Après la Finlande, la Suède annonce sa candidature à l'Otan et une "nouvelle ère"

Par AFP | Publié le 16/05/2022 à 16:05 | Mis à jour le 17/05/2022 à 14:05

Emboîtant le pas à la Finlande, la Suède a officialisé lundi sa candidature à l'entrée dans l'Otan, un revirement historique de ces deux pays nordiques naguère non-alignés qui est une conséquence directe de l'invasion russe de l'Ukraine.

Après près de deux siècles de neutralité puis de non-alignement militaire, "nous quittons une ère pour entrer dans une nouvelle", a souligné la Première ministre suédoise Magdalena Andersson au cours d'une conférence de presse.

La Suède s'attend, a-t-elle déclaré, à être d'ici un an maximum membre de l'Otan, qui, quant à elle, tente de calmer l'hostilité de dernière minute affichée par la Turquie qui ne "cèdera pas" sur son refus d'une adhésion de ces deux pays nordiques à l'Alliance, a martelé lundi son président Recep Tayyip Erdogan.

"Comment allons-nous leur faire confiance ? La Suède est la pépinière des organisations terroristes(...) Nous ne cèderons pas sur l'adhésion à l'Otan de ceux qui appliquent des sanctions envers la Turquie", a martelé le chef de l'Etat turc, accusant de nouveau aux deux pays nordiques de faire preuve de mansuétude envers les rebelles kurdes du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) considéré comme une organisation terroriste.

L'unanimité et la ratification parlementaire des trente membres actuels de l'Alliance atlantique est nécessaire pour faire entrer un nouveau membre.

- La Russie prête à réagir -

La perspective d'une intégration de la Suède et de la Finlande à l'Otan "ne constitue pas une menace immédiate", a commenté lundi Vladimir Poutine, après plusieurs déclarations exprimant l'irritation de Moscou ces derniers jours.

Mais la Russie réagirait à des déploiements d'"infrastructures militaires" dans ces deux pays, a-t-il averti.

La Première ministre suédoise avait eu lundi matin des discussions avec les chefs de partis au Parlement, pour constater qu'elle y disposait d'une large majorité.

Avec la volte-face historique dimanche du parti social-démocrate au pouvoir, six des huit partis au Parlement suédois sont désormais en faveur d'une adhésion, représentant une majorité théorique de 304 députés sur 349, soit de plus de 85%.

Depuis le début de l'invasion russe de l'Ukraine, la Finlande a été à l'initiative concernant une adhésion à l'Otan, avec une Suède plus suiviste.

Seuls les membres de cette organisation bénéficient de son parapluie, pas les candidats, ce qui a poussé Stockholm et Helsinki à demander des assurances de sécurité à plusieurs pays de l'Alliance.

"La Suède va se retrouver dans une position vulnérable pendant la période d'adhésion", a souligné Mme Andersson.

Les pays nordiques voisins - Norvège, Danemark et Islande, tous trois déjà dans l'Otan - ont promis lundi d'assister la Suède et la Finlande "par tous les moyens nécessaires" en cas d'agression.

"Nous sommes voisins, nous sommes amis. Nous sommes impatients de devenir alliés au sein de l'Otan", a déclaré la dirigeante danoise, Mette Frederiksen.

Il faut que ces deux pays soient intégrés "dès que possible", a estimé lundi le Royaume-Uni qui est "prêt à leur offrir toute (son) assistance pendant le processus d'adhésion".

La France assure pour sa part qu'elle "se tiendra aux côtés de la Finlande et de la Suède" en cas d'agression.

- "Grave erreur" -

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Pour le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Riabkov, en revanche, la décision de la Suède et de la Finlande constitue une "grave erreur" dont "les conséquences auront une portée considérable".

Alors que le Kremlin a expliqué son invasion de l'Ukraine par le risque d'une expansion de l'Otan à ses portes, une adhésion de la Finlande rallongera de quelque 1.300 kilomètres les frontières terrestres entre la Russie et les Etats de l'alliance.

Avec la Suède en plus, la mer Baltique deviendrait un "lac Otan", en dehors des eaux russes au large de l'enclave russe de Kaliningrad et de Saint-Pétersbourg.

L'Eduskunta, le Parlement finlandais, examinait lundi la candidature présentée officiellement dimanche par l'exécutif, avant un vote qui interviendra au plus tôt mardi.

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Selon les derniers pointages des médias finlandais, au moins 85% des 200 élus vont voter oui.

"Le seul pays qui menace la sécurité européenne, et mène ouvertement une guerre d'agression, c'est la Russie", a clamé la Première ministre finlandaise Sanna Marin en ouvrant les débats. "Notre environnement de sécurité a fondamentalement changé".

Les candidatures officielles doivent être transmises au siège de l'Alliance atlantique à Bruxelles plus tard dans la semaine, Stockholm et Helsinki prévoyant de le faire simultanément, sans doute mercredi.

L'Otan avait assuré que les deux pays seraient accueillis "à bras ouverts", mais le président turc Recep Tayyip Erdogan est venu brouiller la perspective d'une unanimité sans difficulté, en se disant hostile à leur arrivée.

Une délégation diplomatique suédoise va être envoyée pour "voir comment la question peut être résolue", a annoncé lundi le ministre suédois de la Défense Peter Hultqvist.

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