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RENAUD DE GONFREVILLE - La nouvelle génération des relations clients

Par Marie-Jeanne Acquaviva | Publié le 17/06/2018 à 18:45 | Mis à jour le 17/06/2018 à 18:53
renaud de Gonfreville

Une rencontre avec un entrepreneur vétéran de Dubaï, Renaud de Gonfreville, quelqu’un qui à l’image de ces proverbes asiatiques dont on n’apprécie la teneur que lorsqu’on a du vraiment faire face à des défis de taille, a su « voir dans les crises des opportunités », et qui aujourd’hui développe avec succès une jeune entreprise basée à Dubaï (Aswat Telecom) mais qui regarde déjà vers l’Europe, l’Asie et outre Atlantique.

 

 

Lepetitjournal.com/Dubaï  Quel est votre parcours, et quand êtes-vous arrivé à Dubaï ?

 

Renaud de Gonfreville : J’ai passé 15 ans dans une grande entreprise française, Saint-Gobain. C’est vers 2004 qu’en Europe on commence à entendre parler de Dubaï, ou plutôt du « phénomène Dubaï”. Cela pique ma curiosité. À l’époque je suis en poste à Milan et suis envoyé en mission de repérage. Il est rapidement clair à mes yeux qu’il faut implanter une société localement pour devenir un acteur de ce nouveau marché, et c’est comme ça qu’une nouvelle aventure familiale démarre aux Émirats. Tout s’est enclenché très rapidement et à partir de là, c’est un tourbillon qui n’a pratiquement jamais ralenti pendant les 14 années suivantes !

 

14 ans à Dubaï : vous êtes un vétéran ! Mais comment sont ces premières années ?

 

Donc nous avons monté la première division de Saint-Gobain (céramiques pour le secteur pétrolier, automobile, aéronautique, la construction) en plein âge d’or…. Couvrant le Middle East, l’Iran, le Pakistan et l’Afrique de l’Est.

Entre 2004 et 2008, les plus grosses difficultés étaient de trouver des gens de qualité et surtout de les garder. Les employés changeaient parfois d’employeur pour quelques centaines de dirhams et pour certains jobs, les salaires ont été multipliés par 3 en quelques années seulement. Nous devions également faire face aux pénuries de matières premières et à la saturation de nos usines, nous obligeant à anticiper les commandes très longtemps à l’avance.

Puis la crise est passée par là. En 2009 j’ai dû licencier 40% des employés que j’avais mis si longtemps à recruter et former….

 

 

Comment vivez-vous cette période : vous ne songez pas alors à laisser tomber et rentrer en Europe ?

 

Pas du tout: C’était une période certes complexe et difficile mais que personnellement j’ai trouvé aussi très intéressante d’un point de vue professionnel. C’est aussi une période de remise en question “que veut dire travailler dans un grand groupe en période de crise ?” Cela veut dire concrètement que nos concurrents plus petits vont avoir du mal à absorber la baisse d’activité, peut-être disparaitre, tandis que nous pouvons nous permettre d’attendre quelques temps le rebond des marchés et se donner une chance de prendre de nouvelles positions.

 

 

Qu’est ce qui va provoquer le changement dans votre vie professionnelle, qu’est ce qui va vous faire quitter ce grand groupe pour aller vers la vie d’entrepreneur ?

 

En 2010 c’est à mon tour de faire ma crise, non pas économique mais tout bêtement de la quarantaine. Saint-Gobain me propose alors de rentrer à Paris, mais je n’en ai pas du tout envie. Je démissionne et part faire un MBA à l’INSEAD. J’ai envie de réfléchir au futur, d’apprendre et de développer mon réseau… D’ailleurs c’est à ce moment-là que je vais rencontrer mon associé actuel ! Être entrepreneur c’est prendre un risque pour soi et sa famille, travailler quasiment 24/7, faire des sacrifices. Je n’ai pu le faire que grâce à mon épouse Félicie qui, DRH dans un grand groupe, a non seulement pu assurer les aspects matériels, mais également superviser plus que d’ordinaire la maison et l’éducation de nos 4 enfants.

 

Et vous allez vous diriger vers quel type d’entreprise ? Quel projet va retenir votre attention ?

 

Nous avons l’idée avec mon associé Éric Ouisse de développer des logiciels pour aider les entreprises à mieux répondre aux attentes de leurs clients. En effet, nous voyons un gap énorme au Moyen-Orient par rapport aux standards Européens en termes de gestion de la relation client. Les premiers clients à nous faire confiance sont Carrefour, Citruss TV, Sushi shop… pour qui nous développons les call centers. Mais la société décolle réellement avec le lancement de nos services dans le cloud et très bientôt la communication coordonnée sur tous les canaux digitaux : réseaux sociaux, WhatsApp, emails, téléphonie mobile etc…

Nous avons pleins d’idées et travaillons sur une levée de fonds qui va nous permettre d’accélérer le développement de notre logiciel et des ventes. Nous venons d’embaucher 2 jeunes ingénieurs sur notre site de Sophia Antipolis. Malgré les idées reçues, la France est un réservoir incroyable de talents à un prix plutôt raisonnable au regard de la qualité et de la productivité.

 

C’est une nouvelle vie professionnellement parlant, qu’est ce que vous appréciez en particulier dans le fait de ne plus faire partie du monde « corporate » et d’être indépendant ?

 

Il faut trouver un équilibre entre tout ce que la vie d’auto-entrepreneur a d’exaltant : avoir la main sur tout, mettre en place les idées nouvelles et innovantes de façon immédiate, ne pas avoir à se justifier auprès d’une hiérarchie…. Et ce que cela a de difficile et d’exigeant: savoir positionner son produit, s’adapter au marché, savoir attendre parfois 3, 5, 7 ans que le produit décolle. Mais ce sont des défis que j’aime relever et je pourrais difficilement revenir en arrière.

 

Pourquoi Dubaï encore et toujours ?

 

Aujourd’hui grâce au digital, on peut lancer une activité de presque n’importe où dans le monde, disons que le faire depuis ici permet de profiter d’un marché un peu plus indulgent, ce qui laisse un peu d’espace pour grandir, se structurer, lever des fonds et se développer. Aujourd’hui nous visons le Moyen Orient, l’Europe, l’Afrique du Nord, les Philippines, l’Inde et à terme, évidemment le marché américain… que nous n’aborderons pas avant d’être absolument prêts, car c’est un marché extrêmement concurrentiel et très exigeant, qui laisse peu de droit à l’erreur.

 

Quel est votre Dubaï ? Un endroit, une habitude, quelque chose qui fait que vous vous sentez chez vous ici ?

Passionné de kitesurf depuis 2004, les jours de vent j’essaie de me libérer une heure ou deux pour aller à Kite Beach, ou à Oman l’été sur les plages des tortues. J’aime aussi les virées en famille dans les dunes de Liwa et les week-end en Dhow (bateaux traditionnels) à Dibba. À Noël dernier, j’ai construit une cabane avec mon fils dans un palmier du jardin. J’y invite mes amis pour y refaire le monde autour d’un verre et d’un cigare…

 

 

 

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