"Les Contes d’Hoffmann" de Offenbach par Tang Shu-wing

Par Gérard Henry | Publié le 14/03/2018 à 09:30 | Mis à jour le 15/03/2018 à 10:22
Contes d'Hoffmann Opera Hong Kong

Dans l’opéra, le poète Hoffmann dévoile ses trois histoires d'amour inassouvi. Pour les représenter, Tang Shu-wing a choisi comme approche un voyage dans le temps.

Tang Shu-wing est en matière de théâtre le plus illustre représentant de la francophonie à Hong Kong tout en étant l’un des metteurs en scène chinois les plus créatifs et dynamiques, ses créations ayant été montrées en chine, à Londres et en Europe de l’est. C’est dans les années 80 qu’il part en France pour apprendre la langue de Molière.

"Apprendre une langue, c’est une renaissance dit-il, il faut tout recommencer à zéro". Il s’inscrit à la Sorbonne en langue et civilisation et obtient une maitrise d’études théâtrales à Censier, il étudie également le jeu d’acteur à l’école de la Belle de Mai à Paris et très vite fait ses débuts d’acteur et d’assistant metteur en scène sur la scène du théâtre de la Main d’or dirigé par le metteur en scène Jean-Christophe Grunevald.

Rentré à Hong Kong en 1992, il créera sa première compagnie No Man’s Land et développera un théâtre physique et minimaliste expérimental qui acquerra une notoriété en Asie. Il deviendra ensuite doyen du Conservatoire de théâtre a l’Academy for Performing Arts avant de créer le Tang Shu-wing Theatre Studio et se consacrer à nouveau à la scène avec succès. Sa mise en scène du Macbeth en cantonais de Shakespeare le mèneront en 2015 au célèbre théâtre de Shakespeare, Le Globe, à Londres et au festival d’Edinbourg.

Offenbach et Les Contes d’Hoffmann   

Le grand écrivain allemand E.T.A. Hoffmann a servi d’inspiration à Jacques Offenbach pour composer son opéra Les Contes d’Hoffmann dont le style narratif entremêle parfaitement fantaisie et monde réel. Le compositeur a transformé la créativité débridée de l’écrivain en une partition éclectique, juxtaposant lyrisme et burlesque.

Dans l’opéra, le poète Hoffmann dévoile ses trois histoires d'amour inassouvi: sa fascination pour la poupée mécanique Olympia, qui a été détruite par l’inventeur Coppélius ; son amour pour la courtisane Giulietta qui a préféré les bijoux du magicien Dappertutto ; et sa passion pour la lugubre Antonia qui fut forcée de chanter à sa mort par le docteur Miracle. Après avoir raconté ces histoires pathétiques de sa vie passée, Hoffman reçut encore un autre coup quand il fut témoin de la fuite de son dernier amour, Stella, avec le conseiller Lindorf. Cette déception finale éteignit tout désir et toute perspective d’amour chez Hoffmann qui avait sombré dans l’alcool. La Muse, la déesse des arts l’obligea alors  à écrire des poèmes pour le reste de sa vie.

C’est la dernière œuvre et sans doute la plus profonde d’Offenbach, très différente de ses opérettes comiques : il y traite de la déception en amour d’un poète, une création intellectuelle, poétique et mélancolique qui lui demanda trois ans de travail, une pièce d’une complexité musicale et dramatique. Malheureusement son vœu de l’achever avant sa mort ne se réalisa pas, il n’eut que le temps d’en  composer la partition du piano et ne vit jamais son œuvre sur scène. Offenbach y mêle le romantisme allemand à son propre réalisme psychologique français. A travers le portrait des trois femmes que rencontre le poète, Offenbach dessine trois étapes de l’éducation sentimentale du jeune homme : l’amour aveugle ou le coup de foudre, la découverte de la nature de la femme, idéaliste et passionnée et l’amour terre à terre et débauché.

"Seule, la poésie survivra au temps"

Offenbach n’ayant jamais pu monter la pièce, cela laisse une grande liberté d’interprétation au metteur en scène qui a le champ libre pour son imagination.

Tang Shu-wing a choisi comme approche un voyage dans le temps :

"Le premier acte a lieu dans une taverne de Nuremberg en 1881 là où l’opéra fut monté pour la première fois. Le second acte sans indication de lieu en 2181 quand les humains ressemblent à des robots ou les robots à des humains. Le troisième acte a lieu en 1881 en Chine quand la poésie était imprégnée d’une texture historique extrême orientale. Avec le quatrième acte situé en 2018, nous revenons à notre année contemporaine quand chacun est un acteur sur scène, où que nous soyons et que nous le sachions ou pas. Le cinquième acte nous ramène à la taverne avec apparemment aucune indication de temps, quelques verres de vin rouge accompagnant le destin particulier de Hoffmann, sacrifiant son amour pour se dévouer à la poésie.

A la fin, l’imagination des spectateurs est sollicitée : Qui écrit cela? Ma réponse est que peut-être est-ce l’Intelligence Artificielle qui assume ce rôle, mais quoi qu’il en soit, je crois que seule, la poésie survivra au  temps."

Tang Shu-wing portrait photo credit Rafal Placek 2017.png
Tang Shu-wing - Photo by Rafal Placek - 2017

 

Article paru dans Paroles, le magazine culturel de l'Alliance Française
Numéro #255 Février / Mars / Avril 2018 Spécial Francophonie - consultable ici
 

Gérard Henry

Gérard Henry

Ecrivain, journaliste et critique d’art, Gérard Henry est l’auteur de nombreux catalogues d’artistes, des Chroniques hongkongaises (Editions ZOE/2008) et de Hong Kong dans la tourmente, (essai, Editions Hermann/ 2010)
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Didier Pujol

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