DECOUVERTE - Un cadran solaire de 4000 ans dans la Vallée des Merveilles

Par | Publié le 09/02/2007 à 01:08 | Mis à jour le 13/11/2012 à 11:00
Un cadran solaire saisonnier, conçu il y a 4000 ans par les éleveurs de l'âge de Bronze ancien, a été identifié lors des recherches sur une roche gravée, sur le site archéologique du Mont Bégo où le Musée d'Anthropologie préhistorique de Monaco poursuit ses travaux. Au sommet de la roche, une arête a été entaillée, dont l'ombre s'allonge, le soir, vers une série de gravures. Stonehenge et art rupestre

Mesure de temps par symboles
Cette découverte prouve que les hommes de cette époque étaient capables de se repérer dans le temps en élaborant des techniques d'observation du mouvement des astres. Ce cadran solaire marque les jours et non les heures;les pétroglyphes* ont été gravés jour après jour, au cours d'une saison de 85 jours, comprise entre le solstice d'été et le 14 septembre actuel. Chaque date correspond à une représentation particulière. Par exemple, les jours les plus longs sont désignés par une série de poignards, et le milieu de saison est représenté par des bovinés.
Ce sont d'ailleurs ces gravures qui ont permis aux chercheurs de dater ce cadran solaire. Les représentations de poignards permettent de donner une date relative de l'époque d'inscription des pétroglyphes. Un moulage de ce type, trouvé en 1958 sur le site de la Madeleine**, a été comparé aux gravures. Le cadran a alors pu être daté en fonction de la technicité des armes qui déterminent une époque.

Un ensemble cohérent qui est en train de livrer ses secrets  
"Cette roche gravée a fait l'objet de recherches depuis plus de dix ans. Lors de la soutenance de ma thèse en 2001, j'avais évoqué la nécessité d'approfondir l'étude de cette roche afin de confirmer ou d'infirmer la participation de l'ensemble des 36 pétroglyphes et de l'entaille de l'arête à la mesure. Après les dernières observations faites en septembre 2006 et une simulation sur ordinateur, nous pouvons confirmer que l'ensemble des gravures de l'âge du Bronze ancien et l'arête constituent un tout cohérent que l'on peut désigner comme étant un cadran solaire saisonnier" - précise Jérôme Magail, anthropologue au Musée d'Anthropologie préhistorique de Monaco, qui tente maintenant de déchiffrer les 36 gravures retrouvées au pied du cadran. Quelle est la signification exacte de ces pétroglyphes? A quoi correspondent les poignards et les bovinés? Font-ils référence à une période de culte?
"Cette découverte montre que l'art rupestre peut aussi être utilisé dans le cadre d'une mesure du temps. A ce sujet, c'est la première preuve concrète découverte à ce jour. Nous savions que des sites archéologiques mégalithiques, tel que Stonehenge repérait des dates mais nous ne connaissions pas d'instruments de mesure du temps impliquant de l'art rupestre. Il s'agit maintenant de comprendre pourquoi les graveurs ont choisi de graver des armes à certaines dates et des représentations de bovinés à d'autres moments, en somme: décoder les signes en fonction de leur désignation chronologique"
, ajoute Jérôme Magail.

Les chercheurs ont d'or et déjà trouvé une étrange coïncidence, susceptible de répondre à quelques questions. La période représentée par le cadran solaire correspond, à quelque chose prés, à la durée du séjour des bergers actuels.
Le musée prévoit d'approfondir ses recherches, en renouant avec les missions archéologiques du Mont Bégo. 
Amélie BOULIER et Eva ESZTERGAR. (www.lepetitjournal.com - Monaco) vendredi 9 février 2007
Photos: © Musée d'Anthropologie préhistorique de Monaco

* Dessin symbolique gravé sur une surface rocheuse
** Hérault (34)

En savoir plus:
2000 avant J.-C., les sociétés d'éleveurs ? agriculteurs, présentes en Europe, ne possédaient pas encore d'écriture comme les Hittites ou les Egyptiens mais elles avaient déjà capitalisé, de génération en génération, un grand nombre de connaissances. Les savoir-faire relatifs à l'agriculture et à l'élevage leur permettaient notamment d'exploiter de grandes surfaces grâce à l'utilisation de l'araire attelé à deux bovinés. Les gravures d'attelages du Mont Bégo témoignent d'ailleurs en détail de cette technique. Aujourd'hui, une roche gravée de la zone IV de la Vallée des Merveilles montre que les hommes du Mont Bégo avaient également des connaissances sur l'écoulement du temps solaire. En effet, les graveurs ont conçu un cadran solaire capable de déterminer une série de dates de leur saison estivale. Cette roche gravée prouve qu'ils étaient capables de remarquer le jour le plus long de l'année (21 juin actuel) et de compter les 365 jours qui séparent deux événements indiqués sur ce cadran. C'est une observation assidue du mouvement apparent du soleil qui leur a permis d'établir un tel instrument de mesure du temps. On imagine qu'après sa conception les bergers de l'âge du Bronze l'ont utilisé pendant plusieurs générations. La dernière date indiquée, qui correspond au 14 septembre actuel, était peut-être le signal de la descente des troupeaux vers des altitudes plus clémentes. Actuellement encore, la présence des bergers ne dépasse pas cette date afin de ne pas risquer de perdre les troupeaux dans une brusque arrivée du froid.
Jérôme MAGAIL

 Lame poignard Attelage
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