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Entre socialisme et salsa, les survivants du rock cubain

Par AFP | Publié le 12/07/2019 à 07:05 | Mis à jour le 12/07/2019 à 09:35

Ils ont survécu à des décennies de marginalisation, accusés de "détournement idéologique" car ils jouaient "la musique de l'ennemi". Les rockeurs cubains ont désormais les cheveux blancs, mais ils ont fini par trouver leur place sur l'île du socialisme et de la salsa.

Symbole de ces temps meilleurs, La Havane fête cette année la journée internationale du rock, le 13 juillet, avec trois jours de concerts. Treize groupes joueront dix heures chaque jour au Maxim Rock, siège de l'Agence cubaine du rock.

Rien à voir avec la façon dont ont longtemps été perçus les rockeurs à Cuba: cheveux longs, jeans moulants et bracelets en cuir, ils étaient bien loin de l'image de "l'homme nouveau", sérieux et travailleur, vanté par la révolution de Fidel Castro.

Pourtant, une grande majorité d'entre eux n'ont choisi ni l'exil ni la dissidence, préférant rester sur l'île pour mener une vie austère consacrée à leur musique.

Aujourd'hui, certains sont chauves, d'autres un peu enrobés, mais on les voit encore régulièrement sur scène, dans une dizaine de salles de La Havane.

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Roberto Diaz, 48 ans, qui porte un bouc blanchi par les années, est de ceux qui ont essayé de faire du rock à la fin des années 80.

"Je faisais partie des jeunes que l'on arrêtait tout le temps dans la rue, par exemple pour me demander mes papiers ou m'emmener au commissariat de police si je me baladais avec une guitare ou un clavier", se souvient ce guitariste, qui part en août pour une tournée européenne commençant par la France, avec son groupe Animas Mundi.

- "Musique de l'ennemi" -

"C'était dur, il n'y avait pas les mêmes conditions qu'aujourd'hui", renchérit Virgilio Torres, 62 ans, chanteur du groupe Vieja Escuela (Vieille école).

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Le rock est arrivé à Cuba depuis les Etats-Unis en 1955, quatre ans avant la révolution. La confrontation politique et idéologique entre les deux pays n'a pas tardé et dès 1962, Washington a appliqué un embargo économique contre l'île, toujours en vigueur.

Dans ce contexte, le rock "a été parfois vu comme du détournement idéologique", raconte Virgilio.

La diffusion de rock sur les radios et télés cubaines a ainsi été interdite entre les années 60 et 80, avant d'être ensuite peu à peu tolérée.

"C'était la musique de l'ennemi car on chantait en anglais, cela a créé de la confusion. Après, (les autorités) se sont rendu compte que non, (ce n'était pas ça), bien des années plus tard. Mais on avait déjà privé de leurs instruments beaucoup de musiciens", regrette-t-il.

Pour continuer à jouer, les rockeurs de l'île ont dû faire preuve d'ingéniosité.

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"On construisait les instruments, les enceintes, la batterie... avec les câbles téléphoniques, on fabriquait les cordes de guitare; avec les combinés de téléphones on faisait des micros adaptés, avec du bois on faisait des enceintes", se rappelle Aramis Hernandez, 62 ans, batteur et leader du groupe Challenger.

En 1990, l'Union soviétique s'effondre et Cuba perd son principal soutien. L'île traverse alors sa pire crise économique, connue comme la Période spéciale.

- Porte "à moitié ouverte" -

C'est à ce moment-là que le rock commence à y déployer ses ailes. Le "Patio de Maria", espace de concerts à l'air libre, est ouvert à un endroit très symbolique: près de la Place de la révolution de La Havane, le coeur politique de Cuba.

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Les premiers groupes professionnels y jouent, tandis qu'un vent nouveau souffle: Fidel Castro inaugure en 2000 une statue de John Lennon, un bar dédié au rock s'ouvre, El Submarino Amarillo (Le sous-marin jaune), et plusieurs centres culturels d'Etat commencent à accueillir cette musique autrefois subversive.

Cela a permis d'"entrouvrir" la porte, "mais il reste encore beaucoup à faire", estime Aramis Hernandez. "L'accès aux programmes de télévision et de radio s'est amélioré, mais nous n'en sommes encore qu'au début".

La porte est "à moitié ouverte", dit aussi Virgilio Torres, en reprenant la même image. "Car, par exemple, les maisons de disques ne s'y intéressent pas".

Le Norvégien Steinar Seland, 50 ans, est arrivé à Cuba dans les années 1990. A cette époque, le rock "était toujours un phénomène marginal, et il le reste un petit peu".

Leader de Vieja Escuela, il rappelle aussi une évidence: "Bon, nous sommes sur l'île de la salsa, non ?" Sans oublier le succès grandissant du reggaeton.

Mais le rock cubain garde ses fidèles. "Il y a un public qui a commencé à revenir, ceux qu'on appelle les tembas", c'est-à-dire les vieux, qui par nostalgie et envie d'écouter enfin librement du rock, se pressent aux concerts, remarque Virgilio Torres.

"C'était des gamins hippies ou amateurs de rock. Maintenant, ce sont des architectes, des médecins, des personnalités, des musiciens, parfaitement intégrés à la société. Tout le contraire de ceux des années 60 et 70". Et même si l'audience reste limitée, "cela nous rend heureux".

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