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HOMMAGE - Mort du journaliste Silvio Herasme Peña

Par Lepetitjournal Haiti | Publié le 24/02/2016 à 10:00 | Mis à jour le 08/09/2017 à 14:40

 

Nous avons appris la mort de Silvio Herasme Peña, survenu aujourd'hui en République dominicaine. Silvio était l'un des dix premiers Dominicains diplômé en Communication sociale en 1966.

L'éminent journaliste a été ambassadeur de la République Dominicaine en Haïti, en Colombie et en Uruguay. Il  avait réussi à défier l'oppression en République dominicaine,  ce qui lui coûta un séjour en prison  en 1974 , avec son beau frère le fameux journaliste Huchi Lora . « Il était un soldat d'une étape lumineuse du journalisme dominicain » a dit de lui le célèbre journaliste  Juan Bolivar Diaz. Le Petit Journal.com/Haïti présente ses condoléances à sa veuve et à ses enfants et publie une traduction libre de son avant dernier article du journal Diario Libre.

 

Le dilemme haïtien

 

Silvio Herasme Peña

 

L'Académie royale de la langue espagnole définit «dilemme» comme une «situation dans laquelle vous devez choisir entre deux  options qui sont également bons ou mauvais, et  c'est précisément ce triste épisode qui traverse actuellement la République d'Haïti.

On ne peut pas comprendre Haïti comme on le ferait pour tout autre pays d'Amérique latine. Haïti est né à la suite d'une révolte d'esclaves, traumatisés par le traitement inhumain des colonisateurs. Seul au Brésil il  a connut  une autre rébellion d'esclaves qui n'a abouti qu'à fonder une petite république noire appelée "Zumbi dos Palmares", qui dura dix ans, mais finalement a été détruite  par les colonialistes portugais.

Le cas haïtien, selon certains spécialistes, est très différent parce qu'il s'agit d'un pays formé par des esclaves sans aucune attache avec la terre qu'ils ont libéré et sans rapport avec les pratiques des sociétés modernes de cette époque. L'école et la pensée politique a été remplacée par la barbarie si on considère le fait  sans précédent que le leader de la Révolution haïtienne Jean-Jacques Dessalines meurt dans un coup d'Etat militaire deux ans après la création de la République.

Haïti tourne -dans le Time-en contradictions, parce qu'une partie de la population libérée refuse de travailler pour d'autres ou pour les métisses affranchis qui prirent le contrôle de la société en supplantant les colonialistes. C'est t le phénomène de la «guerre de basse intensité »

Même Alexandre Pétion n'a pas pu convaincre les anciens esclaves de retourner au travail de la terre et c'est ainsi que la production du pays a commencé à décliner sensiblement.

Les esclaves voulaient donc retourner dans leur lointain et bien-aimé pays en Afrique, mais personne  ne voulut s'engager à les aider dans une telle entreprise et ceci ne laissa qu'une grande frustration.

Pas d'amour pour cette terre qu'ils détestaient pour y avoir été réduits en esclavage et traités comme des bêtes de somme, sans aucune perspective d'avenir, il ne leur restait que la révolte, l'une après l'autre. Le banditisme ou marronnage devint à l'ordre du jour et la production se réduisit au strict minimum, juste de quoi survivre.

Pétion perçut  toutefois le dilemme et commença à leur distribuer des terres et c'est ainsi qu'Haïti put restructurer sa production, mais sans jamais atteindre les niveaux de Saint Domingue, la colonie la plus prospère de France.

Le poète El Charro Francisco Dominguez avait bien compris quand il écrivit  son poème «Le Vieux Noir du Port ». Il n'a souligné que de la nostalgie avec ces mots :

« Vieux noir du port, retournes  en esprit à ta forêt sacrée.

Embarques-toi dans ta pirogue imaginaire fait de souffrances incohérentes.

Pleures sans consolation  dans cette nuit languissante

où seulement un million d'étoiles voient tes larmes.

Rêves inutilement, de ton retour en Afrique ».

 

Le coup le plus efficace contre la société haïtienne émergente fut l'enlèvement, l'emprisonnement et l'exil de Toussaint Louverture, qui mourût  de faim et de froid dans une prison au nord de la France.

Napoléon regretta ensuite avoir pris une décision si drastique et reconnût que Saint Domingue aurait dû être  régi par le charismatique Toussaint, mais il était trop tard pour lui, pour le leader anti-esclavagiste et pour le peuple haïtien lui-même. Les esclaves de la colonie française ne recevaient aucune éducation académique; Ils ne pouvaient ni lire ni écrire et  seulement que quelques-uns d'entre eux avaient accès à la connaissance, comme fut le cas de leur chef Toussaint qui à 40 ans ne pouvait pas encore lire ou

Ce peuple a été entrainé pour affronter un schisme entre l'Église catholique et le vaudou, qui est une foi animiste reposant  sur des pratiques très ésotériques et un autre entre ses leaders. Néanmoins, Haïti a survécu et a pu se réunifier après la mort de ses leaders Pétion a Port-au-Prince et Henri Christopher au Cap Haïtien.

Ces luttes ont toujours été caractéristiques de la société haïtienne qui souffre maintenant de l'intrusion de la politique américaine, de l'Union européenne et  de la "Black Caucus" ainsi connu, composée de leaders noirs du Congrès américain. L'instabilité d'Haïti aujourd'hui est le produit d'un conflit d'intérêts qui continue par l'entremise de l'ancien président René Préval et du nouveau Michel Martelly. L'un veut revenir au pouvoir avec son poulain et l'autre veut s'y perpétuer en y plaçant son secrétaire.

Survient entre temps le groupe "G-8"  qui préconise la légalité avant tout, mais les manifestations des rues semblent annoncer un fait que nous avons prédit il y a quelques années: Un groupe s'imposera à l'autre et établira un gouvernement  fort pour une vingtaine d'années. Ceci produira une certaine stabilité, mais aussi beaucoup de souffrance pour une population qui ne peut souffler et se divertir qu'en période de carnaval.

 La rédaction, www.lepetitjournal.com/haiti, le 24 février 2015

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