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EXPAT - La famille, une bonne raison de rentrer en France ?

Par Marie-Pierre Parlange | Publié le 06/04/2018 à 13:00 | Mis à jour le 06/04/2018 à 16:19
famille expatriation retour en France

L'éloignement avec sa famille est l'une des causes principales de blues chez les expatriés. Quand ils doivent laisser en France leurs ainés qui poursuivent leurs études ou leurs parents vieillissants, cela peut se transformer en un vrai séisme affectif. De là à renoncer à la vie à l'étranger ? Pas si simple.

En avril, chez les expatriés, tout le monde commence à poser la question fatidique... "Vous partez ?". Et si certains préparent leur retour en France le coeur lourd, d'autres, qui restent, donneraient beaucoup pour retrouver l'Hexagone. 

L'expatriation est un vrai challenge pour une famille. S'adapter, recréer un cocon n'est pas si facile. On se console en se disant que c'est une expérience formidable, gage d'ouverture sur le monde, qui peut parfois même permettre de renforcer les sentiments familiaux : on partage une aventure ensemble, on grandit/mûrit ensemble, cela vaut bien de petits sacrifices ! Mais chaque famille a son histoire. Si pour certains la mobilité va de soi, pour d'autres, c'est un peu de la méthode Coué. Cet équilibre, si difficile à trouver parfois, peut être totalement remis en question par le cours de la vie.



Zut, il a eu son bac !

Hier encore, votre ainé faisait du tricycle. Cette année, il passe son bac. Ce sésame marque le début de la vie étudiante et donc, pour les expatriés, bien souvent, d'une séparation. Le mari de Mireille a été muté en Italie au moment où leur fille entrait en classe préparatoire à Lille, "qui plus est dans une région où nous avions passé quelques années mais où nous n'avions pas de famille. C'est la mort dans l'âme que nous sommes partis, inquiets de la laisser si jeune se débrouiller toute seule. Lourde charge de travail, pression des concours, lavomatic le weekend, plats surgelés, je culpabilisais beaucoup. Le pompon a été atteint lorsqu'elle a été opérée en urgence de l'appendicite, je n'ai pu me rendre sur place que le lendemain". Pourtant entre skype et internet, il semble que celle-ci n'ait pas souffert d'un syndrome d'abandon. "Elle ne s'est jamais plainte, je pense qu'elle était ravie d'être indépendante, cela lui a forgé le caractère. Finalement notre expatriation a avancé sa sortie du nid de quelques mois, car elle nous aurait quittés en intégrant son école de commerce. Il faut savoir accepter de les voir quitter notre giron, bien que ce soit toujours trop tôt ! C'est sûr, le syndrome des Tanguy ne nous a pas touchés".


Rentrer pour eux ?


Pour Isabelle, "après plusieurs années aux USA, le retour en France n'a pas été facile. Et pourtant ce retour fut, sans hésiter, un bon choix pour notre famille. Tout d'abord en priorité pour mes enfants étudiants. On croit à tort que parce que ses enfants sont bacheliers, ils n'ont plus besoin de nous. Ils sortent tout juste de l'adolescence plus ou moins bien vécue et ils sont face à de grands choix à faire. Ils ont vraiment besoin de nous sentir proches d'eux et de nous savoir disponibles."
Mais pour Cédric, de Singapour, qui a vu ses deux fils ainés quitter l'Asie pour une université canadienne, le problème ne se pose pas dans ces termes : "Rentrer en France ? Je ne vois pas pourquoi l'avenir de nos enfants se résumerait à la France. L'expatriation leur a, au contraire, donné des armes supplémentaires pour faire les études qui leur plaisaient, et ce n'importe où. Intégrer un campus canadien prestigieux est pour mes enfants une chance, ils sont ravis. Ils n'y auraient sans doute pas pensé si nous étions restés en France".


