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L'ALLEMAGNE EN FRANCE – Regina Lecointe : une Allemande francophone au service de l'Europe

Par Lepetitjournal Heidelberg Mannheim | Publié le 30/06/2017 à 22:00 | Mis à jour le 01/07/2017 à 09:59

Alors qu'une vie en France était la dernière de ses priorités, Regina Lecointe, arrivée dans l'hexagone en 1971, est aujourd'hui installée dans les Yvelines et dirige la Maison de l'Europe de son département. Entretien pour notre rubrique "L'Allemagne en France" avec une européenne convaincue, porteuse de multiples projets franco-allemands, qui ne cache pas sa déception dans l'Europe d'aujourd'hui.

 

Pouvez-vous nous raconter votre parcours en Allemagne avant d'arriver en France ?

J'ai fait des études d'anglais parce que je voulais être interprète, et dans ce cadre je souhaitais absolument partir en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis. Ce qui déplaisait fortement à mes parents, de grands francophiles frustrés qui ont toujours regretté de ne pas pouvoir vivre en France, à cause de l'histoire notamment, et m'ont incitée à y aller par la suite. Tout cela se déroulait au moment où le programme longue durée de l'OFAJ (Office franco-allemand pour la jeunesse, ndlr) se développait. Au lycée je faisais anglais LV1 (langue vivante 1, ndlr) comme tous les Allemands, latin en LV2, et français en LV3. Mais j'ai un peu abandonné le français, j'étais plus motivée pour aller manger des glaces avec les copains au lieu d'ouvrir mon livre (rire).

Et qu'est-ce qui vous a amenée en France ?

J'ai finalement dit oui à ma mère qui voulait que je fasse un stage professionnel d'un an avec l'OFAJ, et je comptais retourner très vite ensuite en Allemagne, mais je suis finalement restée. 

J'ai commencé un stage dans une petite entreprise française, mais ça n'a pas vraiment collé, il faut dire que mes connaissances en français étaient très limitées. J'ai cherché autre chose, puis j'ai trouvé un groupe de recherche à l'OTAN, et j'y suis restée au-delà du stage. Et c'est là que j'ai rencontré mon mari qui travaillait également à l'OTAN et qui y effectuait son service militaire. J'ai ensuite atterri chez Dornier (entreprise allemande de construction aéronautique, ndlr) qui était située à deux stations de métro de l'OTAN. J'étais en contact avec les ministères, on a travaillé avec Dassault, Alfa Jet, etc. Et très vite je suis entrée en contact avec le réseau AFASP (association franco-allemande des stagiaires et professionnels), dont j'ai été la vice-présidente dans les années 70, et je me suis de plus en plus impliquée dans les relations franco-allemandes. 

Après avoir ?uvré uniquement dans le domaine du franco-allemand de manière intensive, pourquoi avez-vous décidé de vous tourner vers l'Europe ? 

Je pensais que j'avais fait le tour du franco-allemand que je connaissais très bien, j'avais un bon réseau, etc. Et puis je me suis dit qu'il fallait que je prenne un peu de distance avec le franco-allemand si je voulais m'intégrer, et aller davantage vers un milieu franco-français. Mais ce n'était pas très satisfaisant, j'ai donc voulu aller encore au-delà, et c'était l'Europe. 

Je me suis engagée dans le Mouvement européen, et peu après, la mairie de Chatou, dans les Yvelines toujours, a fait appel à moi pour donner des cours de langue dans ses écoles primaires. Au final, l'enseignement, qui était quelque chose que, petite, je ne voulais surtout pas faire, est arrivé à moi comme la Vierge à l'enfant. J'ai donc continué à m'impliquer dans le franco-allemand, mais avec une dimension européenne très forte. 

Puis je me suis peu à peu détachée du Mouvement européen pour fonder la Maison de l'Europe des Yvelines en 2001. Nous avons commencé à mettre en place des événements culturels et sportifs pour les jeunes avec différents pays autour du 9 mai, date de la Journée de l'Europe. Une des grandes réussites également, c'est la mise en place d'un info-bus, l'Europe-mobile, qui permettait à des jeunes lycéens issus d'établissements prestigieux, français ou allemands, de rentrer en contact avec des lycéens issus de voies professionnelles. Ces derniers ont beaucoup apprécié, car pour eux l'Allemagne est un pays élitiste, un pays avec lequel ils n'auraient jamais pensé avoir de contacts. 

En tant que fondatrice de la Maison de l'Europe des Yvelines, vous pouvez nous expliquer quelles sont vos actions ? 

On intervient dans des établissements scolaires avec des thématiques européennes, on accueille beaucoup de stagiaires qui vont dans les écoles, etc. Nous nous sommes surtout spécialisés dans la voie professionnelle, car Science Po ou d'autres grandes universités parisiennes n'ont pas autant de besoins concernant l'orientation et la recherche de stages au niveau européen notamment. Il nous apparait important de nous adresser à une partie de la population qui ne se sent pas prise en compte. Notre public, ce sont les jeunes des missions locales et des établissements professionnels. 

