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Francophonie : le grand remue-ménage se poursuit

Par Justine Hugues | Publié le 14/02/2018 à 18:24 | Mis à jour le 22/02/2018 à 11:17
Photo : Capture d'écran du site "Mon idée pour le français"
francophonie

Une conférence internationale sur la francophonie et le plurilinguisme dans le monde s’est ouverte aujourd’hui à Paris. Quelques semaines après le lancement d’une plateforme citoyenne, avec 8 ateliers en 36 heures, la pêche aux idées s’accélère. Objectif : alimenter le « grand plan » qu'Emmanuel Macron doit annoncer le 20 mars. 

 

Kinshasa capitale de la francophonie ? C’est le scénario le plus probable pour 2050. Selon les données de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), la République Démocratique du Congo pourrait devenir à cette date le plus gros pays francophone, et l’Afrique concentrer 85% des locuteurs de la langue de Molière.  Or, pour Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Europe et des affaires étrangères, « on se projette encore insuffisamment comme francophone ». Pour y remédier, quoi de mieux qu’un grand ménage de printemps dans les institutions et les idées. « Elle doivent être décapantes, n’en déplaise aux grincheux » ironise le ministre. 

 

Sortir d’une bataille stérile entre les langues

Pour beaucoup de participants au colloque, on a passé les dernières décennies à critiquer le monopole de l’anglais et à opposer les langues entre elles, quand il faudrait penser complémentarité. « L’expansion de l’anglais a suivi l’hégémonie économique de la Grande Bretagne, puis des Etats-Unis », nous dit Michel de Rosen, PDG de Faurecia. « C’est irrésistible ; on ne va pas terrasser l’anglais. Il nous faut penser une combinaison en général, et dans le monde des affaires en particulier ». 

Propos abondés par Michaelle Jean, Secrétaire Générale de l’OIF pour qui « la démocratie internationale et la langue unique sont incompatibles. On ne peut pas imposer à tous des concepts véhiculés dans la langue de quelques uns  ». 

La défense des langues locales contre le français, qui a souvent accompagné les décolonisations, est une réalité encore vivace dans nombre de pays francophones. L’écrivaine Kaouther Adimi, Algérienne lauréate du dernier prix Renaudot des lycéens, en a fait l’expérience.  « Mes parents sont des arabophones extrêmement engagés dans la défense de leur langue, mais comme j’avais vécu en France entre 4 et 8 ans, c’était fichu, j’y avais pris goût.  Pour moi, la littérature ce n’était qu’en français, alors une fois revenue à l’école algérienne, j’étais comme une gauchère à qui on impose d’écrire à droite ». 

 

Désolidariser le français d’une France élitiste

Pour donner un coup de neuf à la francophonie, rien de tel que de lutter contre l’image dont elle pâtit, celle d’une langue élitiste et inflexible. Pour Tim Horvat étudiant slovène multilingue, « la réalité de l’apprentissage du français, basé sur la grammaire presqu’exclusivement, en fait quelque chose de sophistiqué, voire inabordable. A coté, l’anglais semble plus confortable ». La solution, selon lui :

il faut faire du français une langue plus relax 

Relax mais surtout accessible financièrement. Dans beaucoup de lycées français à l’étranger, les frais de scolarité sont rédhibitoires pour beaucoup de résidents locaux. « Pour une famille algérienne, les mensualités à payer sont l’équivalent du salaire minimum. Cela contribue à perpétuer l’idée que le français est destiné à une élite », commente l’écrivaine Kaouther Adimi.   

Pour Corentin Emery, jeune Français ayant fondé sa maison d’éditions visant à dénicher les talents francophones, il est grand temps de dissocier la francophonie de l’Hexagone, pour en faire une communauté vivante, entrepreneuse. « Ce n’est pas la langue qui est ringarde, ce sont toutes les personnes qui n’arrivent pas à capter les initiatives de la société civile ». 

