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BILLET - Les turbulences de la vie exacerbées par l’expatriation ?

Par Lepetitjournal.com International | Publié le 18/02/2014 à 20:02 | Mis à jour le 19/02/2014 à 04:38

Marie-Paule est expatriée au Québec depuis une quarantaine d'années. Accompagnatrice du changement, elle s'interroge dans ce troisième volet sur les liens entre difficultés à bien vivre son expatriation et cycle de la vie

Lire les deux premières parties du billet de Marie-Paule Dessaint :

BILLET ? Rentrer ou rester ?
BILLET ? Le retour en France, une envie légitime à l'approche de la retraite ?

Le processus (naturel) d'individuation a pour but de rendre notre personnalité davantage authentique en lui permettant d'être moins divisée entre les demandes de l'extérieur (le travail, les obligations et les attentes à notre endroit) et l'appel de notre être intérieur. Il va nous libérer peu à peu de certaines entraves et de certaines exigences de notre environnement professionnel, social et affectif. Refuser cet appel, souvent pour ne pas en faire subir les conséquences à notre entourage, ou par négligence de soi, c'est s'assurer qu'il nous rattrapera à la prochaine étape de notre cycle de vie, souvent au moment d'entrer dans la retraite. Bixente, âgé de 44 ans qui a fait une relecture de sa vie dans mon dernier livre Relire sa vie, l'exprime bien : "Je n'ai pas agi pour ne pas casser la cellule familiale, pour aller jusqu'au bout de ma logique et de mes engagements. Mon énergie a alors baissé de plus en plus et s'est s'accentuée jusqu'à un burn-out. Cet épuisement, c'est probablement ce dont j'avais besoin pour prendre conscience que je me suis trop longtemps oublié. J'ai renoncé à trop de choses, il y trop de besoins qui ne sont pas satisfaits, j'ai fait trop de sacrifices".

Pour sa part, Alice, âgée de 62 ans m'écrit ceci à propos de son mitan : "C'est étonnant, mais cette relecture de vie m'apporte déjà une vision élargie de mon vécu actuel. Je n'avais jamais pensé relier ma soixantaine, au mitan de la vie. Mais quand je repense à mes 40 ans, où là, en effet, tout a commencé à être sérieusement chamboulé dans ma vie, je me rends compte que certains de mes questionnements actuels rejoignent ceux que j'ai eus à cette période. Passionnant!"

Alice est Québécoise. À près de 60 ans, elle est partie s'installer seule, en France. Ce rêve, elle le caressait depuis longtemps. Elle ne pense même pas à revenir au Québec, même si, sur le plan matériel, tout est loin d'être facile pour elle. Un autre de mes amis Québécois a également quitté sa conjointe, au seuil de la soixantaine, pour aller vivre 6 mois par année, en France, auprès de «sa blonde»!

Les étapes du cycle de la vie adulte et les tâches développementales

"On ne s'aperçoit pas toujours que l'on parcourt chaque jour un nouveau chemin". Paulo Coelho

Ce résumé des caractéristiques des étapes du cycle de vie de l'adulte et des tâches à accomplir à chacune d'elle avant de franchir la suivante est tiré de Relire sa vie, p. 20. Il permet de comprendre ce qui s'y passe en général pour la plupart des gens. Car, malgré nos différences individuelles, biologiques, psychologiques et sociales, les caractéristiques de chacun des stades sont assez semblables d'une personne à l'autre. Il peut être intéressant et révélateur d'analyser notre cycle de vie d'expatrié, à la lumière de ces étapes, surtout en période de turbulence.

  • 28 à 36 ans. Conquérir son autonomie et s'établir

Devenir autonome sur les plans affectif, social et professionnel. Se tailler une place dans le monde et s'affirmer, tout en faisant des compromis pour y parvenir.

  • 36 à 40 ans. Devenir un adulte à part entière

Continuer de gravir les échelons, mais le besoin d'autonomie (devenir soi-même) est de plus en plus pressant.

  • 40 à 45 ans. La transition vers le mitan

Faire le point sur le passé et vérifier ce qui reste à faire.

  • 45 à 50 ans L'entrée dans le mitan

Se renouveler pendant qu'il est encore temps. Faire de nouveaux choix de vie. Donner vie à ses rêves.

  • 50 à 60 ans. Le c?ur du mitan. Accepter de vieillir

S'adapter lucidement au vieillissement. Devenir plus souple, plus tolérant, plus chaleureux. Chercher à aider les autres, autant ses enfants que les inconnus.

  • 60 à 65 ans. La sortie du mitan. Vers la sagesse et l'intégrité

S'adapter à la soixantaine et aux problèmes de santé. Approfondir ses relations interpersonnelles. Poursuivre la générativité.

  • 65 ans et après. La vieillesse. Intégrité ou désespoir

Accepter son propre cycle de vie comme celui qui nous était destiné et que nous avons suivi délibérément. En fait, vieillir avec élégance et maturité.

Les turbulences exacerbées par l'expatriation?

Je me pose cette question. L'expatriation n'exacerberait-elle pas nos turbulences et nos remises en question, parce que nous ne sommes pas ancrés sur nos racines et nos repères, en plus d'être éloignés de nos familles? Cela me fait penser au camp de base de Scott Peck, dans son livre Le chemin le moins fréquenté? Le camp de base, c'est l'endroit, physique, psychologique et émotif où l'on peut reprendre des forces avant de repartir à l'aventure, comme le font les alpinistes dont la survie dépend d'ailleurs de la solidité de leur camp de base.