Marie, de Bangkok, expatriée multi-récidiviste, a toujours "été persuadée que de rentrer dès que notre ainé aurait son bac, afin de l'accompagner dans ses études. Maintenant que cette échéance se rapproche, je me rends compte que ce ne sera pas si facile, d'autant que selon ses choix d'orientation, on n'est pas sur d'atterrir dans la même ville. On fera au mieux, la vie que nous menons a des avantages et des inconvénients, il faut savoir être pragmatique. Si c'est trop compliqué pour nous professionnellement de rentrer, j'espère que l'on pourra au moins se rapprocher, sinon le confiera sûrement à ses grands-parents. Mais cela risque de me faire un sacré coup au coeur...".


Les grands-parents, toujours prêts !

Quand les parents sont à des centaines, voire des milliers de kilomètres de distance, il est bon de pouvoir compter sur la famille, et les grands-parents sont souvent ravis de s'occuper de leur petit exilé enfin de retour. Seul bémol, la soif d'indépendance de la jeune génération n'est pas toujours en harmonie avec les principes et l'inquiétude des anciens. Un paramètre important à prendre en compte. "Les tensions entre notre fils, étudiant en architecture, et mes parents sont très vite apparues. Notre fils occupait une chambre dans leur petit appartement parisien, mais avait du mal à ranger ses chaussettes et surtout à se plier aux horaires des repas. Sans parler des nombreuses soirées, qui rendaient mon père insomniaque, fou d'angoisse. On a fait un conseil de famille à Noel, et nous avons loué une chambre de bonne pour Jérôme. C'est plus spartiate pour lui, il a un budget à gérer, mais c'est aussi une bonne façon de le responsabiliser. Maintenant il vient volontiers diner chez Papy et Mamie le weekend, quand il veut se requinquer."

La famille de France apporte le plus souvent une aide précieuse à l'enfant séparé de ses parents. Il est important d'avoir un véritable relais afin de pouvoir être rapidement mis au courant et intervenir en cas de coup de blues. "Avec le décalage horaire, on peut passer à côté de quelque chose, même si nous restons très disponibles et connectés en permanence sur skype, ou presque", estime Valérie, de Rio. "Ça me rassure de savoir comment ma mère a trouvé ma fille, si elle est gaie, fatiguée, amaigrie ou épanouie. En plus des retrouvailles lors des fêtes, où nous rentrons en France, mon mari profite de ses retours au siège pour la voir, et moi je rentre au moins deux fois par an pour passer du temps avec elle. Je profite à chaque seconde de ces moments privilégiés. C'est toujours trop court hélas, c'est très dur de repartir, mais ses petits frères me réclament aussi et je ne peux m'absenter trop longtemps".

La solitude

La séparation peut être pénible aussi pour les autres enfants, qui se voient privés de leur fratrie. Certains en profitent pour respirer, mais nombreux sont ceux qui vivent mal de rester seuls au centre de l'attention des parents, ou qui s'ennuient un peu sans leur complice. "Ma soeur s'est sentie un peu abandonnée car elle se retrouvait toute seule avec mes parents et sur ce point elle m'a parfois envié de faire mon lycée en France, explique Virgile, qui est rentré en France pour y faire sa seconde alors que sa famille habitait le Yémen. En foyer à Paris, après avoir fait toute sa scolarité à l'étranger, il a trouvé cette "assez dure. En France, je pensais avoir la même facilité à m'intégrer d'autant que j'avais vécu des choses différentes et je pensais pourvoir apporter à mes camarades une expérience nouvelle. Ça a été l'inverse. J'ai eu du mal à me faire accepter car à cet âge les jeunes peuvent être parfois ingrats et ils ne comprenaient pas ce que j'avais pu vivre. C'est un peu paradoxal mais la différence joue beaucoup à cet âge et sans parents je pense qu'il est plus difficile de s'intégrer." Après une année à Paris, "mes parents sont partis au Kenya et ils m'ont laissé le choix: soit je retournais avec eux là bas, soit je restais à Paris. J'ai décidé de rester, je m'étais habitué à mon indépendance et je préférais rester seul. Le foyer m'a beaucoup aidé ; il m'a permis de rompre l'isolement et de me créer un groupe d'amis plus facilement. Je crois que je n'aurais pas pu rester seul dans un appartement. Je suis tout de même allé voir mes parents, très souvent au début et deux fois par an depuis. Ils ont regretté, je crois, de m'avoir laissé le choix par la suite, mais ma petite soeur est restée avec eux".


