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COMMUNAUTE - Carine Delplanque : "Notre travail ? Donner de la France une image contemporaine"

Par Lepetitjournal Hambourg | Publié le 19/11/2010 à 06:42 | Mis à jour le 14/11/2012 à 10:22

Après avoir fièrement célébré les 60 ans de l'Institut français de Berlin, Carine Delplanque, sa directrice, foisonne de projets et propulse résolument "sa maison" dans l'avenir. Elle installe surtout son Institut, en ayant fait venir de Paris l'exposition Izis, Paris des rêves pour le mois de la photographie, parmi les lieux qui comptent à Berlin. Cette femme passionnée, la première à la tête de cette ? presque ? vénérable institution, nous parle de ses missions et de ses projets. Interview

Lepetitjournal.com : A quoi sert un Institut Français ?
Carine Delplanque : En premier lieu, l'Institut sert à diffuser la culture et la pensée française et francophone. Notre travail consiste, surtout ici à Berlin, à donner de la France une image contemporaine. Il s'agit de donner à voir la France telle qu'elle est aujourd'hui : multiculturelle, métissée. En présentant les formes de cultures les plus contemporaines dans nos murs ou en faisant venir des artistes africains par exemple. L'autre objet de l'institut est de diffuser la langue française en Allemagne. A Berlin, nous recevons environ 1.500 à 2.000 élèves par an pour les cours de Français. Depuis deux ans, nous avons connu une augmentation de 15 % des cours et l'on envisage de pouvoir les augmenter encore. L'institut dispose d'autre part d'une médiathèque qui s'enrichit et se modernise de mois en mois.

(Photo : Jacques Brodell)

Pourquoi ce besoin de "rafraîchir" l'image de la France ?
"Rafraichir" je ne sais pas, ce qui semble certain c'est que, de plus en plus, les sociétés civiles françaises et allemandes semblent se désintéresser l'une de l'autre. L'objectif de l'Institut est de redonner aux allemand une "envie" de France, de leur faire retrouver un intérêt pour la culture française. Grâce aux échanges qui ne manqueront pas de s'instaurer entre nos deux communautés, les Français éprouveront sans doute aussi plus d'intérêt pour l'Allemagne. En ce sens, Berlin, plus qu'une autre ville allemande, à un rôle important à jouer dans cette redécouverte mutuelle car elle séduit beaucoup les Français.

Que signifie pour vous la venue des photos d'Izis à l'Institut ?
Il était important pour moi de faire connaître ce photographe humaniste, qui a décidé de quitter sa Lituanie natale pour le Paris des rêves [titre de l'exposition en cours à l'Institut français de Berlin n.d.l.r.], le Paris de ses rêves. De l'avis de son fils son père n'aurait sans doute pas souhaité une exposition à Berlin de son vivant. Mais, Aujourd'hui, la mairie de Paris qui a créé cette exposition à l'hôtel de ville et son fils, Manuel Bidermanas, ainsi que nos partenaires ici - la Willy Brandt Haus -, sont convaincus de la nécessité de faire une grande rétrospective itinérante dans le monde de ce grand artiste européen.


Et quel est votre rôle en tant que directrice ?

Au risque de faire un peu vieille France, mon rôle c'est d'être une bonne maîtresse de maison. Je suis à la tête d'une belle, d'une grande maison qui doit savoir recevoir des publics différents et offrir une programmation diversifiée, qui enthousiasme le plus large public. Il s'agit de satisfaire les attentes de nos habitués, de ne pas les désarçonner, mais aussi de créer des attentes, de susciter des désirs pour d'autres objets, d'autres formes, d'autres pans de la culture française. Mon rôle, c'est d'assurer ce difficile équilibre dans nos propositions entre les souhaits du public traditionnel de l'Institut et des propositions moins familières, qui soient susceptibles d'attirer d'autres publics. En bref, je veux rendre la programmation joyeuse, vivante, une programmation qui soit animée par une plus grande volonté d'accueillir. Et qui sait si cette philosophie n'est pas liée au fait que ce soit une femme qui dirige désormais l'Institut !


Vous êtes directrice de l'Institut de Berlin depuis deux ans, et vous l'êtes pour deux ans encore : quels sont vos projets ?

Ils sont très nombreux. Après
Izis, nous lançons la deuxième édition d'"une valise à Berlin" puis nous nous concentrerons, de mai à octobre prochain, sur les festivités du 125ème anniversaire du Ku'damm. Suivra donc une programmation plus "glamour", peut-être un peu plus féminine, consacrée à la mode avec quelques défilés. Et de la danse contemporaine : je suis en train de boucler le budget d'un projet développé avec l'IRCAM et la compagnie franco-allemande "The bakery" de Richard Segal où le public sera amené à répéter des gestes "historiques" de la danse. Ces gestes repris par les visiteurs seront enregistrés pour ensuite être projetés sur nos vitrines.

Beaucoup de projets... Et, donc, beaucoup de moyens ?
Non, puisque mon budget vient d'être amputé de 50% pour l'année prochaine. Heureusement que je suis déjà là depuis deux ans : j'ai fini par connaître assez de monde ici pour pallier ce manque financier et pour mener à bien de beaux projets en développant une politique de partenariats. C'est de toute façon conforme à ma façon de faire, de concevoir la place de l'Institut à Berlin : Je tente d'inscrire tous nos évènements dans le cadre plus large d'évènements locaux. L'exemple le plus récent, c'est, bien-sûr, l'exposition Izis que nous avons montée en partenariat avec la Willy Brandt Haus dans le cadre du mois européen de la photographie. Et nous fonctionnerons de la même manière l'année prochaine avec le 125ème anniversaire du Ku'damm. L'Institut, outre qu'il soit situé sur cette artère célèbre de la capitale allemande, se doit d'y prendre part : c'est certes un événement important pour Berlin, mais c'est aussi un bon moyen de rendre la culture française plus visible, plus quotidienne pour les Allemands.

Institut français de Berlin, Kufürstendamm 211 Berlin. Retrouvez la semaine prochaine notre article sur Izis, Paris des rêves, l'exposition visible en ce moment à l'Institut.

Nicolas Gateau (Lepetitjournal.com - Allemagne) vendredi 19 novembre 2010

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