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TRAVAIL : 1er mai à HK, salaire minimum et revendications persistantes

Par Lepetitjournal Hong Kong | Publié le 04/05/2017 à 07:36 | Mis à jour le 04/05/2017 à 07:56
Eman VillanuevaHKFP

 

Ce 1er mai à Hong Kong, les organisations syndicales se sont réunies devant le siège du gouvernement et le parlement pour clamer haut et fort leurs revendications laissées sans réponse ces dernières années. Un tour d'horizon des revendications permet de dresser une image de la protection sociale dans cette région administrative peu connue pour ses élans d'Etat providence?

Plusieurs marches se sont déroulées sans heurt ce lundi 1er mai en présence de 7,000 employés et syndicats. Toutes en rang serré mais avec des organisations dispersées. Comme en politique, en matière de représentativité des salariés, il y a une distinction nette entre les syndicats pro-démocrates et les syndicats pro-establishment. Chaque camp a emprunté son propre chemin pour atteindre le siège du gouvernement de Hong Kong. 4,000 personnes pour les syndicats pro-establishment et 2,500 personnes pour les pro-démocrates qui sont arrivés à des horaires différents. Une troisième procession, environ 500 personnes, regroupait les travailleurs issus des minorités (travailleurs étrangers, domestics et helpers, et ouvriers étrangers dans le bâtiment, ainsi que les salariés revendiquant pour les droits des minorités LGBT).


Bien que les syndicats ne soient pas présentés dans un front uni, les mots d'ordre sont identiques.

Le ton est donné par un responsable de la Confederation of Trade Union : « Depuis plus de 20 ans, nous, les travailleurs, n'avons pas été capables de partager la prospérité de Hong Kong. Nos conditions de vie se sont détériorées, les salaires ont peu augmenté, et en tout cas, pas assez pour contrer les effets de l'inflation. Le PIB par habitant a grandi de plus de 80%, mais pour les salaires, c'est seulement la moitié de cet enrichissement. Donc c'est une très très mauvaise situation et une détérioration de nos conditions de vie. Nous demandons que le gouvernement de Hong Kong écoute nos voix. Et, si Carrie Lam cherche vraiment l'harmonie dans notre société alors elle passe par la justice », expliquait-il lors d'une interview pour la radio RTHK.

Les principales revendications se sont concentrées sur les sujets suivants : 

Augmentation du salaire minimum obligatoire : le nouveau montant de 34,5HK$ par heure est jugé largement insuffisant.

Le salaire minimum obligatoire venait pourtant d'être augmenté à 34,5 HKD par heure (4,07 euros) exactement le même jour. Tous les deux ans, le 1er mai, le nouveau minimum horaire entre en vigueur après d'âpres négociations entre syndicats et patronats l'année qui la précède. Cette augmentation de 2HK$ par heure représente 6,15%. Elle reste plus faible que les augmentations de 2015 (+ 8,3 %) et 2013 (+7,14 %), aussi plus faible que l'inflation et l'indice du coût de la vie. 

Les syndicats dénoncent une situation où il faut travailler entre 12 et 13h par jour pour nourrir plus que modestement sa famille. Ils réclament une révision du salaire minimum à au moins 40 HK$ (ce qui correspondrait à une journée de travail de 10h selon eux pour nourrir une famille). Ils souhaitent également une revalorisation tous les ans et non plus tous les deux ans pour s'ajuster régulièrement au marché et au coût de la vie.

Le salaire minimum annuel a été mis en place en 2011 par le gouvernement suite aux échecs successifs de dispositifs volontaires. Le nombre de personnes concernées était estimé à 150,000 salariés à l'origine. Aujourd'hui, il concernerait entre 75,000 et 150,000 employés, les chiffres ne sont pas clairs. Les bénéficiaires se retrouvent majoritairement à des postes non qualifiés, tels que plongeur dans la restauration, gardien d'immeuble, sécurité? Les syndicats avaient accepté délibérément un niveau bas lors de son instauration, plus désireux de voir le principe adopté que son montant. Mais la revalorisation ne correspondant pas à leurs objectifs, cela rend le choix de la date du 1er mai hasardeux pour l'application du nouveau salaire qualifié "d'indécent". 

Arrêt des compensations permettant aux employeurs de payer les indemnités de licenciement avec la retraite volontaire employé qu'ils ont cotisée.

La mesure a de quoi surprendre, elle est d'ailleurs petit à petit abandonnée par les groupes internationaux et un certain nombre d'entreprises, mais elle existe toujours légalement. En pratique, toute entreprise est obligée de cotiser pour l'épargne de retraite des salariés (le MPF ou Mandatory Provident Fund, une retraite par capitalisation pouvant également être débloquée en situation exceptionnelle). La loi donne aux entreprises la possibilité de compenser une partie des fonds versés pour le salarié avec les indemnités de licenciement. Cette disposition est régulièrement dénoncée, l'actuel chief executive du gouvernement prônait également son retrait lors de son discours annuel d'orientation.

Temps et durée du travail : trop de place laissée à la liberté des parties et au contrat de travail  

  • Avoir des jours fériés vraiment fériés et non pas 12 jours sur les 17 calendaires. 

Pour certains secteurs (notamment la construction, les transports?) seuls 12 des 17 jours fériés sont obligatoires. Les syndicats veulent faire reconnaître l'ensemble des 17 jours comme fériés. Il faut rappeler qu'au-delà de ces douze dates, le nombre minimum de jours de congés à Hong Kong est fixé à 11. L'ancienneté, les pratiques dans certains secteurs, le contrat de travail négocié avec l'employeur, accordent plus de jours.

  • 5 jours ouvrés maximum par semaine : 

La loi oblige à un jour de repos tous les 7 jours. La majorité des secteurs d'activité respecte toutefois les semaines de 5 jours. Mais, les syndicats dans la construction réclament l'application de cet usage moins reconnu dans leur branche.

  • Encadrement du temps de travail :

Là encore, le contrat de travail régit une bonne partie des règles en matière de temps de travail (horaires, repos, régime des heures supplémentaires?). Donc liberté des parties plus que règlementation. Mais une commission a rendu récemment ses conclusions sur l'opportunité ou non d'encadrer les horaires de travail pour que le nouveau gouvernement se prononce sur une éventuelle législation réclamée de longue date.

Le gouvernement a répondu aux interpellations par le biais de son porte-parole en rappelant que 280,000 emplois avaient été créés depuis la dernière révision du salaire minimum obligatoire en 2015, et en insistant sur les mesures prises en matière de protection sociale : nouvelles règles pour la couverture des accidents du travail, amélioration des congés maternité, mise en place d'un congé paternité, création de la commission sur le temps de travail, aide à l'insertion des personnes en situation de handicap et surtout la priorité mise en matière de sécurité au travail suite aux accidents tragiques récents. 

Marc Schildt (www.lepetitjournal.com/hongkong) - jeudi 4 mai 2017

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