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COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE- L'un des blocages au changement démocratique en Haîti

Par Lepetitjournal Haiti | Publié le 03/07/2016 à 22:00 | Mis à jour le 06/01/2018 à 23:23

 

 

 

 

 

L'histoire d'Haïti ressemble étrangement à une succession de rendez-vous manqués. Avec l'Histoire. Avec l'instauration de la démocratie. Avec le déclenchement d'un processus de développement économique, etc. À cet égard, les 30 dernières années constituent un parfait laboratoire pour ceux et celles qui veulent saisir les blocages empêchant le décollage.

 


La communauté internationale soutient la corruption qui l'arrange

Les zombies de la terreur diplomatique n'ont pas effrayé le gouvernement Privert qui a mis en place la CIEVE dont les travaux ont changé la donne en dénonçant la massive corruption des élections du 25 octobre 2015. La détermination des progressistes et démocrates haïtiens a fait reculer les forces de l'ombre retranchées au sein des Nations Unies, de l'OEA et du Département d'État. L'ambassadeur Ronald Sanders qui a dirigé la mission de Janvier/Février 2016 de l'OEA en Haïti s'est rendu compte que parmi les 30 organisations et partis rencontrés, seul le PHTK acceptait la corruption électorale des 9 août et du 25 octobre 2015. La réprobation était unanime, de Fanmi Lavalas à Pitit Desalin en passant par le Forum Économique du Secteur Privé (FESP) qui, en échange, est puni par les fusillades dirigées contre le Marriott, Digicel, Natcom, Berhmann Motors, Automeca, Sogebank à Delmas 30, dans la nuit du jeudi 23 au vendredi 24 Juin 2016. Quand à LAPEH du candidat Jude Célestin, ce parti a refusé de rencontrer la mission de l'OEA sanctionnant ainsi cette dernière pour avoir fomenté la corruption électorale qui a délivré en premier lieu l'absurdité du pouvoir de Michel Martelly en 2010. On ne le dira jamais assez, la corruption électorale est la mère de toutes les corruptions, en ce sens qu'elle s'attaque à la justice et à la dignité des citoyens en foulant aux pieds la volonté exprimée dans leur suffrage. Elle s'attaque aux droits de la personne en altérant également le sens des priorités nationales, régionales et locales au profit des pourris dans le commerce, l'armée, les douanes, les finances publiques, bref dans l'État.

En fonction de ces constats qui crèvent les yeux, l'ambassadeur Ronald Sanders a endossé les actions du gouvernement provisoire de Jocelerme Privert et demandé à la communauté internationale de donner les moyens à ce dernier pour qu'il reste dans les habits de président. Le gouvernement Martelly ayant mis la Constitution en veilleuse en n'organisant pas les élections, la prolongation du mandat de 120 jours du président Privert était inscrite dans le mouvement même qui a abouti à la création de la CIEVE. Pour Ronald Sanders, « le conseil électoral provisoire a dit qu'un nouveau calendrier électoral sera publié le 6 Juin. L'ONU, l'OEA, la CARICOM et les autres institutions de la communauté internationale devraient s'assurer que l'administration du président par intérim Jocelerme Privert ainsi que le conseil électoral provisoire respectent cette date et organisent les élections aussitôt que possible. Ces entités devraient aussi donner l'assistance technique dans tous les domaines qui sont nécessaires à cette fin [11]. »

Les partisans du statu quo et de la continuation du pouvoir Martelly à travers la présidence de Jovenel Moïse ont recouru alors à la violence pour tenter d'empêcher au président provisoire Privert d'habiter la fonction présidentielle. Au sein du Parlement, cette offensive est menée par la minorité de blocage des 3 sénateurs et 39 députés mal élus qui appliquent au gouvernement Privert la même logique que le gouvernement Martelly a utilisée pour appuyer la candidature de Jovenel Moïse du PHTK. Les réunions de l'Assemblée nationale des 21 et 28 Juin 2016 montrent clairement que leur réquisitoire contre Privert et pour demander sa démission est manifestement exagéré.

