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PORTRAIT D'EXPAT - Une enfance dans le département du Borgou dans les années 60-70

Par Lepetitjournal Cotonou | Publié le 15/03/2016 à 23:00 | Mis à jour le 17/03/2016 à 08:38

Pour ce premier mois de lancement l'édition de Cotonou lepetitjournal.com a choisi le portrait de Muriel, 53 ans, qui vit actuellement à Paris et est responsable des programmes de formation pour cadres et dirigeants africains au sein d'une prestigieuse Ecole française. Elle a vécu toute son enfance au Bénin à Ina d'abord puis à Parakou. Voici son témoignage sur ses souvenirs d'enfance africaine.

Lepetitjournal.com/Cotonou: Bonjour Muriel, merci d'avoir accepté de répondre aux questions de Lepetitjournal.com/Cotonou, tu es française et tu habites aujourd'hui à Paris, tu as passé toute ton enfance au Bénin, quelle période de ta vie cela couvre-t-il? En quelles années étaient-ce afin que le lecteur puisse situer cette période de ta vie avec celle de l'histoire du Bénin?

Muriel: Je suis arrivée, dans ce qui était, à l'époque, le Dahomey, en août 1963 et je suis repartie en septembre 1976 de ce qui était, entre temps, devenu la République Populaire du Bénin.

Comment t'es-tu retrouvée au Bénin? A quel endroit exactement? Quelle était la profession de tes parents?

Je suis née en avril 1962, et dès le mois de juillet de la même année, mon père, ingénieur agronome, spécialiste de l'igname a été envoyé dans le nord ouest de la Haute Volta de l'époque, à Tougan dans la vallée du Sourou. A cette époque, on ne se posait même pas la question de savoir si la famille allait suivre ou pas : elle suivait et c'est comme cela que mon épopée africaine a débuté ! En août 1963, donc, nouvelle destination avec le Dahomey, plus précisément à Ina, petit village à 70 kms au nord de Parakou. Nous sommes restés à Ina jusqu'en avril 1968 puis la famille a migré à la ville, Parakou, où nous sommes restés jusqu'en septembre 1976. Ensuite ce fut à nouveau la Haute Volta, à Bobo Dioulasso mais cela, c'est une autre partie de l'histoire?

Comment se sont passées ton enfance, ton adolescence? Où allais-tu à l'école? au lycée? Quels étaient tes jeux, tes sorties, notamment à l'adolescence?

A Ina, nous n'étions que deux familles françaises .C'est maman, avec l'aide du CNTE (CNED actuel) qui m'a appris à lire, à écrire et à compter. J'ai grandi avec comme compagnons de jeux les enfants du village. Mon quotidien était rythmé par ces jeux, par les fêtes locales, les parties de pêche auxquelles mon père m'amenait, le retour de ses parties de chasse, les visites au monastère, situé un peu avant Parakou (et qui existe toujours !) pour acheter leurs délicieux yaourts ! J'ai aussi développé à cette époque ma passion des animaux que nous avions nombreux, notamment, toute une colonie de singes que nous abritions dans une immense cage construite spécifiquement pour eux .Ensuite, à Parakou, les familles expatriées étaient, à cette époque, un peu plus nombreuses ce qui m'a permis de me faire quelques amis. A Parakou, je suis allée un bon moment à l'école du quartier, avec en complément les cours du CNTE.

Quels sont tes souvenirs de cette période? ton quotidien? Comment était ta maison? ton rapport avec les gens du village? La vie des gens, leurs traditions, le décalage entre ton éducation européenne et celle de tes camarades africains? 

Mes souvenirs de cette époque sont plus qu'heureux même si j'ai réalisé plus tard, en devenant moi-même maman, combien cela avait dû  être par moment dur pour mes parents avec des enfants en bas âge ! Notamment quand mon frère a dû être rapatrié en avion militaire à l'hôpital de Cotonou et moi, j'ai failli mourir, à 5 ans d'une crise de paludisme.  Quand nous étions à Ina, l'hôpital local le plus proche était à Parakou et la route n'était pas ce qu'elle est devenue maintenant ! Les conditions sanitaires étaient très dures et les denrées alimentaires limitées aux productions locales. Autant dire que de par le métier de mon père, j'ai grandi à l'igname !  Une anecdote : parfois, les gens me demandent pourquoi je mange tout dans une pomme, y compris le trognon ! En réalité c'est juste parce que les seules pommes que nous pouvions avoir étaient celles que mon père ramenait de Cotonou 3 à 4  fois par an : c'est ainsi que les pommes sont devenues ma madeleine de Proust ! Un souvenir très fort de cette époque également est le couvre feu instauré à Parakou lors de la révolution marxiste du Président Mathieu Kérékou : je me souviens encore de la magistrale remontrance que m'a value mon escapade après le couvre feu pour aller rejoindre une amie africaine dans son quartier : mes parents étaient fous d'inquiétude et comme je les comprends maintenant !

