 

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Sham Shui Po est un marché à ciel ouvert

 

Au tournant du siècle, les usines qui restaient sont passées au Guangdong. Si Sham Shui Po joue encore son rôle de grossiste, et permet la mise en contact des usines chinoises avec les acheteurs du monde entier, plus récemment, une nouvelle tendance se profile: artistes, designers et entrepreneurs ouvrent des boutiques dans ce quartier à l’immobilier abordable. Sham Shui Po commence sa nouvelle mue.

La cuisine cantonaise authentique et abordable

Sham Shui Po, district pauvre, est aussi réputé pour ses restaurants, fameux et parfois étoilés. On n’est plus à une contradiction près! Les vieux restaurants de cuisine traditionnelle cantonaise y voisinent depuis peu avec des cafés à la mode. Beaucoup des restaurants les plus connus se trouvent sur Fuk Wa Street, Fuk Wing Street, Pei Ho Street et Kweilin Street. Parmi eux, citons: Kung Wo Beancurd Factory (lait de soja et pudding), Wai Kee Noodle Café (nouilles au foie de porc), Man Kee Cart Noodle (nouilles de rue) et Kwan Kee Store (pudding traditionnel).

 

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Kung Wo Beancurd factory, ça ne paie pas de mine, et pourtant...

 

Que voir dans le quartier, par ordre chronologique

  • The Precious Blood Convent

Ce couvent aidait les pauvres du quartier dès 1929. Le bâtiment néoclassique n’est pas ouvert au public mais on peut l’admirer depuis la rue.

  • Sham Shui Po Park

Déjà terrain militaire (Sham Shui Po Barracks) dans les années 1920, cet endroit est surtout connu comme le camp de prisonniers de guerre pendant l’occupation de Hong Kong par l’armée japonaise. Désormais lieu de promenade, on peut encore y voir deux plaques érigées en 1989 et 1991 en mémoire des prisonniers qui ont péri ici.

  • Mei Ho House dans Shek Kip Mei Estate

Construit après l’incendie de 1953, Mei Ho House fait partie du premier ensemble de public housing dit "en forme de H". Anciennement connu sous le tendre nom de Block 41, il n’a pas été détruit pendant les campagnes de réhabilitation successives. Cité dans le UNESCO Asia-Pacific Heritage Awards for Cultural Heritage Conservation, il abrite aujourd’hui une auberge de jeunesse, dont une des ailes expose l’histoire de Shek Kip Mei.

  • Nam Cheong Street et Ki Lung Street

Nam Cheong Street and Ki Lung Street sont connues pour leurs magasins de textile et mercerie: tissu, boutons, rubans, ainsi que vêtements de marque bon marché, vous rappelleront le passé du quartier dans les années 1960.

  • Cheung Sha Wan Road

Les grossistes et entrepots occupent la majeure partie de la rue. Le commerce de détail est possible le weekend, avec des vêtements de qualité à prix très raisonnable.

 

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Perles, boutons, rubans...des cavernes d'Ali Baba à chaque coin de rue

 

  • Golden Computer Shopping Arcade

Temple de l’électronique et des accessoires à prix modique, c'est l’endroit parfait pour acheter PC, smartphone ou autres, ainsi que produits professionnels. Les jeux vidéo ne sont pas en reste: le deuxième étage vend consoles, logiciels, accessoires, le tout à prix réduits.   

  • Apliu Street Market

Avec sa réputation sulfureuse de "marché des voleurs", Apliu Street market est un marché à ciel ouvert connu pour ses produits électroniques, y-compris d’occasion. Vous y trouverez des produits vintage: radios analogiques, équipements disco, radios des années 1940, amplis de toutes sortes.

  • Jockey Club Creative Arts Centre (JCCAC)

Complexe de 9 étages qui héberge près de 150 artistes et studios. Le bâtiment est un public housing construit en 1977 et récemment retapé.

 

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Patricia Herau-Yang

Patricia a passé de nombreuses années en Chine, exercé le métier de traductrice français-chinois. Depuis son arrivée à Hong Kong, elle s'est mise au cantonais et pratique la randonnée. Elle contribue au Petit Journal sur le volet culturel, entre autres...
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