Je pense à cela parce que Bixente dont j'ai parlé plus haut est français. Son «drame» personnel, soit sa dépression, la rupture avec sa femme et la remise en question de son orientation professionnelle a eu lieu pendant son séjour au Québec, alors qu'il se trouvait, à 45 ans, en plein dans le mitan de sa vie. Son retour en France, seul, sans sa famille restée au Québec, mais proche de ses parents en France (son camp de base?), lui a permis de travailler enfin dans un métier auquel il rêvait depuis l'âge de 12ans, puis de retrouver l'amour. Rentrer en France a été tout à fait bénéfique dans son cas, même s'il y a laissé quelques plumes au passage.

«Au mitan de leur vie tout semble aller bien pour la plupart des gens, surtout dans la quarantaine et au début de la cinquantaine. Ils se trouvent au zénith de leur vie sur les plans de la carrière, du pouvoir personnel, des compétences et des relations. Leurs compétences professionnelles sont reconnues et recherchées, ils ont fondé une famille et mènent une vie plutôt confortable. Pourtant, un grand remue-ménage est en train de s'opérer de l'intérieur.
Ils commencent en effet à réaliser que l'essentiel de leur vie est derrière eux, qu'ils ont surtout consacré du temps et des énergies à bâtir une carrière et une famille, parfois seulement une carrière, au détriment de l'équilibre de leur vie. Ils ont fait des concessions et mis de côté des rêves et bien des pans de leur personnalité. Une vague d'insatisfaction les submerge souvent. Ils se sentent pris comme dans un étau tant les pressions et les responsabilités les assaillent de toutes parts. Dans la foulée, ils prennent conscience de la fuite du temps, de l'amorce du déclin physique, de la fragilité de la vie et même de la mort qui rode en arrière-plan alors que des gens de leur entourage commencent à disparaître.» (Extrait de Relire sa vie). Et ce n'est pas tout?

"Le midi de la vie est l'instant du déploiement extrême, où l'homme est entier à son ?uvre avec tout son pouvoir et son vouloir mais c'est aussi l'instant où naît le crépuscule" (Carl Gustav Jung).

Pourquoi relire sa vie par écrit

Ne comptez pas trop sur une oreille compréhensive pour entendre vos états d'âme.

Relire sa vie, c'est réaliser à la fois un bilan introspectif (Qui suis-je?) et rétrospectif (Qu'ai-je fait? Que suis-je devenu?) dans le but de mieux créer son avenir. On ne peut le faire en se contentant simplement d'y penser, entre les mille et une préoccupations du quotidien ou de s'expliquer auprès d'une oreille suffisamment attentive, quand on a la chance d'en trouver une. Relire sa vie, ce n'est pas, non plus, se limiter à coucher des faits sur papier, sans en faire ensuite une analyse approfondie pour répondre à nos interrogations.

L'écriture a quelque chose de magique, surtout si l'on dispose d'un ordinateur. Elle soulage la mémoire en permettant de déposer nos premières pensées, au fur et à mesure, sans se soucier de leur ordre. Puis, dès que les événements, les idées, les émotions et les égratignures de la vie reviennent à la conscience, de les ajouter là où on le souhaite. Le texte ainsi écrit peut être manipulé et réaménagé dans un ordre chronologique. Il est possible aussi de s'arrêter sur un moment particulier de crise ou de turbulence, de tristesse ou de colère, de doute ou de désenchantement afin de le disséquer jusqu'à en trouver l'origine, puis les moyens de le résoudre. Au fil de l'écriture? le fil directeur, le sens de notre vie, qui a guidé nos actions devient parfois évident. Des réponses aux questions que l'on se posait depuis longtemps arrivent comme par enchantement. Par exemple.

Qu'ai-je fait de ma vie jusqu'à présent? Comment l'ai-je menée? Qu'ai-je accompli? Suis-je devenue la personne que je devrais être grâce à mes talents et à mes compétences ? Ai-je pu réaliser tout ce qui était important pour moi ? Si non, qu'est-ce qui a manqué ? Que me reste-t-il à faire? À quoi devrais-je renoncer avant de continuer? Aurai-je encore le temps de corriger le tir et de réactualiser tout ce qui peut l'être encore ? Où en suis-je de mes ambitions?

En permettant d'évacuer tout ce qui est difficile à porter et à supporter, la relecture de vie apaise, explique, justifie, libère, réoriente et dirige. Cet exercice est exigeant, parfois difficile et long, mais, bien fait, il est toujours bénéfique.

Pour finir? Le radeau de Piem

Il y a quelques années, je participais à Paris, à un colloque sur le thème de la retraite (un de mes champs de compétences professionnelles). Piem, caricaturiste bien connu, auteur du livre Vive la retraite est sur place. Il me dédicace son livre avec une caricature, bien sûr. En un dessin, il a tout dit. Un radeau, sur l'océan, entre la France et le Québec et ces quelques mots : À Marie-Paule, la France, maman et le Québec, c'est la tendresse à partager.

Et, que ferais-je si j'avais une baguette magique? Je ferais émerger entre la France et le Québec, là où se trouve mon radeau, un tout nouveau continent. Tout ce que j'aime des deux pays y serait fusionné : la gentillesse et l'ouverture d'esprit et de c?ur de bien des personnes, les rapports humains sans complications, sans jugements et sans intolérance ni susceptibilité intempestive. L'administration sympathique et efficace, la culture, la bonne bouffe (mais pas la poutine!), les paysages majestueux, le froid d'hiver? un peu moins froid, l'accent universel, l'égalité entre tous, la tendresse? Je pourrais alors, enfin, quitter mon vieux radeau un peu radoteur.

Marie-Paule Dessaint pour www.lepetitjournal.com mercredi 19 février 2014

Marie-Paule Dessaint est auteur, conférencière, accompagnatrice du changement.
www.marie-paule-dessaint.com
Nouveau livre! Relire sa vie:  http://www.marie-paule-dessaint.com/index.php/livres.html



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