Chez les réformateurs de la francophonie, diagnostic et prescription sont partagés : faire du français une langue tournée vers l’avenir, vectrice d’opportunités économiques et professionnelles, flexible et inclusive.  Alors, par où commencer ?

 

Des idées pour le français, il y en a déjà un paquet

Depuis le lancement, le 26 janvier, de la plateforme participative Mon idée pour le français, 3000 propositions ont été collectées. Eurovision en français, fonds de soutien aux jeux vidéos éducatifs francophones, carte permettant aux entrepreneurs francophones de trouver des espaces de travail partagés partout dans le monde…Beaucoup ont été sensibles à l’appel d’une langue française convalescente. 

Venant principalement du Maghreb et de l’Hexagone,  ces propositions,  associés à celles du colloque, viendront nourrir le grand plan pour la francophonie. Il n’est pas trop tard pour participer ; le dossier qui sera remis au Président Macron n’en est plus à quelques milliers de pages près…

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Justine Hugues

Justine Hugues

Après avoir travaillé 8 ans dans l’aide humanitaire et au développement (en Amérique Centrale, République Dominicaine et Birmanie) elle s'est reconvertie dans le journalisme avec l'ESJ Pro. Elle fait aujourd'hui partie de l'équipe de rédaction à Paris.
8 CommentairesRéagir
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Pas sam 17/02/2018 - 11:18

Effectivement les lycées français sont très chers, mais aussi les cours dans les alliances françaises à l'étranger, je l'ai vu en Turquie, or il y a une vraie demande. Pourquoi ne pas faire appel davantage à des étudiants assistants (on le fait pour certains pays en Chine par exemple pour autant que je sache) qui pourraient compléter leur cycle d'études par ce qui serait validé comme un stage professionnel, payé et logé. Dans ce cas les alliances françaises pourraient proposer des cours à un prix beaucoup plus accessibles.

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Pas sam 17/02/2018 - 11:14

Mon idée pour la promotion de la francophonie: mieux associer les universités françaises à la francophonie dans le monde, établir des ponts, des liens entre les étudiants et les alliances françaises dans le monde, réserver dans les cursus de langue et littérature française (et dans d'autres départements) des cours/présentations/conférences etc.. sur la francophonie.

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CRIPQ jeu 15/02/2018 - 23:27

En tant que président du Comité des relations internationales du Parti québécois, je partage particulièrement tout ce qui concerne le développement de la francophonie en Afrique et l'importance d'établir des ponts entre tous les pays francophones. C'est ce que je m'engage à faire au cours de mon mandat. Richard Leclerc, Québec

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JDBNice jeu 15/02/2018 - 11:29

Nicolae a raison de montrer son idée pour le français. Voici la mienne : Mon idée pour le français est « la minute de la francophonie dans le monde » : Chaque jour, toutes les chaînes de radio et télévision publiques francophones diffusent un message, sélectionné par TV5monde, provenant d’une alliance française, d’une ambassade, d’un centre culturel, d'une école, d’une entreprise… d'Asie, d'Afrique, d'Océanie, d'Amérique, d'Europe, témoignant du rayonnement et des besoins du français pour aider les francophones et donner aux autres l'envie d'apprendre le français. Pourquoi : Médias parisiens trop peu attentifs à la francophonie, aux Francophones hors hexagone, aux apprenants de français dans le monde. Trop d’anglicismes dans la vie commerciale et touristique en Europe et ailleurs. Plurilinguisme en danger par l’hégémonie coca-cola et surtout par le zèle ou la résignation des non-anglophones à donner la primauté à l’anglais sans effort pour les autres langues. Et comme la langue véhicule les valeurs, chaque peuple perd ainsi les siennes et s’inféode aux dominants.

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justine.hugues jeu 15/02/2018 - 15:47

Merci beaucoup pour vos idées. N'hésitez pas à les déposer sur la plateforme Mon idée pour le français, afin qu'elles puissent être prises en compte.

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