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Dopage et corruption: le procès du clan Diack torpillé et renvoyé dès le premier jour

Par AFP | Publié le 13/01/2020 à 16:35 | Mis à jour le 13/01/2020 à 23:35

Le procès de l'ancien patron de la fédération internationale d'athlétisme (IAAF) Lamine Diack, de son fils Papa Massata et de quatre autres acteurs pour corruption sur fond de dopage en Russie, a été renvoyé dès le premier jour, au moins jusqu'en juin, torpillé par les problèmes de procédure.

A 86 ans, le Sénégalais, qui a régné de 1999 à 2015 sur l'IAAF, doit répondre, devant les juges de la 32e chambre correctionnelle du tribunal de Paris, de corruption active et passive, abus de confiance et blanchiment en bande organisée. Il risque jusqu'à dix ans de prison et une lourde amende.

Mais l'audience a tourné court. Dès l'ouverture, les procureurs financiers ont été contraints de prendre acte de l'arrivée, le matin-même, sur leur bureau, d'actes d'enquête qui avaient été demandés par les juges d'instruction en 2016 et auxquels la justice sénégalaise n'avait jusque-là jamais donné suite.

Parmi ces éléments, de la documentation bancaire et une audition du fils de Lamine Diack, l'ancien puissant conseiller marketing de l'IAAF, Papa Massata Diack, réfugié à Dakar depuis l'arrestation de son père, en novembre 2015. Il a toujours échappé à la justice française.

PMD est un acteur clé, qui devait aussi être jugé à partir de lundi en son absence, notamment pour corruption et blanchiment en bande organisée.

- Politique -

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Le dossier est sensible au Sénégal. Lamine Diack a reconnu durant l'enquête avoir permis que des sanctions disciplinaires contre des athlètes russes soupçonnés de dopage soient retardées, à partir de fin 2011, en échange d'un financement de Moscou à hauteur d'1,5 million d'euros pour faire battre le sortant Abdoulaye Wade à la présidentielle sénégalaise de 2012. L'élection avait été remportée par Macky Sall, toujours en place.

Autres contreparties, la générosité d'un sponsor russe, la banque d'Etat VTB et des droits télés plus juteux pour l'IAAF lors des Mondiaux d'athlétisme de Moscou, en 2013.

Le retard dans le traitement des dossiers avait permis à plusieurs athlètes aux passeports biologiques suspects de participer aux JO de Londres-2012, et pour certains d'être médaillés, comme les marcheurs Sergey Kirdyapkin et Olga Kaniskina, ou Yuliya Zaripova (3.000 m steeple). Leurs titres ont ensuite été retirés pour dopage.

L'ancien homme fort de l'athlétisme mondial doit comparaître avec l'un de ses anciens conseillers, l'avocat Habib Cissé, et l'ancien responsable du service antidopage de l'IAAF, Gabriel Dollé, jugés pour corruption passive.

Deux autres prévenus manquaient à l'appel lundi : l'ancien patron de la fédération russe d'athlétisme, Valentin Balakhnitchev, et l'ancien entraîneur national des courses de fond, Alexeï Melnikov, soupçonnés d'avoir soutiré des sommes à sept athlètes en échange de leur protection contre des sanctions, pour un total évalué à 3,45 millions d'euros.

- "Pas un chef de bande" -

"Ces (nouvelles) pièces" envoyées par le Sénégal, "nous les avons reçues physiquement ce matin (…) nous n'avons pas pu les étudier", ni les communiquer aux autres parties, a constaté l'un des procureurs financiers, Arnaud de Laguiche, en montrant une lourde pile de dossiers.

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"Nous ne pouvons pas faire comme si ces pièces n'existaient pas", a-t-il ajouté. Autre problème procédural, les juges d'instruction, menés par Renaud van Ruymbeke, ont renvoyé au tribunal Papa Massata Diack pour un délit, le recel d'abus de confiance, qui ne figurait pas dans son mandat d'arrêt international.

En conséquence, la présidente de la 32e chambre, Rose-Marie Hunault, a annoncé le renvoi de l'affaire, en prévoyant un procès du 3 au 22 juin prochains.

"Je suis convaincu que j'arriverai à vous démontrer que je suis tout sauf un chef de bande qui rançonne les athlètes", a ensuite lancé Lamine Diack, à la barre, en demandant, en vain, la restitution de son passeport, pour rendre visite à sa famille au Sénégal.

Cheveux blancs entourés d'un cordon élastique pour tenir ses lunettes, appuyé parfois au bras d'un proche pour se déplacer, Lamine Diack a paru alerte. "Je regrette le report évidemment. Je pensais qu'on avançait rapidement et qu'on se rapprochait d'un retour à Dakar", a-t-il ensuite lancé aux journalistes.

- Sponsors -

L'affaire avait précipité la chute de ce cacique du sport mondial aux mille vies, ancien athlète et joueur de football avant d'entrer en politique (maire de Dakar 1978-1980, parlementaire de 1978 à 1993) puis de devenir le premier dirigeant non-européen de l'IAAF.

Lamine Diack doit aussi être jugé pour avoir permis à son fils de s'approprier d'importantes sommes dans les négociations avec les sponsors. L'IAAF, rebaptisée World Athletics et présidée par Sebastian Coe, réclame 24,6 millions d'euros sur ce volet, sur un préjudice estimé à 41 millions.

Depuis que le scandale a éclaté, les affaires qui ont terni l'image du sport se sont multipliées : la Russie a été accusée de dopage institutionnel et Lamine Diack est aussi mis en examen dans une autre enquête à Paris pour corruption, soupçonné d'avoir monnayé son influence dans les processus d'attribution des Jeux olympiques de Rio-2016 et Tokyo-2020 notamment. Des soupçons qu'il réfute.

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