Mardi 28 septembre 2021
TEST: 2253

Sara Aqel, la jeune cheffe qui vous donnera envie de pousser la porte de Fi’lia

Par Marie-Jeanne Acquaviva | Publié le 27/06/2021 à 22:27 | Mis à jour le 28/06/2021 à 20:39
Sara Aqel

Impossible de ne pas céder au charme de Sara Aqel, la jeune cheffe de 25 ans à peine, à la tête du restaurant Fi’lia.

Avant même d’être convaincus par la maîtrise de sa cuisine – son vitello tonnato est une pure merveille de finesse, et la pizzetta fine aux topinambours une découverte ultra parfumée - ou d’être piqué de curiosité pour leur concept 100% féminin – nous y reviendrons en détail bien entendu – c’est le pétillement, la gentillesse, et la curiosité sincère dont elle fait preuve lorsqu’elle vous demande le plat que votre mère vous préparait pour votre anniversaire, et qu’elle bat les mains de joie car il est au menu ce jour-là. C’est la chaleur avec laquelle elle raconte les souvenirs gustatifs et culinaires de son enfance, si vifs qu’elle se mettait à sourire bien avant de pousser la porte de chez elle, grâce aux parfums évocateurs qui s’échappaient de la cuisine maternelle. C’est toute cette énergie, son enthousiasme mais aussi sa maturité, et sa détermination que nous allons essayer de vous transmettre, afin de vous donner envie de pousser la porte du Fi’lia, non pas par simple curiosité médiatique – un restaurant entièrement féminin ?! - mais simplement par envie : parce que… nous vous aurons donné faim !

 

fi lia dubai restaurant

 

 

Lepetitjournal.com/dubai : Fi’lia c’est un nom qui veut mettre en valeur la transmission de mères en filles : et d’ailleurs sur la carte vous jouez avec cette idée, il y a les recettes de la grand-mère (la nonna), plus traditionnelles, celles des mères (la mamma) et enfin celles des filles (la figlia) plus créatives… Quel est votre plus ancien souvenir culinaire ?

 

Sara Aqel : Nous avions un jeu avec ma sœur, j’étais vraiment petite à l’époque, 6 ans peut-être ? Et elle pariait avec moi, me proposant de me faire mon lit quelques jours de suite, si j’arrivais à reconnaître ce que ma mère avait préparé pour le repas avant d’entrer dans la maison, rien qu’en identifiant les parfums. Quand j’ai compris ce que mes sens olfactifs pouvaient accomplir ce fut une vraie découverte ! Et c’est encore ce qui me guide aujourd’hui :

ce que j’aime le plus ici, ce qui a peut-être le plus d’importance à mes yeux c’est…que ça sent bon ! Quand on entre, qu’on s’approche de notre four à pizza… mmh ! C’est irrésistible !

 

Vous avez toujours voulu être un chef ?

 

Oui, d’aussi loin que je me souvienne. J’ai étudié dans une école de cuisine, et j’ai très vite travaillé pour de grands restaurants dans des endroits incroyables comme le Jockey Club à Hong Kong, ou le Four Seasons, et plus récemment pour le « Torno Subito » de Massimo Bottura ici à Dubaï – c’était une expérience fantastique, j’y ai appris tous les jours quelque chose de nouveau, nous partagions nos repas chaque jour avant le service, et chacun dans l’équipe apportait une touche, une inspiration de sa région, j’ai adoré découvrir les mille nuances de la cuisine régionale italienne, des discussions à n’en plus finir sur quelle était la « vraie » version des gnocchi, du pesto ou des pâtes aux sardines, sans parler du vitello tonnato – dont j’ai d’ailleurs aujourd’hui ma propre version au menu de Fi’lia !… Nous cuisinions toujours les uns pour les autres et j’ai énormément appris : cela garde l’esprit ouvert.

 

Qu’est-ce qui vous a séduit dans le projet de Fi’lia, pourquoi avoir accepté ?

 

Je me suis sentie chez moi. Cela m’a frappé d’un coup en fait, dès que je me suis assise pour commencer à discuter du projet, j’ai eu comme une prise de conscience : tout au long de ma carrière, j’ai eu la sensation, le sentiment, d’avoir été freinée, retenue, que ce soit à cause de mon âge ou de mon genre. Qu’est-ce qui allait se passer dans un restaurant où j’aurais carte blanche et où je serais entourée uniquement de femmes ?! Qu’est-ce qui allait se passer si je me retrouvais engagée précisément pour ce qui dans d’autres circonstances avait pu poser problème ? Je me retrouve choisie bien entendue pour mon travail, mais aussi parce-que je suis une jeune femme, je suis la fille d’une mère et d’une grand-mère, j’ai grandi dans une sororité (nous sommes 4 sœurs), issue de la Méditerranée… En somme tout me parlait dans ce projet, je ne pouvais pas lui dire non !

 

Et aujourd’hui, maintenant que le projet est lancé, comment vous y sentez-vous ?