Je n'ai jamais ressenti de décalage entre une éducation européenne et la culture africaine car?.je n'avais jamais vécu en Europe avant. Bien sûr, mes parents nous ont transmis, à mon frère et à moi-même, une culture française, mais n'ayant jamais vécu en France à cette époque, tout ce qui m'environnait me semblait normal : c'était totalement intégré à ma personnalité. Pour moi, d'aussi loin que je me souvienne, l'Afrique et ses cultures font partie de moi. C'est comme une évidence.

Quand as-tu quitté le Bénin? Qu'as-tu fais ensuite? Y-es-tu retournée depuis? As-tu revu ton village, les personnes qui ont partagé ta vie à cette période? 

En septembre 1976, quand nous avons quitté la République Populaire du Bénin, nous sommes partis à Bobo Dioulasso, en Haute Volta (actuel Burkina Faso).Là, j'ai pu rejoindre le Lycée Ouezzin Coulibaly pour y poursuivre ma scolarité. Les 4 années passées à Bobo Dioulasso resteront également gravées à tout jamais dans ma mémoire.

Il y a 4 ans, je suis retournée au Burkina et au Bénin avec mon époux et mes deux filles qui avaient, à l'époque, 16 ans et 12 ans.

Il était vital pour moi de transmettre à mes enfants cette partie de mon histoire. Nous sommes allés à Ina et j'ai retrouvé ma maison, en brousse, à l'instinct : elle était là devant moi, telle qu'elle était à l'époque. Je ne peux pas décrire ces moments d'intense émotion : j'en ai pleuré. C'était un saut dans le temps. Nous sommes aussi allés à Parakou et là, j'ai également retrouvé ma maison : les habitants actuels ont eu l'extrême gentillesse de nous autoriser à y entrer et : quel bonheur !

J'ai voulu retourner également au monastère situé à la sortie de Parakou, en direction d'Ina. Le même monastère où nous allions, à l'époque nous ravitailler en beurre, yaourts et fromage blanc.

La plus belle partie du voyage de retour aux sources m'attendait là : j'ai pu y retrouver l'une des s?urs présentes à l'époque et qui avait connu mes parents et m'avait connue enfant. Elle avait tout simplement choisi de rester là pour y passer sa retraite !

Es-tu parfois nostalgique de ce pays? Serais-tu prête à y retourner vivre?

Je suis nostalgique de (des) Afrique(s) en général. C'est une partie très importante de ma vie, au total, 18 ans, et, qui plus est, de mon enfance et de mon adolescence. Mes grand- parents étaient déjà en Afrique (dans l'ex Congo Belge), mes parents se sont rencontrés et mariés en Afrique, j'ai grandi en Afrique et, avec mon poste actuel, je poursuis l'aventure dans une Afrique qui change à toute vitesse.

Penses-tu que le Bénin ait beaucoup changé depuis? Quel regard portes-tu sur le Bénin actuel? 

Oui, bien sûr, comme le continent africain dans son ensemble, le Bénin change et c'est tant mieux

Y-a-t-il des conseils que tu pourrais donner aux expatriés qui arrivent au Bénin pour la première fois? 

Je n'aime pas donner des conseils car chacun est différent dans son approche, sa sensibilité et arrive dans un pays à des étapes différentes de sa vie. Cependant, mes expatriations d'adulte en Asie m'ont appris que même si parfois on peut se sentir désorienté par une nouvelle culture, une nouvelle vie, de nouvelles coutumes qui peuvent nous sembler très éloignées des nôtres et parfois, peut être, passer par des phases de découragement, il faut laisser une chance au pays d'accueil et se laisser une chance à soi même. J'ai toujours pensé qu'il fallait se laisser le temps de passer les 4 saisons ce qui, en Afrique, revient à se laisser le temps de passer deux saisons ! Allez à la rencontre du Bénin, de ses habitants pacifiques, de ses paysages variés (n'hésitez pas à aller au nord) de ses cultures : c'est un petit pays mais tellement riche de diversité !

Un grand merci Muriel d'avoir accepté de répondre aux questions de lepetitjournal.com/Cotonou

Rédaction (www.lepetitjournal.com/cotonou) mercredi 16 mars 2016

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