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Karl Callan : "gagner ce referendum et se battre pour l'égalité"

Par Jean Dubas | Publié le 18/04/2018 à 20:26 | Mis à jour le 19/04/2018 à 13:37
callan

Disponible depuis le 6 avril sur Internet, « Repeal » est un court métrage qui, comme son nom l’indique, a pour but de récolter un maximum de votes en faveur de la légalisation de l’avortement lors du référendum du 25 mai prochain. Ce film d’une douzaine de minutes s’inspire d’histoires vraies racontées par des femmes et des médecins victimes du 8e amendement de la Constitution. Ce dernier rend illégal toute forme d’avortement sauf si la vie de la mère est en jeu. Pour en savoir plus sur ce court métrage, son origine et ses enjeux, nous avons donc rencontré Karl Callan, son réalisateur de 39 ans, originaire de Dublin.

 

 

Lepetitjournal.com : Pour ceux qui n'auraient toujours pas vu ce film, pouvez-vous faire un petit teasing ?

 

Karl Callan : Ce film a été fait avec l’intention de souligner pourquoi le huitième amendement de la constitution irlandaise est dangereux pour les femmes en Irlande. Nous voulons tendre la main aux électeurs indécis et à ceux qui pensent que leur vote ne compte pas ou que le débat lui même n’a pas d’importance. C’est aussi la raison pour laquelle nous avons mis ce film en ligne dans le but de rapporter autant de « OUI » que possible. Le film est basé sur des vrais témoignages, aucune histoire n’est fictive. Je voulais vraiment montrer aux gens ce qui se passe et les difficultés auxquelles les victimes font face.

A-t-il été difficile de trouver des personnes pour rendre ce film possible et avez-vous tenté de démarcher des acteurs célèbres pour avoir un plus gros impact ?

J’ai financé ce film avec mes propres moyens donc nous n’avions aucun budget. Il s’agissait de trouver une équipe d’acteurs convaincus par la nécessité l’abrogation du huitième amendement, des personnes qui étaient prêtes à donner de leur temps. Je n’ai essayé de convaincre aucun grand nom du cinéma, je souhaitais juste travailler avec une équipe que je connaissais déjà, des personnes en qui je pouvais avoir confiance et dont les performances seraient crédibles.

 

Combien de victimes avez-vous rencontré et combien de temps ont pris les recherches nécéssaires à la réalisation du film ?

 

J’ai commencé par chercher des témoignages sur des sites internet pour me renseigner sur les différentes possibilités de scénarios. Mon approche initiale a été de savoir comment les victimes avaient pu être affectées physiquement et mentalement. J’ai ensuite discuté avec des amis et de la famille puis avec d’autres personnes qui ont traversé cette épreuve pour au final avoir un tas d’histoires différentes. J’ai aussi échangé avec deux professionnels de la santé, un médecin généraliste et un docteur de l’hôpital de Dublin. Cependant, il faut savoir que trois histoires dans le film ne représentent pas trois personnes en particulier, c’est une combinaison d’une série de témoignages. Je voulais vraiment me concentrer sur la santé mentale des victimes plus que sur leur santé physique, pas seulement me renseigner sur les répercussions immédiates de cet amendement mais sur ses conséquences futures. La pression et les envies suicidaires des victimes sont aussi les conséquences d’une absence de prise en charge médicale et psychologique. Ce type de témoignage est celui qui m’intéressait le plus.

 

Quand avez-vous senti la nécessité de prendre une telle initiative ?

 

Je me suis intéressé au débat sur le droit à l’avortement après la mort de Savita Hallapavanar en 2012. J’ai senti que j’avais un rôle à jouer quand j’ai su qu’il y’aurait un referendum sur la question. Je me suis dit : « Je vais faire un film qui montre réellement ce que vivent les victimes ».

 

Vous avez également rencontré des professionnels de la santé, comment ressentent-ils le fait de ne pas pouvoir venir en aide à ces femmes ?

 

Si le pays est divisé à l’approche du referendum, le monde de la médecine ne l’est pas autant. Quand vous vous plongez dans des années et des années d’études à comprendre comment venir en aide à quelqu’un seulement pour qu’on vous dise que vous risquez la prison si vous faites ce à quoi vous avez dédié votre vie, c’est très difficile.La séquence au milieu du film où l’on peut voir les docteurs en pleine discussion autour d’une table est très représentative de cet aspect du débat.

 

Quel témoignage vous a le plus touché ?

 

Celui une femme victime de fausses-couches répétées. Une fois, on l’a informée des mois à l’avance que son enfant ne survivrai pas plus de 24 heures après la naissance et elle a pourtant été obligée de le porter jusqu’au bout. Cette femme est ensuite retombée enceinte et a de nouveau été victime d’une fausse couche, cette série de malheurs m’a vraiment touché.

