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MYRTILLE RONTEIX un artisan aux mains d'or

Par Marie-Jeanne Acquaviva | Publié le 11/08/2018 à 20:00 | Mis à jour le 11/08/2018 à 20:00
Photo : Photo courtesy of Tashkeel by Jalal Abuthina
Myrtille-Ronteix

Myrtille Ronteix est très loin de l’expat oisive et boudeuse, souvent (et à raison) caricaturée, loin s’en faut : artiste, artisan, entrepreneur touche à tout d’une curiosité que rien n’arrête, et surtout pas son arrivée aux Emirats.

Formée à l’école Penninghen au métier pointu de graphiste, spécialisée dans l’édition de papier de luxe et dans le « papier de création », métier qu’elle adore mais qui reste de l’artisanat avant tout digital. Les années passant l’envie de délaisser l’écran pour se salir les mains et de renouer avec la matière prendra le dessus : suivons-la dans un Dubaï méconnu et fascinant !

 

Lepetitjournal.com/Dubaï : Qu’est ce que vous avez laissé derrière vous en arrivant aux Emirats, et comment vous êtes vous réinventée ici, sous le soleil du désert et avec deux petites filles ?

Myrtille Ronteix : J’ai adoré mon métier de graphiste, mais ce qui était un travail de niche s’est encore plus spécialisé avec l’arrivée du tout digital. Non seulement travailler pour une agence de communication spécialisée dans l’édition était déjà une niche en soi, mais travailler pour la papeterie de grand luxe sur des projets ultra sophistiqués l’était encore plus, et si j’étais loin de manquer de clients, mes journées se déroulaient de plus en plus dans le virtuel. C’était une approche de l’artisanat ou en fait je faisais tout sur mon ordinateur, sur un bureau impeccablement rangé et propre (rires) et à un moment donné l’envie inconsciente de faire, fabriquer, toucher la matière a pris le dessus ! L’arrivée à Dubaï a été en quelque sorte l’excuse pour tout recommencer à zéro et sortir de ma zone de confort. 

Pendant 5 ans je me suis formée, j’ai tout réappris et surtout appris un métier que je ne connaissais pas du tout mais qui m’avait toujours plu et attiré : le travail de la terre, la porcelaine, la poterie au tour.

D’ou vous est venue cette  passion et par quels détours s’est elle imposée ?

J’ai grandi dans une famille ou le travail de la main, l’artisanat d’art était pratiqué, aimé et valorisé, jeune nous habitions près de Vallauris (centre de céramique d’art depuis le début XIXè, connu en particulier pour des collaborations avec des artistes de renom comme Braque ou Picasso – ndlr)… Alors un jour, avec le temps libre que m’offrait mon premier congé maternité, j’ai sauté le pas et je me suis inscrite à des cours de poterie au tour, juste pour le plaisir, faire quelque chose de gratuit, pour moi... C’était particulier car avec mon ventre immense je devais trouver une position pour arriver à manipuler le tour (rires) mais j’ai adoré ça ! Donc avec ma seconde grossesse j’ai recommencé, et cette fois ci le projet des fleurs en porcelaine a vu le jour, un projet un peu fou, chaque fleur – chaque pétale ! – de porcelaine montée à la main, un travail minutieux et long autour de la subtilité, du minimalisme…et puis de là des bijoux en porcelaine et des pièces d’arts de la table. Mais il me fallait un atelier : travailler la terre sur la table de la cuisine, tout ranger quand les filles rentraient de l’école, courir la ville pour faire cuire mes pièces, en perdre la moitié qui se cassaient en chemin : ce n’était plus possible !

Myrtille Ronteix porcelaines

Vous vous installez donc dans votre atelier à Dubaï (l' Atelier Monochrome), la céramique est un travail solitaire mais quels sont vos rapports avec la communauté culturelle et artistique locale ?