 Vous avez également été à l'initiative de bibliothèques assez particulières, pouvez-vous nous en dire plus ? 

En 2011, j'ai découvert à Berlin une cabine téléphonique transformée en « boite à livres », ou BücherboXX. J'ai tout de suite pris contact avec l'initiateur du projet afin d'en savoir plus, puis nous avons lancé l'opération « 50 ans du Traité de l'Elysée » avec différents partenaires des deux pays comme la région Ile de France, l'Académie de Versailles, Orange qui nous a fait don de six cabines, l'OFAJ, ou encore quatre établissements professionnels français et allemands. Et en 2012, on a échangé les cabines françaises et allemandes. Il y a 18 BücherboXX disséminées à Berlin, chez nous c'est un peu plus modeste mais nous avons tout de même aidé à la transformation de cabines en Martinique, à Grenoble, Metz, Rueil-Malmaison, à Maison-Laffite. L'INSEP (Institut national du sport, de l'expertise et de la performance) en a même commandé trois. Et actuellement, le lycée professionnel de Cerny, en Essonne, cherche à transformer une cabine avec un lycée berlinois.

Avant notre rencontre, vous nous aviez confié qu'il y a deux choses que vous ne vouliez surtout pas faire quand vous étiez petite : vivre en France et devenir professeur. Pourquoi ? 

(rire) Il s'avère qu'étant jeune j'étais surtout attirée par le monde anglo-saxon comme beaucoup de jeunes de ma génération. L'après-guerre c'était l'Amérique, etc. J'aimais beaucoup la langue anglaise, mais pas le français. Et puis mes parents adoraient le français, donc il y avait sans doute aussi ce petit rapport de force avec eux. 

Par ailleurs, ce refus d'être professeur de français était lié à ma personnalité. Je me voyais très mal être devant une classe toute seule, j'estimais que ça devait être une vocation. Et quand j'ai commencé à donner des cours par la suite, tout cela m'est tombé dessus par hasard comme je vous l'ai dit. Je n'avais pas de formation spécifique, mais en tant qu'Allemande, j'ai suivi une petite formation spéciale à l'Institut Goethe, et c'était bon pour eux (rire). 

Et aujourd'hui, vous êtes heureuse en France ou vous regrettez l'Allemagne ? 

Disons que l'un ne va pas sans l'autre. J'ai hâte d'aller à Berlin, mais quand j'y suis, je me dis que je ne pourrais pas y rester tout le temps. Je suis Allemande mais j'ai besoin de revenir en France. 

Et vos enfants, ils sont franco-allemands ? Ils vivent en Allemagne ou en France ? 

Ils habitent en France, mais ils sont entre les deux pays en fait. Ils profitent de notre logement à Berlin, ils ont eu la chance de faire des stages en Allemagne également. Ils sont franco-allemand et possèdent la double nationalité, moi je suis uniquement Allemande. C'était un choix, car à l'époque quand je me suis mariée, il fallait choisir une nationalité car on ne pouvait pas avoir les deux. Et j'ai dit à mon mari que si je devenais Française et que malheureusement on divorçait, j'allais rentrer chez moi et me retrouver comme une étrangère. Mais maintenant cela n'a plus beaucoup d'importance, surtout à mon âge, de faire ce genre de démarche. 

Qu'est-ce que vous retenez de la culture française, que vous ne trouvez pas dans la culture allemande ? 

J'aime le côté improvisation. La volonté de sortir de cette rigueur perpétuelle, trouver des chemins de traverse pour aboutir à un résultat qui est le même. La désinvolture et la souplesse restent très agréables oui. Après, au travail je garde tout de même une rigueur allemande.

Pour terminer, un dernier mot sur l'Europe qui va mal en ce moment, qu'est ce que cela vous inspire ?

Je reconnais que je souffre de tout cela. Je suis idéaliste, comme beaucoup de gens de ma génération. Pour nous l'Europe est un symbole, un désir de paix, comprendre les uns et les autres. Et nous, sur le terrain, on essaye de relayer ce message, mais ensuite tout cela est détruit par nos politiques. Parce qu'il y a beaucoup de programmes européens très porteurs, autour de la jeunesse, mais aussi d'autres moins connus qui aident tous les Européens dans leur quotidien, et personne n'en parle, on ne voit que les querelles entre les hommes politiques... Mais je le dis avec beaucoup de regrets, l'Europe telle que nous l'avons aimée est morte avec la chute du Mur. Avant on avait un système qui prenait soin des gens, on n'était pas dans l'ultralibéralisme d'aujourd'hui qui détruit beaucoup. Il y a un manque de solidarité qui s'exprime notamment avec la Grèce, l'Espagne, et de plus en plus l'Italie. C'est vraiment cela qui m'inquiète. 

(Photos © Regina Lecointe, MdEY) 

C.G (www.lepetitjournal.com/heidelberg-mannheim), samedi 1er juillet 2017

Article de la rubrique "l'Allemagne en France" à relire :

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