 

Avez-vous rencontré des détracteurs ? Quels sont leurs arguments et avez-vous reçu des menaces ?

 

J’ai essayé d’approcher des gens qui ont refusé de participer au projet et il faut respecter cela. En revanche je n’ai aucun respect pour ces gens qui arborent d’horribles images dans la rue à la vue des enfants. Je n’ai pas personnellement reçu de menaces mais sur notre page Facebook il y’a beaucoup de commentaires qui nous reprochent d’être des « assassins ». En général je ne réponds pas à ce genre de commentaires car cela se termine souvent en débats stupides. 

 

Voici l'un des commentaires que l'on peut trouver sur votre page Facebook : "J'attendais énormément de ce film mais au lieu de cela, il est sur-dramatisé". Qu'aimeriez-vous répondre à cette critique ?

 

Le but principal n’est pas de divertir l’auditoire, je voulais rendre ce film aussi réel que possible et c’est pourquoi, excepté à la fin du film, il n’y ni musique ni autre effet ajouté pour « sur-dramatiser » les histoires. Mon intention était vraiment de raconter ces faits tels qu’on me les a racontés. J’ai à disposition les enregistrements pour soutenir ce qui est dit dans ce court-métrage, pour montrer que tout est authentique.

 

Un autre internaute évoque la question des migrants. Selon lui, "les femmes migrantes sont disproportionnellement impactées dans les services de maternité en Irlande, leurs voix ne sont pas assez entendues et elles le sont encore moins dans ce film". Quelle est votre impression là-dessus ?

 

Comme je l’ai déjà mentionné auparavant, chaque histoire ne correspond pas à une femme en particulier. J’ai travaillé sans budget, j’étais donc très limité dans mes options, que ce soit au niveau du casting comme de tout ce qui concerne le film. Si j’avais eu plus de moyens, j’aurais pu me concentrer sur ce genre de profil mais mon idée principale était surtout de souligner la nécessité d’abroger le huitième amendement.

 

 

 

"Notre rôle à nous les hommes, dans ce referendum, ce n'est pas juste de rester derrière les femmes et de leur dire "allez-y, battez vous"

 

 

Au contraire, vous avez le support de beaucoup d'associations...

 

Absolument. J’ai rassemblé le soutien de beaucoup de groupes « pro-abrogation » tels que The Abortion Rights Campaign, Together for Yes, Termination for Medical Reasons, Lads for Choice ou Amnesty International Ireland. Tous ces groupes ont vu le film et l’ont partagé sur leurs réseaux sociaux parce qu’ils ont compris le but principal du court-métrage, c’est à dire abroger le huitième amendement. Ils pensent vraiment que ce film a la capacité de rapporter plus de votes pour le « OUI ».

 

Qu'est ce que vous aimeriez dire à ceux qui sont contre la légalisation de l'avortement ?

 

Qu’on doit gagner ce referendum et qu’on doit se battre pour l’égalité. Les gens doivent comprendre le danger que représente un tel amendement pour les femmes. On ne parle pas juste de droit à la vie, on parle de la liberté de choisir et des droits des femmes en général. Selon moi, ces personnes qui sont contre la légalisation de l’avortement pensent juste à sauver les vies des nouveaux nés, mais ils se trompent car le problème est bien plus large que cela. C’est pourquoi je crois qu’une vraie sensibilisation sera plus à-même d’apporter des votes pour le « OUI » à l’abrogation du huitième amendement. Je pense aussi que la plupart des personnes qui se disent contre cette abrogation n’ont jamais été touchés par cet amendement, mais ce n’est pas pour autant qu’ils ne doivent pas se sentir concernés.

 

Le mot de la fin ?

 

Je voudrais en profiter pour tendre la main aux hommes. J’ai parlé à beaucoup d’hommes qui m’ont dit : « c’est un débat qui concerne les femmes, ca ne m’affecte pas » et ça me rend fou parce que c’est un problème qui touche aussi bien les hommes que les femmes. Notre rôle à nous les hommes, dans ce referendum, n’est pas juste de rester derrière les femmes et de leur dire « allez-y, battez vous ». On doit se battre avec elles parce qu’il ne s’agit pas juste d’abroger un amendement, il s’agit de changer la société et le seul moyen d’y arriver sera d’avoir des hommes qui s’expriment pour les droits des femmes. Nous devons faire de ce pays un endroit plus sûr pour les femmes dans le futur.

 

 

Pour voir le court-métrage "Repeal", rendez-vous sûr :


Youtube

 

 

Ou Facebook

 

 

 

Photo : Karl Callan

Jean dubas

Jean Dubas

Master 1 de journalisme sportif (y'avait penalty sur Nilmar). Diplômé d'une Licence de langues étrangères appliquées. De Amiens à Dublin, en passant par Bogotá.
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