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BILLET – Le retour en France, une envie légitime à l’approche de la retraite ?

Par Lepetitjournal.com International | Publié le 13/02/2014 à 20:06 | Mis à jour le 26/06/2014 à 03:23

 

Marie-Paule est expatriée au Québec depuis une quarantaine d'années. Elle s'interroge sur son avenir dans la Belle Province : "des questions commencent à se bousculer dans ma tête. Où donc voudrais-je finir mes jours et être enterré(e)? Proche de ma famille qui se soucie si peu de moi (en apparence?) ou plutôt ici où j'ai vécu toute ma vie d'adulte et là où se trouvent mes principaux repères? Comment vais-je être traitée alors quand je serai vieille et, pire encore, si je perds mon autonomie? Je préfère ne pas y penser".

Retrouvez le début du billet de Marie-Paule : EXPATRIATION - Rentrer ou rester ? ici

En France, aujourd'hui, ma famille m'oublie un peu beaucoup, de plus en plus, surtout depuis la disparition de nos parents. Je ne suis pas invitée à des mariages, par exemple, pas plus que chez mes frères et s?urs depuis que la maison familiale a été vendue. Nous nous voyions, parce que nos parents nous rassemblaient à chacun de mes voyages. Aujourd'hui, je loue des studios. J'invite, mais tout le monde est trop occupé et fatigué (on vieillit!) ou, pire que tout, estime que cela coûte trop cher de se déplacer pour venir me voir à quelques centaines de kilomètres de chez eux. Pourtant, pendant près de 40 ans, j'en ai payé des billets d'avion pour venir les voir! Mais peut-être suis-je responsable de cet éloignement puisque mes habitudes de vie ont changé. Mes valeurs sont probablement trop nord-américaines? En compensation, j'ai, maintenant cette liberté de découvrir et de parcourir ce magnifique hexagone, à pied, le plus souvent, à chacun de mes voyages. Je ne pouvais pas le faire quand mes parents étaient encore de ce monde. Ils me manquent terriblement, bien sûr, mais cette liberté d'aujourd'hui me manquait à l'époque. Et puis, je suis accueillie à bras ouverts par d'autres gens.

Avec le recul, je réalise que mes velléités de retour définitif en France étaient toujours liées à des étapes de mon cycle de vie et à certaines de ses turbulences et remises en question. Par exemple, mon divorce, puis une autre séparation au moment où j'entrais dans le mitan de la vie, autour de la quarantaine, puis, au moment de prendre volontairement une retraite anticipée, à 54 ans, pour reprendre ma liberté et devenir travailleur autonome pour faire uniquement ce que j'aimais, loin de la compétition et de la précipitation.

La cordonnière mal chaussée !

J'accompagne des gens dans le changement alors que j'éprouve des difficultés à m'accompagner moi-même dans mon propre changement. Devrais-je rentrer ou ne pas rentrer en France, me poser définitivement ou tout recommencer encore et encore? Chaque fois que l'idée de faire mes valises me reprend, je pose la question à des amis français, expatriés eux aussi depuis longtemps ainsi qu'à des français qui n'ont jamais quitté leur pays tant ils s'y sentent bien. Tous, sans exception, me conseillent de ne pas rentrer définitivement. Surtout pas! Je n'ose même pas reproduire ici certains de leurs propos. En revanche, lorsque je pose la question à des amis québécois expatriés en France, ils sont ravis. Ils aiment la France, les Français et tous les irritants qui vont avec. Ici, je ne peux pas parler de mes états d'âme autour de moi. On me répondrait, comme les expatriés l'entendent (trop) souvent encore : "Si t'es pas contente, rentre chez vous!"

photo © Jens Koenig/Corbis

Car il y a aussi ce côté de l'expatriation à long terme dont on ne parle pas, que l'on occulte tant il est tabou et risqué de l'exprimer ouvertement. Même si nous faisons tout pour nous intégrer, au point d'en perdre une certaine spontanéité (rester totalement soi et parler sans retenue), nous demeurons, pour plusieurs, des étrangers, des Maudits français, dans notre cas. Certaines personnes, pas toutes heureusement, qui ont encore l'expression dans la tête et dans la bouche, évaluent nos actions, nos comportements et, surtout nos insatisfactions et, pire encore nos succès et nos privilèges consécutifs à nos efforts, à la lumière de notre ancienne citoyenneté et de notre accent, même si nous possédons le passeport canadien depuis longtemps. Je me suis déjà fait dire par une de mes collègues de travail (un peu conne, il faut le dire) que Les Français viennent ici pour nous voler nos jobs. Ou encore, récemment, par une esthéticienne : Vous avez eu de la chance d'avoir pu vous faire opérer aussi rapidement par cet ophtalmologiste alors qu'il y a tant de bons Québécois qui attendent sur des listes d'attente. Il faut dire qu'au Québec, on est attiré par la France (tout le monde veut y aller et y réussir) et en même temps, c'est le pays que l'on aime le plus détester et critiquer. Ce ne sont, bien sûr, que des exceptions (parmi tant d'autres), mais, à la longue, ces irritants, ces signes de rejets en fait, deviennent insupportables et me donnent envie de rentrer à la maison, dans le confort un peu trop confortable de mes charentaises, comme j'aime le dire avec ironie. Car je déteste ce à quoi me font penser les charentaises.

Relire sa vie

Chaque pays est une richesse, la France y compris, à condition d'y vivre positivement et de savoir pourquoi on part et revient (ou pas !). Voilà donc la vraie question! Pourquoi partons-nous et pourquoi voulons-nous revenir en France. Pourquoi aussi, hésitons-nous à le faire. Ou encore, pourquoi ne le faisons-nous pas du tout alors que l'on en meurt d'envie. Nous oublions trop souvent d'analyser nos hésitations et nos errances, nos remises en questions, nos turbulences et nos difficultés, non seulement à la lumière de notre personnalité (Qui suis-je vraiment sous mes masques sociaux et professionnels?) mais aussi à celle des moments clés du grand cycle de notre vie, particulièrement lorsque nous entrons dans le mitan de notre vie alors que se déclenche le processus d'individuation. Puis, plus tard, à l'approche de la retraite et du vieillissement.

Lire la suite de ce billet ici : Les turbulences de la vie sont-elles exacerbées par l'expatriation ?

Marie-Paule Dessaint pour www.lepetitjournal.com vendredi 14 février 2014

Marie-Paule Dessaint est auteur, conférencière, accompagnatrice du changement.
www.marie-paule-dessaint.com
Nouveau livre! Relire sa vie:  http://www.marie-paule-dessaint.com/index.php/livres.html


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