Comme le dit Abraham Lincoln, «  Il ne faut pas changer de cheval au milieu de la rivière  ». D'hypothèses en théories, de constructions en affabulations, tous les partis tels que PHTK, AAA, KID, etc. qui s'étaient donnés la main pour empêcher la création de la CIEVE ont fini par se raviser et accepter l'annulation du premier tour du scrutin présidentiel du 25 octobre 2015. Mais les 3 sénateurs et 39 députés qui sont l'objet de contentieux signalés aux pages 18 à 28 du rapport de la CIEVE font une ultime man?uvre afin d'éviter que leur mandat soit mis en pièces par le nouveau Conseil Électorale Provisoire (CEP) qui examine leur situation au cas par cas. En clair, le bateau des élections d'octobre 2015 a échoué sur les récifs et la participation de tous les secteurs aux nouvelles élections programmées pour le 9 octobre 2016 démontre la volonté d'éviter que la société haïtienne ne devienne le radeau de la Méduse. On se rappelle que l'incompétence du capitaine de ce bateau avait conduit à un désastre et condamné les survivants au cannibalisme.

Le Conseil Électoral Provisoire (CEP) de Pierre-Louis Opont qui avait organisé les élections du 9 août et du 25 octobre 2015 avait renoué sans le savoir avec la bonne vieille méthode orchestrée par Nord Alexis et Boisrond Canal lors des élections de 1902 qui avaient ravi la victoire à Anténor Firmin au profit de Nord Alexis. En effet, le général Nord Alexis décide le 27 Juin 1902 de confisquer toutes les cartes électorales et d'organiser des élections frauduleuses. Le poids de cette histoire de Nord Alexis sur notre présent est très lourd. De ce fait, il vaut mieux la connaître pour juger ce qui se passe aujourd'hui. Toutes les élections depuis lors sont la reproduction des man?uvres déloyales pour favoriser un candidat.

À ce sujet, Le Nouvelliste dans son numéro en date du 27 juin 1902 rapporte les faits suivants : « Diverses lettres du Cap dénoncent la conduite du Général Nord Alexis, délégué du Gouvernement dans les départements du Nord, du Nord-Ouest ; il a déclaré au Cap et à Port-de-Paix qu'il est muni des pleins pouvoirs du Gouvernement provisoire, et, contrairement au décret du 26 Mai et à nos instructions, il a révoqué le commandant de l'arrondissement de Port-de-Paix, maintenu le général Jean-Gilles à son poste temporaire. En outre, il a ordonné aux chefs des corps militaires de préparer les matricules de leurs régiments pour aller prendre des cartes d'élection et de les lui apporter. Les mêmes ordres ont été donnés, comme sous le gouvernement déchu, à tous les chefs de postes militaires. Il a demandé tous les commandants d'arrondissement et de communes pour leur imposer ses candidats à la Députation. Enfin il a déclaré que les élections devaient se faire militairement ? malheur à ceux qui résisteront. »

Les nouvelles générations de 2016 ne connaissent pas les origines de la décadence actuelle héritée du duvaliérisme. Ce fut aussi le cas pour la nôtre qui, grandissant sous ce régime d'éteignoir, ne connaissait rien des années consacrant la débâcle de l'intellect dans cette guerre au cours de laquelle les forces émancipatrices d'Anténor Firmin sont vaincues par celles réactionnaires du général analphabète Nord Alexis. Les ouvrages tels que Anténor Firmin de Jean Price-Mars paru en 1964, L'échec du firminisme de Marc Péan paru en 1987, et La déroute de l'intelligence de Roger Gaillard paru en 1992, n'étaient pas disponibles. 

 

[11] Ronald Sanders, « Haiti : No moving out and moving on », Caribbean News Now, June 3, 2016

www.alterpresse.org

Extrait de « Les blocages au changement démocratique en Haïti »

Leslie Péan

Lundi 4 juillet 2016

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