A mes yeux Dubaï n’est absolument pas la ville stérile et creuse décrite par tant d’expats, il est vrai qu’il faut faire preuve d’un minimum de curiosité et de volonté, les informations sur la vie artistique et culturelle ne sont pas forcément affichées à la vue de tous et publiées partout comme dans le Pariscope (rires) mais si on se donne un tout petit peu de mal – par exemple en s’inscrivant d’office à toutes les newsletter des galeries et fondations – la vie culturelle est foisonnante et incroyablement riche, il est même souvent compliqué d’arriver à tout suivre, et carrément impossible d’assister à tous les évènements ! C’est aussi passionnant de voir les nuances qui différencient chaque émirat et tout ce que chacun a à offrir : Sharjah et ses musées, en particulier le Sharjah Museum of Islamic Civilization, le Museum of Archaeology, le musée maritime, celui consacré à la calligraphie, le Science Museum, l’Art Museum, bien sûr The Sharjah Art Foundation et sa Biennale. Dubai et ses galeries, d’Al Serkhal Avenue, du DIFC, et du D3 et puis ses grandes foires (Art Dubaï, Downtown Design),  et Abu Dhabi c’est l’incontournable Louvre.

Une rencontre en particulier va vous ouvrir les portes de l’artisanat local ?

Oui, c’est le concours « Tanween program » (un open call) organisé par la fondation Tashkeel dont le but est de faire émerger localement des nouveaux designers, c’est à dire qui soient implantés dans le tissus social et auprès des manufactures locales. Pour y participer il faut être résident, et donc travailler (faire produire) localement. Tashkeel est une fondation qui avait attiré mon attention il y a longtemps et dont le travail de promotion artistique est vraiment formidable. J’ai décidé de présenter mon dossier avec peu d’espoir, mais j’ai été sélectionnée ! Et cette année a été absolument fantastique. Tout d’abord la formation et le programme sont particulièrement pointus, les intervenants de haute volée et les ateliers en commun (workshops) synonymes de recherche et de création intense : le groupe de travail – multinational comme il se doit à Dubaï -  fait naître une synergie critique qui nous porte vraiment vers le meilleur de soi, c’est la même énergie que l’on ressent à faire part d’une « promotion », c’est très enthousiasmant.

Il s’agit in fine après avoir passé par toutes les étapes de la recherche pure, de la conceptualisation et du prototypage, de présenter un projet de création individuel, qui allie utilité et esthétique : le produit design par excellence.

Et c’est grâce à ce projet que j’ai pu sillonner tout le tissus artisanal des Emirats, visitant à tour de bras des manufactures et des ateliers de tous les métiers traditionnels : marbriers, métallurgistes, menuisiers, constructeur de bateaux, tisserands, brodeurs, tailleurs, verriers… et même certaines déchetteries (car je m’intéressais aussi à tout ce qui est matériaux recyclé). Me pencher sur la culture et l’artisanat local, et pouvoir observer comment un mode de vie et une créativité liés autrefois intimement au nomadisme ont évolué vers la mégapole moderne que nous connaissons, c’était absolument passionnant !

Myrtille Ronteix porcelaines


Et quand pourra-t-on découvrir l’objet du travail de cette année avec Tashkeel ?

Les lauréats présenteront leur travail durant la Downtown Design Edition de ce novembre ! Une belle occasion de visiter la foire, de rencontrer des designers de la région, de découvrir le travail de Tashkeel… bref, de sortir un peu des sentiers battus !

Pour rencontrer Myrtille dans son atelier : http://www.ateliermonochrome.com

Pour en savoir plus sur la fondation Tashkeel :http://tashkeel.org

1 Commentaire (s)Réagir
Commentaire avatar

OCTAVEONEDAY mar 05/06/2018 - 19:47

Incroyable ? bien que j'ai pris note des informations d'un français installe a Dubai pour des activités de trading ...mais tout coincide !! Je vis en France depuis toujours et véritablement tous les élans sont freinés !!! Ne serais ce que par la fiscalité destructrice car elle sape les efforts en volant le temps et le potentiel d'investissement . De plus meme des personnes qui sont allées a Dubai ont une vision critique ... alors que beaucoup de choses semblent possibles avec une forte dynamique Merci de témoigner de ce potentiel dans plein de domaines qui commence a m'attirer avec force . Si j'ai bien lu l’événement est prévu pour le mois de novembre 2018 ... ?

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