Quand nos parents vieillissent...

Partir à l'étranger, c'est aussi quitter ses parents ! Et c'est plus ou moins facile selon qu'on les sait en bonne santé, bien entourés, ou au contraire malades et dépendants. Beaucoup d'expatriés sont préoccupés à l'idée de quitter leur famille. "Les récents ennuis de santé de nos parents respectifs nous font ressentir l'éloignement avec la France et nos proches plus que jamais et modifient sans doute un peu notre vision de l'expatriation", confie Claire, aux Etats-Unis. "Après quatre ans la distance est difficile surtout quand un décès dans la famille survient".

Après trois années en Thaïlande, Stéphanie et son mari ont décidé de rentrer en France pour se rapprocher des leurs : "Il nous paraît important de rentrer pour passer plus de temps avec notre famille. Pendant ces trois ans en Asie, je n'ai pas pu être autant que je le souhaitais aux côtés de mon père malade, je n'ai pu me rendre à l'enterrement de ma grand-mère, et j'ai manqué deux mariages. C'est un vrai regret. Je suis contente de pouvoir être plus près d'eux, de renouer le lien avec chacun et faire en sorte que mes enfants profitent de leurs grands-parents. Il aurait pu être envisageable de continuer l'expatriation si la distance avait été moins grande (maximum 5 heures d'avion) pour pouvoir rejoindre plus facilement Paris en cas de problème ou pour une grande occasion. Nous repartirons peut-être vivre à l'étranger dans quelques années?"

La distance peut renforcer le sentiment d'impuissance en cas de souffrance d'un parent, ou de séparation d'avec un enfant. Les difficultés de la famille sont l'une des causes principales d'échec d'expatriation. Une expérience de vie à l'étranger mal vécue peut entrainer des bouleversements et des frustrations importants, au point de remettre en cause la réussite de cette aventure. Le dialogue au sein du couple et au sein de la famille est crucial avant toute prise de décision. Il faut probablement dans certains cas renoncer à une expatriation quand, à l'analyse, les sacrifices, les difficultés et les risques sont perçus comme trop lourds.

(réédition)

Marie Pierre Parlange

Marie-Pierre Parlange

Diplômée de l'EM Lyon, de chinois et d’Histoire de l'Art, elle a vécu de nombreuses expatriations, de Milan à Singapour en passant par Istanbul, Casablanca, Pékin ou Bangkok. Elle a rejoint lepetitjournal.com en 2008 et en est la directrice éditoriale.
1 Commentaire (s)Réagir
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SoHa ven 06/04/2018 - 08:30

Merci pour cette article qui reflète bien la réalité de la séparation et les différentes situations. Dans notre cas, notre fils a quitté Singapour pour rentrer en France à 17 ans et effectuer sa prépa intégrée en résidence étudiante. Nous avions tous décidé que ce serait moins stressant qu'une prépa classique et nous n'avons pas regretté ce choix. Un an après, nous sommes retournés en France avec notre fille, pas très loin de son frère mais dans une ville différente. Elle y a effectué sa 1e et maintenant qu'elle va passer ses concours après 2 ans de prépa, mon mari a accepté un nouveau poste à Shanghai car c'était le "bon" moment de repartir. Cette expatriation sera différente car sans enfant. Ils viendront nous voir et nous irons les voir, nos vies seront à distance mais le lien est fort et heureusement que Skype ou autre existe !

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