 

Nous en sommes au tout début, mais je suis très heureuse, les gens sont heureux, ils reviennent, et bien entendu nous avons devant nous tout l’espace nécessaire pour grandir et nous pousser en avant. J’adore travailler les plats de la méditerranée – nous ne sommes pas exclusivement italiens – et il m’est impossible de choisir mon plat préféré, ce sont tous mes enfants (rires) ! Grace à Massimo entre autres, j’ai appris à ne pas avoir peur de mes idées « dingues », il avait pour habitude de dire « c’est une idée un peu dingue… non ? Mais ne sommes-nous pas tous censés faire preuve de folie ? Allez, mets-moi ça sur une assiette qu’on voit ce que ça donne ! »… La morale c’est que rien n’est trop fou pour être cuisiné ! Ceci dit mon ambition pour Fil’lia c’est vraiment de faire grandir le restaurant de la façon la plus organique et harmonieuse possible, tout en transmettant vraiment ce sentiment de « foyer ». Mon idéal ce serait que partout dans le monde les gens de passage se disent que s’ils ont envie d’un repas qui leur rappelle la maison, ils cherchent un Fi’lia…

 

fi lia restaurant dubai

 

Ce sentiment de filiation que justement vous soulignez dans la carte… mais comment est-ce que le concept de « restaurant tout féminin » se traduit dans votre quotidien ?

 

Je ne me lasse jamais de cette question ! Chaque jour je pourrais y ajouter une nuance ou carrément une réponse toute nouvelle et différente de la précédente...

Les femmes sont les gardiennes, nous sommes celles qui sommes attentives aux détails, aux dates, aux nuances, je me souviens toujours des préférences d’un client, d’un habitué, un plat particulier…

C’est notre façon de travailler. Et de le voir prendre vie tous les jours c’est fantastique : chacune d’entre nous est différente, et toutes ces facettes s’additionnent au restaurant et c’est juste merveilleux. Bien entendu ce n’est pas un argument publicitaire, ou de la poudre aux yeux : c’est un choix profond, motivé par une conviction intime. Chaque année l’annonce des 100 meilleurs chefs me crispe… et les femmes ??? Moi ce que je veux un jour c’est être sacrée « meilleur chef » tout court, pas « meilleur chef féminin ! » Qu’est-ce que c’est que cet archaïsme, franchement, on pourrait faire mieux, beaucoup mieux aujourd’hui ! La vérité c’est que plus nous cherchons plus nous découvrons des femmes fantastiques, puissantes, créatives, et tout ça se répercute sur tout le restaurant : son ambiance, sa cuisine et mêmes ses vins !

 

C’est-à-dire ? Vous ne sélectionnez que des vignerons féminins ?

 

Oui nous choisissons des vins qui sont soit élaborés par des femmes, soit qui proviennent de vignobles appartenant à des femmes. Ce qui m’a appris combien inconsciemment je pouvais moi aussi répéter les biais du genre. Instinctivement on va vers les fournisseurs les plus connus, ou avec la meilleure presse. En réalité, d’aller à la recherche de femmes qui ont un produit particulier à défendre est super enrichissant. Elles se montrent pleines d’audace, de créativité, même les étiquettes de leurs vins sont différentes ! Nous avons travaillé pour un projet avec les whiskeys The Macallan, pour un dîner particulier, et nous avons trouvé un whiskey produit par une femme : une splendeur, un parfum incroyable et la couleur d’un lever de soleil ! Est-ce que je serais allé dénicher cette productrice instinctivement ? Je ne suis pas certaine, mais en tout cas je suis enchantée de la découverte, et de la faire découvrir au monde !

 

Je ne peux pas ne pas vous demander quel est le plat qui vient de votre mère, il y en a certainement un !

 

Le chausson de filo au fromage ! Et puis le couscous sous toutes ses formes : bien entendu quand elle a su que j’achetais mon couscous elle s’est scandalisée (rires) et m’a demandé si je voulais qu’elle m’envoie le sien… fait à la main : mon dieu quel travail titanesque !!!! Bien entendu elle m’envoie son za’atar (rires)… mais j’aime ça : cela fait partie intégrale de mon ADN en cuisine. C’est aussi ce que je veux transmettre : je veux que les gens qui viennent déjeuner ou dîner chez Fi’lia se souviennent de ce qu’ils ressentaient enfants, à la table de leur grand-mère ou de leur mère, qu’ils soient émus, emportés par les parfums et les saveurs, attendris et surtout ravis (rires) !

 

…difficile à ces mots de ne pas visualiser une image du film « Ratatouille » , où précisément le goût exact du souvenir d’enfance fait basculer le « méchant » critique culinaire dans le monde merveilleux des joies de la table !

 

Vous voulez rire ? Je l’ai vu des dizaines de fois, c’est mon dessin animé préféré (rires) !!!

 

Pour plus d'information sur Fi'lia 

Business lunch à 99 AED durant la semaine entre 12h et 15h

 

0 Commentaire (s) Réagir

Communauté

PORTRAIT D'ENTREPRENEUR

Jérôme Viricel : RECAPP, le recyclage gratuit et à domicile aux Emirats

Jérôme Viricel l’écologiste pragmatique qui vous fera recycler sans y penser, avec RECAPP, l’application de collecte gratuite de vos plastiques et canettes, lancée par Veolia.

Lifestyle

MODE

Un nouveau e-shop et déjà l’été chez La Suite…

Le célèbre dépôt-vente Dubaïote La Suite… a lancé le mois dernier son site de boutique en ligne. Vous pourrez ainsi retrouver tous les vêtements, accessoires, sacs et bijoux des marques tendance au jo